Mise aux enchères le 26 mai dernier au Château d’Artigny, la « chaise maudite » a tout simplement été ignorée.
Par Cyril Essissima
Décidément, le trône de l’ex empereur centrafricain, Bokassa 1er, est « maudit ». Exposée au Château d’Artigny en France pour une vente aux enchères par la Maison Rouillac, la réplique du trône n’a pas trouvé preneur.
Pourtant mise à prix à 10 000 Euro, la gigantesque chaise n’a pas pu ravir la vedette au fameux scooter de l’ancien président français François Hollande, adjugé vendu 25 000 Euro. L’auteur de la réplique, Remi Le Forestier, n’a pas non plus eu l’occasion de jouir des retombées de son œuvre. En tout cas pas pour cette fois.
Le trône a été sculpté dans de l’acajou massif et doré à la feuille. « Il n’a pas été fabriqué pour légitimer et encore moins glorifier le régime de Bokassa, mais uniquement dans le cadre d’exposition », avait précisé l’artisan français en avril dernier.
De l’original de la chaise impériale, abandonnée au palais omnisports de Bangui, il n’en reste plus que l’armature en ferraille rongée par la rouille. Il a été dépouillé de son or et de ses diamants après la chute de l’empereur.
L’histoire raconte que Bokassa 1er, né en février 1921, a dirigé la Centrafrique pendant 13 ans. D’abord en tant que deuxième président de la République en 1966, à la suite du coup d’Etat fomenté contre David Dacko. Avide de pouvoir et soutenu par la France à l’époque, il s’autoproclame en 1976 « empereur de Centrafrique par la volonté du peuple centrafricain, uni au sein du parti politique national (le Mesan, ndlr) » (titre complet qu’il avait choisi). La cérémonie de son couronnement avec sa femme, l’impératrice Catherine, le 4 décembre 1977 à la cathédrale Notre-Dame de Bangui puis au palais de la Renaissance, est un événement inspiré du sacre de Napoléon 1er comme empereur des Français en 1804. Les caisses de l’Etat sont siphonnées pour des dépenses somptuaires estimées à plus de 20 millions de dollars à l’époque. Les réactions à travers le monde sont essentiellement négatives, sauf pour Valéry Giscard d’Estaing, le chef de l’Etat français d’alors, qui, ayant regardé le couronnement à la télévision, l’a qualifié de « beau ». Il avait même flatté le couple impérial, le complimentant comme « l’incarnation de la modestie et du charme ».
Malheureusement, ce règne sera de très courte durée. Le monarque mégalomane est renversé à son tour à la suite de deux expéditions militaires (opération Caban et opération Barracuda) en septembre 1979. David Dacko (déchu en 1965) reprend le pouvoir et le pays redevient une République. En juin 1987, Bokassa est reconnu coupable de trahison, meurtre et détournement de fonds. Sorti de prison en 1993, il décède le 3 novembre 1996 à l’âge de 75 ans.



