Derrière l’univers du bien-être, des professionnels dénoncent des pratiques qui fragilisent l’image de leur métier.
Karelle Mbili (Stagiaire)
Lumière tamisée, musique relaxante, parfum d’huiles essentielles, cabines feutrées, tables de massage parsemées de pétales de roses, tout est pensé pour offrir aux clients une parenthèse de détente dans des instituts de beauté de Yaoundé. Vêtues d’un cycliste et d’un body, les esthéticiennes enchaînent massages, gommages et soins esthétiques. L’air frais, le calme des lieux et la précision des gestes contrastent pourtant avec une réalité bien moins apaisante que plusieurs professionnels disent affronter au quotidien.
À mesure que les instituts se multiplient au Cameroun, le secteur attire une clientèle toujours plus nombreuse, mais aussi des comportements qui brouillent la frontière entre bien-être et la déviance. Si aucun des établissements rencontrés ne reconnaît officiellement proposer des « massages avec finition », c’est-à-dire qui intègrent des rapports sexuels, plusieurs témoignages recueillis au cours de cette enquête révèlent que certains clients en font régulièrement la demande. « Quand je demande un massage avec un service particulier pour clôturer et qu’on me l’offre dans un salon, si je suis satisfait, on ne sait jamais, cette dernière peut devenir ma femme », confie, sous couvert d’anonymat, un client.
Une perception que d’autres rejettent catégoriquement. « Ma femme ne peut pas se faire masser par un homme dans un institut. Pourquoi tenter le diable ? On ne sait jamais où cela peut finir », affirme Loïc Engounou. Face à ces sollicitations, les professionnelles rappellent les limites de leur métier. « Il peut arriver qu’un client manifeste une excitation pendant un massage. C’est à la praticienne de rester professionnelle. Certaines acceptent, mais c’est ce qui salit notre métier », témoigne Marielle Tchonkou, masseuse.
Pour Thérèse Flore Kengne, promotrice d’institut, ces dérives trouvent également leur origine dans le manque de formation. « Beaucoup apprennent sur le tas et ne maîtrisent ni les protocoles de massage ni les zones sensibles du corps. En massant sans technique, on peut provoquer une excitation chez le client et, face à ses sollicitations, certains finissent par céder aux « massages avec finition ». » Elle distingue toutefois ces pratiques des massages érotiques abordés, selon elle, dans un cadre de formation technique et professionnel, qui ne doivent en aucun cas être assimilés à des prestations sexuelles commerciales.
Pour plusieurs acteurs du secteur, l’absence d’un encadrement plus rigoureux favorise les amalgames. Ils dénoncent l’ouverture d’instituts par des personnes moins qualifiées, une concurrence jugée déloyale et appellent à une meilleure professionnalisation du métier. Un enjeu qu’ils jugent essentiel pour protéger la clientèle, restaurer l’image de la profession et redonner aux instituts de beauté leur vocation première : le bien-être.



