Discours de Paul Biya à la jeunesse : Le football comme opium des jeunes

Le chef de l‘Etat s’est adressé à ses jeunes compatriotes, célébrant les récentes victoires des Lions indomptables comme exemple de performance à l’actif du gouvernement.


Par Cyril Essissima


En ouvrant son message par le football, Paul Biya a voulu tenir en haleine ses jeunes compatriotes sur ce qui les a toujours unis. Le chef de l’Etat s’est notamment félicité de l’embellie retrouvée récemment par l’équipe nationale fanion et des résultats qui en découlent. « M’adressant à vous l’année dernière, dans les mêmes circonstances, peu de temps après notre difficile campagne, lors de la Coupe d’Afrique des nations en Côte d’Ivoire, je vous assurais que nous allions renouer avec la victoire », a-t-il entamé le 10 février, veille de la 59ème édition de la Fête la Jeunesse. Et d’enchaîner : « notre brillante qualification pour la prochaine Coupe d’Afrique des nations, qui se déroulera au Maroc, illustre bien ce que notre jeunesse, qui ne manque pas de talent et de courage, est capable d’accomplir, avec la discipline et des efforts acharnés. »

Le football n’a cependant pas appâté les milliers d’internautes camerounais sur les réseaux sociaux. Les commentaires sous le lien du discours présidentiel relayé par la télévision nationale (CRTVweb), sont essentiellement négatifs. Si d’aucuns se sont sentis indignés par l’approche du président, d’autres expriment leur lassitude face aux multiples promesses- non tenues, selon eux- en 42 ans de pouvoir.

Campagne électorale anticipée

Mais pour autant, le chef de l’Etat voit le verre à moitié plein et se dit toujours déterminé à relever les défis de la nation en général et de la jeunesse en particulier. « Qu’importe les critiques, je vous tiendrai toujours le langage de la vérité », a-t-il confessé. Paul Biya a d’ailleurs semblé invité la jeunesse camerounaise à prendre son destin en main lors de l’élection présidentielle prévue en octobre 2025. « Ce sera l’occasion pour ceux d’entre vous qui remplissent les conditions légales, d’exercer librement leur devoir citoyen. Il vous appartiendra, le moment venu, de faire votre choix en toute responsabilité, dans le calme et la sérénité », a-t-il déclaré non sans s’autoriser un petit coup de gueule à l’encontre de « certains irresponsables » qui font retentir « les sirènes du chaos ». Et d’ajouter : « ne les laissez pas se servir de vous pour assouvir leur dessein pernicieux, à savoir créer le désordre dans notre cher et beau pays. Ne vous laissez pas non plus endormir par les promesses fallacieuses et pour la plupart irréalisables qu’ils essaient de vous vendre ». En d’autres termes, Paul Biya se voit (toujours) comme le meilleur risque pour les Camerounais et se projette comme dans un air de campagne électorale anticipée. C’est en cela qu’il réitère, comme en décembre 2024 : « je continuerai d’être à vos côtés pour relever les défis auxquels vous êtes confrontés. »

Et parlant de vérité, « c’est que malgré les contraintes, nombreuses et complexes, qui entravent nos efforts de développement, nous avons ensemble, énormément accompli. De formidables progrès ont été enregistrés ces dernières années, grâce à notre action commune et au soutien sans faille que vous m’avez apporté », assure le président. La formation et l’insertion socioprofessionnelle des jeunes marquent le quatrième temps fort du message présidentiel. Paul Biya affirme que « chaque année qui passe, l’offre dans ce domaine s’améliore quantitativement et qualitativement ». Un argument renforcé, entre autres, par les « nouvelles filières spécialisées (…) ouvertes dans les lycées et institutions universitaires ». Le président mentionne également « l’opérationnalisation des centres de formation qui permet aux jeunes non-diplômés d’apprendre un métier et de trouver leur place dans la société ».

S’agissant des annonces, le chef de l’Etat en a fait, notamment « dans les semaines qui vont suivre, l’opération de contractualisation des personnels de santé ». Sauf que malgré toute « la volonté du gouvernement », l’Etat ne peut pas « offrir à tous les jeunes un emploi dans la fonction publique ou dans le secteur privé ». Ceci, compte tenu de ses ressources financières limitées. Le président propose comme alternative à la jeunesse les opportunités qu’offrent l’agriculture ou l’élevage, ou encore des atouts du numérique « pour développer l’auto-emploi ».