Gare routière Yaoundé-Soa : Nouvelle et belle

Ce nouveau terminal semi-moderne situé au quartier Elig-essono, aménagé dans le cadre du projet « Yaoundé cœur de ville », fait la fierté des usagers.

Michel Enony   

Une touche de modernité.

La brise est fraîche ce matin. Elle voile encore le soleil qui peine à se lever sur la capitale. Carnet de notes, stylo et sacoche prêts, direction le quartier Elig-Essono, en face de l’immeuble Jako. C’est dans l’arrondissement de Yaoundé 1er. Impossible de manquer, ce 10 août 2026, ce nouveau point névralgique du transport urbain. Suspendue à l’entrée du site, une banderole annonce la couleur : « Ici le nouveau terminal minibus desservant Soa ».

Fini le temps de l’ancienne gare au lieu-dit Camair, engorgée et anarchique. Place à une infrastructure pensée, propre et sécurisée. Un arrêt de bus bien délimité, des bancs pour les passagers en attente, un espace de stationnement pour les véhicules. Le nouveau terminal, aménagé dans le cadre du projet « Yaoundé Cœur de Ville », redessine le paysage urbain. « Si des initiatives de ce genre pouvaient se multiplier, ce serait idéal », pense Landry Essala, passager, en direction de Ngousso.

Sur place, l’organisation est millimétrée. Les minibus, pour la plupart vétustes mais entretenus avec soin par leurs propriétaires privés, s’alignent sur deux rangs serrés. Sur le départ, 12 sont prêts à entamer la liaison entre la capitale et Soa, située à environ 20 kilomètres, cette banlieue estudiantine où des milliers de jeunes vont et viennent chaque jour. « Allez ! On monte par ordre d’arrivée. Il y a de la place pour tout le monde », insiste un convoyeur, le bras levé, avant de tirer une bouffée de cigarette placée entre les commissures.

Tarif normal

Ce flux ininterrompu génère son propre rythme, sa propre économie. Pierre Tchouameni, dit Martinez, le régisseur, posté à l’entrée, enregistre méthodiquement chaque véhicule. « 500 Fcfa par voyage », précise-t-il d’une voix assurée, en tendant la main. Multipliez ce montant par le nombre de départs quotidiens – des dizaines, voire des centaines – et vous obtenez un chiffre d’affaires considérable pour cette activité qui fait vivre des centaines de familles. Les recettes s’accumulent, les moteurs tournent, et la machine ronronne.

Le prénommé Pierre est convoyeur. C’est l’homme à tout faire de Boby, nom d’emprunt.  Il hèle les clients, charge les bagages et assure la bonne marche du convoi, jusqu’à la destination finale. « C’est mon travail. C’est ce que je fais tous les jours depuis cinq ans maintenant. Si ça ne me permettait pas de vivre, je ne serais plus là », dit-il, avant de croquer un ‘’bitter cola’’, une petite noix très amère issue de la forêt tropicale.

Juste à côté, Raphaël Koufana observe la foule qui forme un rang. Responsable de la logistique et de la discipline, il veille à la sécurité des passagers, au bon ordre de chargement. Il était au début du changement. « Au début, les passagers étaient désorientés par ce changement. Nous avons dû les orienter, les aider. Aujourd’hui, le site est plus propre, mieux organisé et plus sécurisé. On paye toujours le tarif normal : c’est 350 Fcfa ». 

Sur le quai, Emmanuel Ekanè, un habitué de la ligne, confie son sentiment sur ce nouveau terminal : « Franchement, le coin est propre. Mais la gare est juste au bord de la circulation. Cela peut créer des accidents ». Un bémol qui ne ternit pas son enthousiasme pour cette infrastructure qui, selon lui, redonne ses lettres de noblesse au transport public dans la capitale.

Effet collatéral

Une file d’attente au départ.

À bord d’un minibus de 18 places prêt à partir, un chauffeur essuie son pare-brise, ébréché. Les pieds, coincés sur l’embrayage et l’accélérateur, le véhicule, le car de 18 places rempli de passagers va s’élancer vers Soa. Sa main ne quitte pas la boîte de vitesses. Il vient de passer la première. « Avant, c’était le chaos. Maintenant, on a un vrai cadre de travail. Les autorités ont écouté. Quand elles décident de faire bien, c’est bien », apprécie-t-il, un sourire au coin. Son regard en dit long sur l’espoir que suscite ce début de modernisation.

À l’ancienne gare de Camair, les minibus ont disparu, laissant place à une ambiance nouvelle, plus calme ; mais aussi plus difficile pour les petits commerçants ambulants. Joseph Migne, vendeur à la sauvette, regrette une baisse de son activité. « Les rendements ne sont plus les mêmes. Beaucoup de vendeurs rencontrent de sérieuses difficultés », renseigne-t-il savoir, la mine bourrue. Le bonheur des uns fait le malheur des autres. On le dit à l’inverse de l’expression consacrée. Un effet collatéral de cette réorganisation.

Mais sur le terminal d’Elig-Essono, l’heure est à l’optimisme. Les bancs se remplissent, les files se font plus longues au crépuscule, les moteurs vrombissent, et la vie continue son cours, plus ordonnée, plus fluide. Cette gare, inaugurée en grandes pompes, est bien plus qu’un simple arrêt de bus : « C’est le symbole d’une capitale qui se transforme, qui ose le changement pour le bien-être de ses habitants. Un pari réussi », s’en réjouit Raphaël Koufana. À Elig-Essono, la modernité a pris ses quartiers. Et le Cameroun, un peu plus, avance, en attendant les prochaines étapes du projet « Yaoundé Cœur de Ville ».

 

Repères

-La nouvelle gare routière d’Elig-Essono (face à l’immeuble Jaco) est un site de transit de minibus de proximité, aménagé dans le cadre du projet urbain « Yaoundé Cœur de Ville ».

-Le site dispose d’espaces aménagés et de commodités pour les voyageurs. Un bloc de toilettes de proximité avec des dispositions de salubrité intégrées pour garder le site propre et organisé. La sécurité et la canalisation des voyageurs sont gérées de manière opérationnelle par les syndicats de transporteurs et les chefs de chargeurs présents sur le terrain.

-La zone d’Elig-Essono est stratégique. La gare se situe à proximité immédiate de grandes institutions de sécurité comme la Direction de la police judiciaire (Dpj) et le Groupement spécial d’opérations (Gso), ce qui permet des interventions ultra-rapides en cas de problème.

-Des îlots de chargement qui sont des espaces spécifiques et ordonnés pour aligner les minibus vers Soa.

-Six abribus ont été installés pour protéger des milliers d’étudiants et de travailleurs des intempéries (soleil et pluie) pendant l’attente, tandis que des lampadaires éclairent la zone à la nuit tombée.