Hélé Pierre : Le Cameroun va réduire 41% de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2035

La ville de Yaoundé a accueilli, le 6 août 2026, l’atelier de présentation des documents nationaux  élaborés dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur le climat. Il s’agit, entre autres, de l’Inventaire national de gaz à effet de serre (Din), du Plan national climat (Pnc) et la troisième génération de la contribution déterminée au niveau national (Cdn 3.0). Au cours de cette rencontre, le ministre de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement durable est revenu sur la situation climatique du Cameroun ainsi que les ambitions du pays en matière de réduction des gaz à effet de serre.

Guy Martial Tchinda 

Yaoundé vient d’accueillir l’atelier de présentation de plusieurs documents stratégiques élaborés dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Quelle est la situation climatique actuelle du Cameroun ?

Permettez-moi d’abord de dire que l’organisation de cet atelier constitue une étape importante dans le processus d’appropriation de ces documents par l’ensemble des acteurs nationaux. Leur mise en œuvre ne saurait être l’affaire d’une seule administration mais exige la mobilisation permanente de toutes les parties prenantes clés.

Les changements climatiques demeurent aujourd’hui l’un des plus grands défis auxquels l’humanité est confrontée. Le Cameroun, bien que faible émetteur de gaz à effet de serre, subit de manière croissante les conséquences de ce phénomène à travers les sécheresses prolongées, les inondations récurrentes, la dégradation des terres, l’avancée accrue du désert ainsi que la recrudescence des phénomènes climatiques extrêmes et les risques de catastrophes y associés.

Face à cette réalité, notre pays a fait le choix d’inscrire l’action climatique au cœur de ses priorités de développement, conformément aux orientations du président de la République, en cohérence avec la Stratégie nationale de développement 2020-2030, qui intègre les changements climatiques comme une priorité transversale du développement national.

Comment s’inscrit la démarche du Cameroun par rapport aux engagements et aux exigences de la communauté internationale ?

Le Cameroun a élaboré plusieurs documents stratégiques qui traduisent les efforts de notre pays pour répondre aux exigences internationales tout en consolidant ses politiques nationales de développement résilient et à bas carbone. Il a élaboré ces documents avec l’appui technique et financier du Fonds pour l’environnement mondial (Fem) via le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue), de l’Initiative pour les forêts d’Afrique centrale (CAFI) et du Centre de collaboration régionale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre (RCC WAC).

Les documents qui nous ont été présentés constituent des outils de référence pour renforcer la planification, améliorer la transparence de notre action climatique, orienter les investissements nationaux, mobiliser les financements et assurer une meilleure coordination entre l’ensemble des parties prenantes.

Pouvez-vous nous présenter le  Plan national climat (Pnc) et les objectifs qu’il poursuit ?

Le Plan national climat élaboré et validé en 2025, objet de la réforme N°06, est un document qui englobe quatre domaines d’intervention prioritaires répartis en 25 actions d’adaptation et d’atténuation et 39 activités de mise en œuvre. Il prévoit notamment le renforcement de la résilience des populations, des écosystèmes et des secteurs clés tels que l’agriculture, l’eau, la santé, les infrastructures et les forêts, ainsi que la promotion d’un développement sobre en carbone à travers les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, la gestion durable des forêts, l’agriculture climato-intelligente, les transports durables et la valorisation des déchets.

Ce plan met également l’accent sur le renforcement de la gouvernance climatique, la mobilisation des financements, le développement du système national de transparence, le renforcement des capacités des acteurs, ainsi que l’intégration systématique des enjeux climatiques dans les politiques publiques et les investissements afin de soutenir la mise en œuvre des Cdn (Contribution déterminée au niveau national, Ndlr) et de la Snd30. Ce plan constitue donc une boussole pour la prise de décision utile à tous les secteurs et à tous les acteurs. Il est placé sous la responsabilité technique du Comité National de Facilitation et de Mise en œuvre de l’Agenda Climatique qui en assure le pilotage et la coordination du suivi.

Concernant la Contribution déterminée au niveau national (Cdn), comment le Cameroun a-t-il évolué dans ses ambitions de réduction des émissions au fil des années ?

Conformément aux directives de mise en œuvre de l’Accord de Paris, les Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (Ccnucc) sont tenues de rehausser progressivement le niveau d’ambition de leurs  Cdn à chaque nouveau cycle de soumission.

Ainsi, le Cameroun a progressivement renforcé l’ambition de ses Cdn depuis la soumission en 2015 et la ratification de l’Accord de Paris en 2016. Son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre est ainsi passé de 32 % à l’horizon 2035 à 35 % à l’horizon 2030 dans sa Cdn révisée de 2021, puis à 38 % (dont 13 % de manière inconditionnelle et 25 % conditionnés) à l’horizon 2030 et 41 % (dont 14 % de manière inconditionnelle et 27 % conditionnés) à l’horizon 2035 dans sa Cdn 3.0 soumise en 2026.

Un autre pilier essentiel de l’Accord de Paris est la transparence. Qu’en est-il au Cameroun ?

Le Cameroun s’est engagé dans l’élaboration de son premier Rapport sur la transparence et sa quatrième Communication nationale sur le changement climatique. Ce BTR (Rapport biennal de transparence, Ndlr) est un outil essentiel de suivi et de redevabilité qui permet au pays de rendre compte, de manière transparente et harmonisée, des progrès accomplis dans la mise en œuvre de ses engagements climatiques. Il fournit des informations sur les émissions nationales de gaz à effet de serre, les actions d’atténuation et d’adaptation, les besoins, ainsi que les appuis reçus et requis en matière de financement, de transfert de technologies et de renforcement des capacités. Il contribue ainsi à renforcer la crédibilité de l’action climatique, à améliorer la prise de décision et à faciliter la mobilisation des partenaires techniques et financiers.

Y a-t-il des données chiffrées de votre bilan concernant les émissions de gaz à effet de serre (Ges) et la capacité du pays à jouer le rôle de puits de carbone ?

Selon le bilan global des inventaires de Ges pour l’année 2024, le Cameroun demeure un puits de carbone, affichant des émissions/absorptions nettes de -40 715,41 Gg Eq-CO2. Néanmoins, les émissions anthropiques directes hors secteur Foresterie s’élèvent à 43 801,71 Gg Eq-CO2 pour l’année 2024.

Avec Foresterie, la capacité de puits de carbone globale du pays baisse, passant de -48 966,76 Gg Eq-CO2 en 2010 à -40 715,41 Gg Eq-CO2 en 2024, ce qui correspond à une augmentation des émissions nettes correspondant à un taux de croissance annuel moyen de 1,69 %.

Sans Foresterie, les émissions sectorielles cumulées ont fortement progressé, passant de 25 380,62 Gg Eq-CO2 en 2010 à 43 801,71 Gg Eq-CO2 en 2024, soit un taux de croissance annuel moyen de 6,08 %.

Cette réduction du puits carbone et l’augmentation des émissions de Ges au fil des années démontrent un impact significatif des actions anthropiques sur les ressources naturelles, dont les mesures d’atténuation ont été proposées dans la Cdn du pays.

Existe-t-il également des initiatives particulières en ce qui concerne le secteur forestier et la finance carbone ?

Le Cameroun a élaboré et soumis son Niveau de référence des forêts (Nrf) à la Ccnucc, qui est en attente d’approbation. Cette soumission est volontaire et vise à obtenir des paiements basés sur les résultats pour les activités REDD+.