Des créateurs camerounais ont présenté leur nouvelle collection les 1er et 2 juin derniers au Théâtre de la ville-Sarah Bernhardt dans le cadre de cet événement organisé par l’Ifc et l’ambassade de France au Cameroun.
Par Alain Ndanga à Paris
Défilé de mode : Le Cameroun habille Paris
Le public parisien s’est délecté les 1er et 2 juin derniers des créations de quatre designers camerounais qui mêlent tradition et modernisme.
Par Alain Ndanga à Paris
Le hall du Théâtre de ville-Sarah Bernhardt, Place du Châtelet grouille de beau monde. Le 2 juin dernier, des parisiens et des touristes venus d’ailleurs ont découvert le génie créateur de la mode camerounaise. Quatre pépites rivalisent de créativité : Afrokrema, Donald Chindjou, Fredy Manyongo, Fabienne Odi Essomba et Coco Jackson Elemva. Ces jeunes loups aux dents longues ont tous à cœur de montrer que l’art vestimentaire camerounais a son mot à dire dans l’environnement mondial marqué par l’excellence. Les collections d’Afrokrema et Coco Jackson ambitionnent de promouvoir et de valoriser une coiffure qui tend à disparaître ; Donald Chindjou et Fabienne Odi donnent plus d’allant aux tissus camerounais. Fredy Manyongo propose une collection qui allie créativité, raffinement et précision ; avec une esthétique qui rappelle Imane Ayissi et bien d’autres artistes de la mode parisienne.
C’est près de 20 mannequins issus de plusieurs pays qui ont défilé pour ces créateurs. Avec une direction artistique assurée par Kevin. Le défilé présenté sous fond de musiques africaines a été fortement ovationné par des participants. Comme aux précédentes éditions de Focus Cameroun, l’Institut français du Cameroun (Ifc) a donné la part belle à la mode 237. Le directeur du Théâtre de la ville Emmanuel Demarcy-Mota s’est réjoui de ce que Focus Cameroun 3, ait permis d’accueillir plus de 50 artistes de toutes disciplines, pour une trentaine de propositions artistiques, partagées chaque fois par près de 20000 personnes. Il rappelle que le partenariat entre le Théâtre de la Ville et l’Institut français du Cameroun qui a commencé en 2021 continue sa marche vers de nouveaux horizons. En ce qui le concerne, autant que le besoin sera exprimé, le Théâtre de la ville mettra à la disposition de l’Ifc et de l’ambassade de la France au Cameroun, cet espace qui permet de diffuser l’art camerounais.
Les créateurs ont quant à eux remercié le directeur de l’Ifc, Yann Lorvo pour la vision qu’il a eue de mettre la mode camerounaise au même niveau que d’autres expressions artistiques. C’est à ce dessein que l’Ifc intègre dans sa programmation mensuelle le concept, le Designer du mois.

Réactions
Imane Ayissi
« Concernant les vêtements, il y a de très belles choses »

Il y a des talents au Cameroun. La preuve c’est qu’on a vu aujourd’hui déjà ce mouvement, le Focus Cameroun qui est présent à Paris. Paris est la capitale de la mode. Il se passe beaucoup de choses à Paris et Paris brasse énormément de monde. C’est une capitale qui est vivante et dynamique. Donc, c’est important que le Cameroun soit présent pour montrer de quoi il est capable, ce que les artistes camerounais peuvent faire. On a vu que ce soit au niveau de l’art plastique, de la comédie, la mode, on passe de l’univers d’un créateur à un autre; c’est différent. Le show des coiffures était magnifique. Cette posture d’efforts qui montre la femme africaine aux cheveux crépus, le tressage à l’ancienne. C’est aussi une manière de promouvoir, de rééduquer les gens. Concernant les vêtements, il y a de très belles choses. J’ai aimé Donald Chinjou, ses vêtements étaient très beaux. Il maîtrise son truc. La fille aussi avec du lin, du raphia, mais ce que je veux dire c’est que la finition est importante, apprendre aussi à bien maîtriser les proportions. On est à Paris, donc on a n’a pas le droit de faire des fautes. Pour ceux qui sont jeunes, c’est la première fois qu’ils viennent présenter à Paris. Au regard de ce qu’il y a, qu’est-ce qui est possible de porter ici ou pas, ça dépend de quelle mode on fait et de ce que l’on veut produire parce qu’avant de présenter une collection, on fait l’étude du marché et on va décider que je présente dans la haute couture ou dans les prêts à porter pour tout le monde ou du haut de gamme.
Fabienne Odi Essomba
« Donner une touche particulière camerounaise »

Cette collection Minkom que j’ai présentée à Focus Cameroun 3 a été faite avec mon cœur. A travers cette création, je rends hommage à la tribu Bulu qui est ma tribu d’accueil parce que je suis mariée à un Bulu. J’ai un peu mis dans cette collection toutes les petites idées que j’ai eues tout au long de mon expérience, tout au long de ma vie. Je suis fille de diplomate et à partir de mon père, on n’était jamais stable ; toujours en train de voyager, mais pendant pratiquement 10 ans, on a eu à visiter beaucoup plus les pays asiatiques tels que l’Arabie Saoudite, le Pakistan. Donc je me suis beaucoup plus inspirée de ces pays-là. Et maintenant, Minkom vient donner une touche particulière camerounaise et africaine ; c’est à travers les bijoux, mes accessoires que vous pouvez découvrir et visiter le Cameroun. C’est à travers le Ccmc que l’Ifc m’a dénichée. Je remercie Yann Lorvo et tout son staff, Imane Ayissi qui m’a convaincue de faire la formation au Ccmc. Je suis fière de revenir en France où la carrière de papa a commencé.
Coco Jackson Elemva
« Je ne m’attendais pas à ce que le public aime autant mes créations »

J’ai présenté une collection de coiffures accessoirisées avec du pagne et de l’Obom. Ceux qui ne connaissent pas l’Obom, c’est un tissu qui vient des arbres des régions du Sud, de l’Est et du Centre. Les traditions de ces régions l’utilisent pour réaliser les costumes des chefs traditionnels et des dignitaires des peuples de l’aire culturelle Fang-Beti. J’ai imaginé l’utiliser pour mes coiffures parce qu’elles représentent la royauté, la beauté africaine, l’élégance et la prestance de la femme africaine. Je suis présent au Focus Cameroun 3 grâce au président exécutif de l’association La route des chefferies du Cameroun, Sylvain Djache Nzefa, avec l’intelligente collaboration de l’Ifc. Ces deux institutions ont permis que je vienne présenter mon talent aux yeux du monde. Je suis agréablement surprise de l’accueil que cela a dû entraîner à la place parisienne. Je ne m’attendais pas à ce que le public aime autant mes créations. Vraiment ça me fait un boom au cœur et ça me motive pour travailler durement, encore et encore plus et montrer aux yeux du monde que la femme africaine a aussi quelque chose à offrir à travers ses cheveux capillaires.



