Femmes rurales : Le cri de détresse qui vient de Niete

Entre sentiments d’abandon par les pouvoirs publics, enclavement du réseau routier, absence d’intrants pour booster la production agricole, les cultivatrices de cette contrée de l’Océan expriment leur colère.


Par Lazare Kingue


« Nous n’en pouvons plus. Ce fardeau est au-delà de nos forces. Nous sommes comme abandonnées par les pouvoirs publics et nous en souffrons déjà trop. Nos récoltes vivrières pourrissent sur place faute de route pour aller écouler nos marchandises à Kribi. Nos enfants meurent faute de soins de santé. Trop c’est trop… ». Comme des plaintes, des complaintes, des cris de détresse proviennent au loin de la forêt des villages Adjap, Nko’olong, Bidou, Niete, Hévécam, Nkol’ambonda, Bifa’a, Zingui… du moins, des 19 localités qui constituent la circonscription administrative de l’arrondissement de Niete dans le département de l’Océan (région du Sud). Ces cris sont ceux des femmes dites rurales, qui n’ont pour seul moyen de subsistance que le produit de leurs récoltes agricoles.

Comment écouler les marchandises ?

A longueur de journée, elles peinent dans les champs. Lorsque vient le moment des récoltes, les paysannes de l’arrondissement de Niete sont confrontées au mauvais état de la route Kribi-Akom2, qui les empêche de rejoindre la zone urbaine pour écouler leurs marchandises. En outre, elles paient le lourd tribut de la précarité notoire qui sévit dans ce milieu rural. Celle-ci, au-delà de ce qui a été mentionné précédemment, se définit par le manque de soins de santé en raison de formations hospitalières offrant à peine le minimum en termes de plateau technique ; le manque de formation aux nouvelles pratiques agricoles, la non imprégnation dans le développement, ainsi que le manque d’écoles et d’enseignants.

Elles ont saisi la tribune lors de la célébration en différé du vendredi 15 novembre dernier de la 29e édition de la journée mondiale des femmes rurales tenue à Nko’olong, sur le thème : « Femmes rurales, importation/substitution : opportunités et défis », pour exprimer leurs difficultés. La thématique de cette année les invite à ne plus acheter le poisson et le poulet venus des bateaux, mais à réduire les importations pour privilégier la production locale. « On nous demande d’élever nous-mêmes le poisson, le poulet, le porc. On nous demande de transformer nos produits des champs. Mais nous ne pouvons pas mettre en application le thème de cette année lorsque nous ne pouvons pas courir rapidement pour aller vers les marchés et vendre ce que nous avons produit », a déclaré Théorine Josée Ntolo, déléguée du GIC « Ngomoto », représentante des femmes rurales de Niete.

« Les femmes sollicitent la formation pour l’élevage des anetons et des escargots, la formation aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, le soutien de l’État, de la mairie, de la société Hévécam et de nos élites locales. Il faut mettre à notre disposition des intrants agricoles et améliorer la qualité de la route pour faciliter le déplacement des femmes rurales et de leurs produits », suggère Germaine Ovono, marraine de l’événement organisé par le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille.

Face cette situation qui peint le tableau sinistre d’un quotidien difficile, Jean Calvin Ovono Zo’obo, jeune élite du village Nko’olong a usé de générosité en faisant don d’un ensemble de matériels agricoles d’une valeur estimée à 10 millions Fcfa. L’offre était constituée des houes, des machettes, des pulvérisateurs et de plusieurs variétés d’intrants agricoles. L’objectif étant d’exhorter l’effort et booster la productivité. « Je suis moi-même fils d’une femme rurale ; j’ai vécu dans ce village et je sais combien nos mamans ont parfois de la peine à faire de grandes récoltes à cause du manque du matériel agricole et des engrais chimiques pour lutter non seulement contre l’attaque des insectes, mais aussi faire croître les plantes en toute quiétude. Donc voilà ce qui me motive à faire ce don à nos mamans qui célèbrent ce jour la journée à elles dédiée », a-t-il indiqué. 

Pour ce donateur, ce n’est pas un engagement qui incombe uniquement à l’État de soutenir la femme qui pratique de l’agriculture. « Le chef de l’État parle d’une agriculture de seconde génération. C’est un objectif que nous devons atteindre ensemble. Je suis là pour accompagner ces femmes en mettant en pratique les recommandations du président de la République », s’est satisfait Jean Calvin Ovono Zo’obo, journaliste de formation.