Dr Bava Hamadou : Le choléra a déjà fait 75 décès dans l’Extrême-Nord

Le délégué régional de la Santé publique de l’Extrême-Nord fait le point de la situation épidémiologique du choléra dans cette partie du pays. Il parle également de la collaboration avec Médecins sans frontières et les autres acteurs multisectoriels pour l’organisation de la riposte contre cette maladie et autres menaces sanitaires.

Guy Martial Tchinda, à Maroua

Le Cameroun fait face à une épidémie de choléra depuis plusieurs semaines. Comment la région de l’Extrême-Nord a-t-elle été contaminée ? D’où sont venus les premiers cas ?

La région de l’Extrême-Nord est en proie aux épidémies. Quatre mois avant que notre région n’entre en épidémie de choléra, un des pays voisins très proche de nous était déjà touché. Compte tenu de la circulation des personnes, nous avons très rapidement enregistré nos premiers cas. Les cas index, c’est-à-dire les premiers cas, sont partis de ce très grand pays voisin.

Que ce soit du côté du Logone-et-Chari, à travers Fotokol qui a enregistré le premier cas de la région, à Kolofata où le cas index est également venu de l’autre côté, ou à Mokolo à travers le camp de réfugiés de Minawao, qui constitue actuellement le foyer de l’épidémie. En raison des déplacements de personnes de part et d’autre, il y a eu une contamination, notamment par voie fluviale, de la région de l’Extrême-Nord.

Depuis quand la région est-elle en épidémie et quelle est la situation actuelle?

Nous sommes officiellement en épidémie depuis le 29 juillet 2026. Ce n’est pas la plus grosse épidémie qu’ait connue la région, car nous avons eu 10 000 cas il y a 10 ans. On note quand-même une réduction importante des cas depuis le début de la campagne de vaccination et de riposte. Dans le Logone-et-Chari, nous enregistrons désormais très peu de cas. Les cas ont également commencé à diminuer dans le Mayo-Sava, qui a bénéficié très récemment (du 31 août au 4 septembre) d’une campagne de vaccination. La troisième étape consistera à en faire bénéficier aux populations du Diamaré. Quand on regarde la courbe épidémique, nous avons enregistré juste une trentaine de cas la semaine dernière, alors qu’il y a un mois, nous étions à 200 cas par semaine.

Pour cette épidémie, nous avons à peu près 2 500 cas et 75 décès depuis le début dans notre région. C’est ce qui constitue actuellement l’urgence de santé publique.

Comment s’organise la riposte au niveau régional?

La lutte contre le choléra est une démarche multisectorielle. Ce n’est pas seulement l’affaire du secteur de la santé, mais celle de tous (autorités administratives, leaders religieux et traditionnels, communes…). La santé intervient en réalité en aval pour prendre en charge les malades. La sensibilisation est accompagnée par les autorités à tous les niveaux : au niveau régional par le gouverneur, au niveau des départements par les préfets, et au niveau des 47 arrondissements par les sous-préfets qui animent les comités de riposte. Bien que la saison pluvieuse soit toujours en cours, l’évolution de la courbe laisse espérer que d’ici la fin du mois, les cas deviendront très rares.

La région court-elle le risque d’autres menaces de santé ?

En dehors de la saison pluvieuse actuelle, il faut dire qu’en saison sèche, nous faisons également face au risque d’épidémie de méningite. C’est une région particulière parce que nous avons pratiquement toutes les urgences sanitaires. Et selon l’Institut de météorologie, nous sommes également exposés à d’éventuelles inondations, notamment dans le district de santé de Guirvidig, dans le département du Mayo-Danay, d’après les prévisions.

En quoi l’organisation humanitaire Médecins sans frontières (Msf) vous accompagne-t-elle dans la lutte contre ces menaces de santé ?

Nous avons une très bonne collaboration depuis le début des  interventions de Msf dans la région de l’Extrême-Nord. La collaboration entre Msf et le ministère de la Santé publique est bonne au niveau stratégique, intermédiaire et opérationnel. Elle nous accompagne dans l’urgence et en routine, notamment dans les zones rouges.

Des défis ?

Le défi majeur de la région reste son taux de pauvreté très élevé (autour de 69 %, soit le double de la moyenne nationale). C’est pourquoi les interventions de Msf renforcent grandement notre système de santé.

À Mora, il y a deux défis majeurs : l’ouverture du second bloc opératoire (environ 1 800 personnes ont été opérées l’année dernière) et la prise en charge du paludisme, marquée par une flambée des cas due aux pluies. Msf va au-delà des directives nationales en offrant la gratuité de la prise en charge du paludisme jusqu’à l’âge de 15 ans (contre 5 ans au niveau national).

Le second défi concerne l’élargissement éventuel des critères d’inclusion des patients à prendre en charge en fonction des possibilités et du contexte sécuritaire, que les autorités administratives et sécuritaires s’efforcent de maîtriser sous l’égide du gouverneur.

D’une manière générale, après sept ans passés à ce poste de délégué régional, je suis très satisfait de l’appui de Msf aux populations de l’Extrême-Nord (Mora, Kolofata/Kourgui), notamment sur la malnutrition qui est la conséquence directe de la pauvreté.

Vous avez évoqué l’élargissement des critères d’inclusion des patients à prendre en charge. De quels critères s’agit-il et que souhaitez-vous exactement ?

Il s’agit des critères chirurgicaux pour la prise en charge des traumatismes par arme blanche ou arme à feu. Les critères sont établis par le partenaire Msf et validés par le système de santé. Une bonne partie de la population en bénéficie déjà grâce aux intrants, aux infrastructures et au personnel local recruté par Msf.

Nous souhaiterions élargir encore ces critères pour couvrir davantage de cas face à la pauvreté ambiante, notamment en ce qui concerne le paludisme par exemple où Msf prend en charge jusqu’à 15 ans. Élargir les critères chirurgicaux permettrait aussi d’aider plus de malades. Qui dit merci en redemande : on ne peut pas soulager toutes les souffrances, mais beaucoup a déjà été fait et nous sollicitons un accompagnement encore plus étendu si possible.