Défense des détenus : Plaidoirie pour l’informatisation du système judiciaire

Les avocats outillés dans le cadre du projet Pagoc, en vue d’améliorer l’accès à la justice des détenus vulnérables, ont également plaidé pour l’application des peines alternatives.


Par Blaise Djouokep


Au Cameroun, les causes de la surpopulation carcérale sont multiples. Parmi elles, le non-respect des textes et des délais de garde à vue ; les détentions provisoires prolongées, laissant des détenus passer un à deux ans en prison sans être jugés ; la non-libération des détenus ayant purgé leur peine en raison du non-paiement de l’amende ; la non-application des peines alternatives, qui permettraient d’imposer des tâches utiles plutôt que l’incarcération ; et les défaillances du système informatique judiciaire. Toutes ces problématiques ont de graves conséquences sur les détenus.

Prison centrale de Douala.

Une mauvaise administration de la justice dans les prisons a motivé l’organisation d’un séminaire visant à renforcer les capacités des avocats dans la défense des droits des détenus, dans le cadre du Projet d’Appui à une Gouvernance Carcérale basée sur les droits humains au Cameroun (Pagoc). Cette initiative entend mettre en place une dynamique inclusive et participative, impliquant toutes les parties prenantes, pour améliorer l’accès à la justice des détenus vulnérables, leurs conditions de détention et leur réinsertion socio-professionnelle, afin de réduire les risques de récidive. A en croire Me Clémentine Plagnol, formatrice chez Avocats Sans Frontière (Asf) France, « cette formation a vocation à contribuer à ce que l’Etat de droit puisse être amélioré au Cameroun. Le projet porte plus précisément sur la problématique des droits de l’homme pour les personnes privées de liberté au Cameroun, et Asf, autant que les autres parties à ce projet entend contribuer à une meilleure prise en charge des personnes privées de liberté et de contribuer au renforcement de l’Etat de droit », note-t-elle.

Paperasse

L’objectif, explique la formatrice, est de fournir un complément de formation à des avocats expérimentés dans la prise en charge des détenus au Cameroun, en mettant l’accent sur les lois internationales et régionales relatives aux droits fondamentaux des personnes privées de liberté. Au cours de la formation, des jeux de rôle sont organisés autour de cas de violations des droits des détenus, et ensemble, les avocats présents collaborent pour proposer des solutions. Cependant, au-delà de la connaissance des textes internationaux, régionaux et nationaux traitant de la torture et de la garde à vue abusive, les avocats plaident également pour l’informatisation du système judiciaire.

« Si ce système est informatisé, cela permettra que, dès que la date de sortie d’un détenu arrive, cela se signale en rouge dans l’ordinateur et permettra qu’on prenne des dispositions pour le libérer. Malheureusement, tout se passe dans la paperasse. Il y a des gens en prison dont on ne retrouve pas les dossiers. Il faut aller fouiller dans les archives pour se retrouver. Et cela contre rémunération parfois », regrette Me Clémence Mafetgo. Et d’ajouter que « Le contrôle des prisons n’est pas fluide. On devrait avoir la situation de chaque détenu par dossier et par inscription sur le plan digital. Or, malheureusement, tant que vous n’avez pas la grâce qu’un fonctionnaire aille fouiller votre dossier dans la cantine ou dans une armoire, vous y restez et l’administration ne sait même pas que vous êtes en prison ».

Et ceux qui en paient le plus lourd tribut sont les détenus vulnérables. « La première vulnérabilité est financière. Il y a beaucoup de détenus qui ne peuvent pas se payer les services d’un avocat. L’autre vulnérabilité est sociale et émotionnelle et concerne les détenus qui ne reçoivent plus de visites de leurs familles, les femmes et les mineurs… Nous travaillons avec les services sociaux de la prison pour identifier les détenus qui vont être défendus gratuitement par nos avocats », note Joseph Désiré Zébazé, coordonnateur national du Réseau camerounais des organisations des droits de l’homme aux Ong locaux, d’après qui, environ 54% des prisonniers sont des prévenus, et donc, attendent encore leur procès.