Dr Antonio Nkondjio : « La chaleur est favorable au développement des moustiques »


Par Guy Martial Tchinda


Dr Antonio Nkondjio

Yaoundé vit en ce moment une invasion de moustiques, la plus grande observée au cours de 5 dernières années. Qu’est-ce qui peut expliquer ce phénomène ?


Le moustique est un être vivant qui n’a pas de système de régulation de sa température interne. Sa température interne est pratiquement la même que la température extérieur. Quand il fait froid, le moustique a un cycle de développement qui dépasse les dix jours alors que quand il commence à faire chaud, ce cycle peut passer à six voire cinq jours. Il y a donc plus de moustiques quand il fait chaud parce qu’ils se développent plus rapidement. Il faut également noter qu’à chaque ponte, la femelle du moustique pont environ 200 œufs. Quand le cycle de développement est plus long, une bonne partie des larves de moustiques dans les mares d’eau peuvent être dévorées par des prédateurs ce qui réduit leurs densités ; le manque de ressources alimentaire ou la compétition avec d’autres espèces peuvent également réduire les densités. Cependant quand il fait chaud, le fait de se développer vite, leur permet de limiter l’influence de ces facteurs. 

L’on s’attendrait à avoir moins de moustiques avec l’arrivée de la saison sèche. La chaleur est-elle favorable au développement des moustiques ou l’inverse? Pourquoi?

La chaleur est favorable au développement des moustiques. Quand il fait chaud, le métabolisme du moustique est accéléré et dans ces conditions, le nombre de moustiques qui se développent rapidement et atteint le stade adulte est plus élevé. D’autre part, quand il fait chaud, les moustiques sont plus actifs alors que quand il fait froid, il sont peu nombreux et se déplacent moins.

Quel est le risque de cette invasion de moustiques sur la santé ?

Les moustiques transmettent en effet plusieurs maladies à l’homme y compris le paludisme, la dengue, le chikungunya, la fièvre jaune. Le risque associé à cette invasion de moustiques, est que quand il y a plus de moustiques on est piqué plus souvent donc les moustiques ont plus de possibilités d’être infectés, et de transmettre de nombreuses maladies. 

Comment limiter les dégâts ?

Les mesures de précaution habituelles doivent s’imposer, telles que dormir sous la moustiquaire imprégnée d’insecticide. Il faut également nettoyer les alentours des habitations. Ne pas laisser l’eau stagner près des maisons, encore moins les boîtes de conserve et récipients qui peuvent garder de l’eau. Ces actions doivent être mises en œuvre partout parce que si dans un quartier une maison néglige les mesures de propreté, elle peut être source de moustiques pour les autres. La construction dans les marécages et l’exploitation de ces zones pour les activités comme l’agriculture peuvent aussi créer des gîtes propices aux moustiques. Il faut réduire au maximum les sources de production des moustiques, c’est très important pour lutter contre les maladies.

Les populations se ruent sur des insecticides dans les marchés pour faire face à ces insectes. Est-ce une solution efficace? Que recommandez-vous ?

Les populations utilisent ce qu’elles ont sous la main, mais ce sont des solutions qui ne sont pas pérennes et qui à la longue coûtent cher. Je leur conseillerais de mettre en œuvre l’hygiène et la salubrité autour de leurs habitations, de nettoyer les caniveaux et rigoles, couper les herbes, ne pas laisser d’eau stagnante près des habitations.