Le président de l’Ordre national des professions médico-sanitaires explique pourquoi selon cette organisation, on devrait suspendre la formation des BTS en santé.
Par Guy Martial Tchinda, Michel Enony (Stagiaire)
Le 7 août dernier, l’Ordre national des professions médico-sanitaires (Omps) a donné une conférence au cours de laquelle il a soutenu l’arrêt de la formation des BTS en santé. Qu’est-ce qui motive cette position?
La situation actuelle qui préoccupe gravement notre organisation résulte d’une série de défaillances dans le domaine de la formation du personnel médico-sanitaire au Cameroun. Un autre problème majeur est l’introduction des formations accélérées donnant naissance aux diplômes de BTS (Brevet de technicien supérieur, Ndlr), HND (Higher National Diploma, Ndlr) en santé. Les formations accélérées ne peuvent garantir l’acquisition des connaissances et des compétences nécessaires pour exercer dans le domaine de la santé de manière compétente et éthique. Cette formation est insuffisante pour avoir des professionnels qualifiés et responsables. De plus, l’absence d’un concours national ou d’un examen de certification finale pour les formations sous-tutelles du ministère de l’Enseignement supérieur et d’autres sous-tutelles du ministère de la Santé publique est très inquiétante. Sans ces processus de sélection qui visent à standardiser la formation, il est impossible de s’assurer que seuls les candidats les plus qualifiés sont admis dans ces programmes de formation médico-sanitaire. Ces lacunes remettent en question la qualité et la crédibilité des diplômes décernés.
Selon vous, les stages qui sont censés complètes ces formations sont aussi de qualité douteuse…
Par ailleurs, la problématique de la qualité des stages mérite une attention particulière. Les effectifs, la durée, la période, les lieux et l’encadrement des stagiaires sont souvent peu adéquats. Ces derniers ne bénéficient pas d’un suivi et d’une formation adéquate, ce qui peut nuire à leur formation professionnelle et à leur capacité à offrir des soins de qualité. Dans ce contexte, nous souhaitons rappeler les lois et réglementations en vigueur qui régissent l’exercice des formations médico-sanitaires au Cameroun. Tout d’abord la loi N 084/09 du 5/12/1984 portant exercice des formations médico-sanitaires, d’infirmiers, de sages-femmes et des techniciens médico-sanitaires indique clairement les qualifications requises. Selon cette loi, nul ne peut exercer cette profession sans être de nationalité camerounaise, titulaire d’un diplôme d’Etat reconnu et inscrit au tableau de l’ordre agréé par les autorités compétentes. De plus, la loi 84/010 du 5/12/1984 portant organisation de l’Ordre des formations médico-sanitaires qui a pour mission de veiller au respect de ces lois et réglementations de l’exercice de cette profession.
Que fait votre organisation pour assurer une certaine sécurité aux patients en dépit de tous ces manquements ?
L’Opms, entendu en tant qu’organisation, a un rôle crucial à jouer pour assurer la protection du public. Notre mission est de garantir que seuls les professionnels qualifiés et reconnus par l’Etat exercent dans les domaines de la santé. Nous veillons à ce que les membres de notre profession adhèrent aux normes éthiques les plus élevées et fournissent les soins de qualité à la population. Notre organisation comprend deux organes principaux : l’Assemblée générale et le conseil de l’Ordre qui travaillent pour atteindre ces objectifs. L’Assemblée générale constituée de tous les infirmiers, les sages-femmes et les techniciens médico-sanitaires inscrits au tableau de l’Ordre se réunit tous les trois ans. Elle est l’instance suprême de notre organisation où les membres peuvent exprimer leurs opinions et participer à la prise des décisions. Le conseil quant à lui est l’organe exécutif de l’Ordre, composé de 12 membres élus pour un mandat de trois ans. Il est chargé de la gestion quotidienne de l’organisation et de la mise en œuvre des décisions de l’Assemblée générale.
L’Ordre est également présent et à travers l’exercice des réunions régionales instituées par le décret du 1989, cette section accomplit ses missions à travers deux organes : l’assemblée générale régionale qui se réunit tous les trois ans et le conseil régional composé de 10 membres élus pour un mandat de trois ans avec cinq membres par divisions.
Face à la situation actuelle, le conseil de l’Ordre recommande fortement : l’arrêt immédiat et sans délai de la formation des BTS, HND en santé au Cameroun, car ces diplômes ne répondent pas aux normes de formation requises pour assurer aux lauréats la compétence nécessaire pour garantir la sécurité et la santé des patients ; la poursuite des concertations entre le ministère de la Santé publique et le ministère de l’Enseignement supérieur, l’Ordre et les autres entités concernées, pour un dialogue constructif et inclusif pour trouver des solutions durables à cette nouvelle situation ; l’encouragement des personnes souhaitant faire carrière dans les filières des personnels médico-sanitaires à postuler aux concours organisés par le ministère de la Santé publique en attendant l’introduction de la plateforme intersectorielle Minsanté-Minesup-Opms ; l’organisation des concours garantisse pour l’instant une sélection rigoureuse et équitable pour les candidats les plus qualifiés ; l’invitation des détenteurs de diplômes BTS, HND en santé de se référer aux résolution de la plateforme Minsanté-Minesup-Opms. Ces résolutions visent à trouver les solutions adaptées pour les détenteurs de ces diplômes tout en garantissant le respect des normes de qualification requises.
Ces recommandations sont-elles suffisantes pour améliorer les choses?
Nous tenons à souligner que ces recommandations sont dans l’intérêt supérieur de la protection de la santé publique et de la qualité des soins au Cameroun. L’Ordre est engagé à travailler pour ce faire avec les autorités compétentes pour améliorer les standards de formation, et garantir que seuls les professionnels qualifiés exercent dans le domaine de la santé.
Nous réaffirmons l’importance de réglementer strictement l’exercice des professions de santé au Cameroun. La santé et le bien-être de nos concitoyens dépendent de la compétence et de l’éthique des professionnels qui les soignent. L’Ordre est déterminé à jouer son rôle dans la protection du public et l’administration des soins de qualité.



