Décharge de Pk10 à Douala : Les travaux s’accélèrent

À neuf mois environ de sa fermeture définitive, les travaux s’intensifient sur ce site de déversement des ordures ménagères qui a reçu de nouveaux engins pour le traitement des déchets.
 
Blaise Djouokep
Une vue de la décharge de Pk10 à Douala
 
Sur les hauteurs de la décharge de Pk10 à Douala, des camions transportant des déchets ménagers viennent y vider leur contenu. Les deux excavatrices présentes sur les lieux se chargent de les éparpiller sur ce site qui jouxte les infrastructures du génie militaire, à Douala. L’activité semble tourner au ralenti en cette matinée pluvieuse du 6 août 2026. Quelques mètres plus loin, des engins flambant neufs acquis par la société Hysacam, avec l’appui de la mairie de la ville de Douala, se dressent fièrement.
Onze engins au total, dont six excavatrices, trois bulldozers, une niveleuse, un compacteur. Le renforcement du parc d’engins lourds de Hysacam vise à améliorer le traitement sur la décharge de Pk10. « Le second objectif est d’accélérer le traitement des ordures pour qu’à l’ouverture de la décharge de Ngombe en 2027, tout soit fin prêt », note le Dg de Hysacam, Jean Pierre Ymele.
  
Après plusieurs décennies de service, ce site entre progressivement dans sa phase de fermeture, avec plus de 11 millions de tonnes d’ordures ménagères traitées en 20 ans. Mais des difficultés persistent. Entre autres, le séjour trop long des camions à la décharge, note Roger Mbassa Ndine. Lequel explique que la moyenne de temps de séjour des camions à la décharge de Pk10, pendant les périodes de pic, tourne autour de 35 à 45 minutes. Les nouveaux engins permettront de le réduire à 25 minutes. Autre difficulté, l’étroitesse du site qui, à en croire le maire de la ville, « a été fait pour combler un ravin qui menaçait les installations du génie militaire ».
D’une superficie de 32 ha, 50 a 24 ca, la décharge de Pk10 présente une seule entrée. La surface en cours d’exploitation est de 16 ha ; la surface zone de dépression de 11,5 ha. Les nouveaux engins qui vont travailler sur ce site auront pour mission d’éviter l’engorgement de la décharge.
 
« Avec ces nouveaux engins, le travail va s’accélérer et on pourra dans quelques mois remplir le site. Ce site a encore environ huit à neuf mois d’activités. Quand cet espace sera plein, nous irons sur notre site de la décharge de Ngombe », précise Roger Mbassa Ndine. La décharge en construction de Ngombe est composée de trois casiers de 4 ha et d’un espace modulable de 25 ha. 

Didier Yimkoua : Il faut former les jeunes à la valorisation des déchets

Militant écologiste, il propose des pistes de solutions devant permettre de débarrasser la ville de Douala des déchets ménagers.
 
Blaise Djouokep
 
 
Quel regard portez-vous sur la gestion des ordures ménagères dans la ville de Douala ?
 
Malgré les états généraux sur la gestion des ressources en déchets urbains organisés en mai 2025, on n’est pas sorti de l’auberge. Au contraire, la crise des déchets urbains à Yaoundé, Douala prend des proportions inquiétantes, si tant est que le traitement des ordures ménagères est plus un problème de santé publique que de protection de l’environnement. Dans une ville comme Douala où le taux d’occupation du sol est d’environ 80%, ce qui signifie que les camions poubelles sont moins accessibles aux quartiers mal structurés.
Le système de collecte et de traitement des déchets tel que pratiqué actuellement montre ses limites. Plus de 2 000 tonnes de déchets produits quotidiennement et environ 1 500 tonnes collectées et traitées.
Le reliquat des déchets non enlevés est abandonné à l’air libre. Les ordures s’amoncellent car leur production ne s’arrête guère. Tant qu’on consomme, on génère des déchets. Si les populations sont gênées par la présence des décharges sauvages, elles y mettent le feu qui génère des fumées chargées de particules fines et des cendres chargées de métaux lourds. En temps de pluie, ces polluants sont emportés vers les cours d’eau avec risque de contamination des espèces aquatiques (poissons, crevettes, gambas…). Soit l’air est pollué, source d’infections pulmonaires.
 
Une nouvelle décharge est en cours de construction à Ngombe. Elle sera opérationnelle en 2027 après la fermeture de celle de Pk10 et produira du biogaz. Que faut-il faire pour que Douala soit définitivement débarrassée de ces ordures ?
 
L’opération de pré-collecte initiée par le maire Roger Mbassa Ndine trouve difficilement l’approbation des populations des quartiers mal structurés qui rechignent à contribuer financièrement à l’enlèvement des ordures ménagères des maisons vers les points de rassemblement.
Pour que la décharge de Ngombe soit gérée rationnellement, elle doit recevoir uniquement les rebuts impossibles à valoriser. Un travail de tri et de recyclage doit être fait en amont. Il faut sensibiliser et éduquer les populations pour qu’elles adhèrent à la démarche participative, former les jeunes aux techniques de valorisation des déchets urbains. Les maires d’arrondissements doivent s’investir dans la pré-collecte et créer les déchèteries, sortes d’unités de valorisation des déchets réutilisables et de compostage des quantités biodégradables.  
Pour une solution durable, la décentralisation doit être effective, et le gouvernement doit respecter les vœux du chef de l’État d’impliquer le plus grand nombre de jeunes dans la préservation de l’environnement et la lutte contre le changement climatique.

Insalubrité : La loi des ordures 

Blaise Djouokep
 

En annonçant, le 31 décembre 2025, au cours de la session ordinaire de la Communauté urbaine de Douala (Cud) consacrée au vote du budget 2026, que les missions de collecte des ordures ménagères, de balayage et de nettoyage dans l’arrondissement de Douala 4e, sont affectées dès le mois de janvier 2026, à la société Genelcam, le maire de la ville, croyait avoir définitivement tordu le cou aux immondices d’ordures qui offrent un paysage hideux à la capitale économique. Huit mois plus tard, c’est le statu quo. Les carrefours, ronds-points, terre-pleins, sont bondés d’ordures, jusque dans les quartiers huppés. Les 2 000 tonnes de déchets en moyenne, produits au quotidien dans la ville, peinent à être totalement ramassés.

La mesure, comme bien d’autres jusqu’ici prises, tarde à porter des fruits. C’est le cas du Centre de transfert des déchets, construit à Youpwe par Hysacam et financé par la Cud à hauteur d’un milliard Fcfa, et inauguré le 25 septembre 2024. Le site se voulait être un centre de transit logistique pour optimiser le ramassage des ordures dans la ville. Jusqu’à 800 tonnes de déchets par jour peuvent y être transférés. L’objectif étant de réduire les rotations des camions entre les points de collecte et la décharge afin de maximiser le ramassage des ordures dans la ville. Flop.

Avec l’acquisition de plus d’une dizaine d’engins et de camions, la mairie de la ville de Douala entend cette fois-ci, accélérer le ramassage des déchets dans la capitale économique, leur traitement à la décharge de Pk10, et, dès 2027, leur traitement à la décharge, en cours de construction, de Ngombe où ces déchets seront également transformés en biogaz et pourront  produire de l’électricité. 
 
La décharge de Ngombe accueillera au quotidien en moyenne 1 500 tonnes de déchets. Ce qui est en deçà de la quantité produite journalièrement. Il faudra également résoudre l’équation de la distance. La décharge de Ngombe étant située à Pk24, à proximité du centre de traitement des boues de vidange, à une bonne distance de la ville.