Évocation : Body filler, d’hier à aujourd’hui

Guy Martial Tchinda 

Aujourd’hui incontournable dans les cliniques d’esthétique pour galber un fessier, affiner des mollets ou harmoniser les contours de la silhouette, le body filler  est une pratique bien ancienne. Derrière ce phénomène de mode se cache une histoire médicale vieille de plusieurs décennies. À l’origine, l’idée c’est de répondre à un besoin de reconstruction : corriger une asymétrie musculaire, réparer une séquelle d’accident ou combler un creux tissulaire suite à une chirurgie reconstructrice.

Dès le milieu du XXᵉ siècle, la silicone liquide est utilisée de manière artisanale pour remodeler le corps. Cependant, face aux complications médicales sévères, aux rejets et aux migrations du produit, les autorités sanitaires ont progressivement banni ces pratiques. Il fallait trouver un
matériau à la fois efficace, sûr et accepté par l’organisme humain.
La véritable rupture survient à la fin des années 1990 et au début des années 2000 avec la maîtrise de l’acide hyaluronique. Naturellement présent dans le corps, ce sucre a la capacité de retenir l’eau. Au départ, la médecine esthétique l’utilise principalement pour le visage (comblement des rides). Mais rapidement, les chirurgiens et dermatologues y voient un potentiel pour le reste du corps. La technologie s’affine, les laboratoires réussissent à créer des acides hyaluroniques plus épais, capables de résister à la pression exercée par les muscles corporels.
C’est au cours de la dernière décennie que le body filler a définitivement basculé de la médecine réparatrice vers le marché de l’embellissement pur. Porté par la recherche de procédures « non invasives », c’est-à- dire sans bloc opératoire, sans anesthésie générale et sans cicatrices , il s’est imposé comme l’alternative numéro un au lipofilling (greffe de graisse) ou aux prothèses.