La première réunion statutaire du nouveau bureau, tenue le 17 juillet dernier à Bertoua, révèle
que le quinquennat passé, 2021-2026, a provoqué de nombreux départs de la Confédération
syndicale des travailleurs du Cameroun.
Par Wamba Sop
« Pendant le précédent mandat, nous avons perdu 600 délégués du personnel de nos rangs. C’est beau de dire que nous gardons la tête, mais nous ne voyons pas comment nous
régressons. Nous avons évolué en marge de nos objectifs bien consignés dans nos statuts, en son article 9 notamment. Au lieu d’unir et d’organiser les travailleurs au sein de la Cstc, nous les avons divisés. Au lieu d’orienter l’action syndicale en faveur de la construction nationale, nous avons passé notre temps à promouvoir nos intérêts personnels. Au lieu d’améliorer les conditions matérielles de vie du travailleur dans le cadre d’une politique globale de progrès économique et social, nous nous sommes concentrés à polir nos vies pour dire aux camarades
que nous nous sommes lavés dans les eaux du Jourdain en Israël et cela nous donne un
montant 1 600 000 tous les mois pour le loyer ». Ces aveux teintés de regrets et de dénonciation sont de Célestin Bama Synguima, nouveau président de la Confédération syndicale des travailleurs du Cameroun (Cstc), élu avec son bureau de 65 membres le 13 juin
dernier à la Bourse du travail de Messa à Yaoundé. Ce constat amer de l’état de santé de la Cstc, a été fait le vendredi 17 juillet dernier à Bertoua, région de l’Est, lors de la première réunion
statutaire du bureau confédéral.
Un bilan en toute transparence, dit-on, du président entrant, Célestin Bama. Il en rajoute aux
dénonciations. Durant la dernière mandature, « au lieu de défendre les libertés et les droits syndicaux conformément aux dispositions des conventions 87 et 98 de l’Oit, nous nous sommes limités à réduire le syndicat en comptoir. Au lieu d’éduquer, d’informer et de former nos membres dans tous les domaines et à tous les niveaux, nous nous sommes contentés de
voyager à travers le monde sans compte rendu… » Pour sauver la barque de la plus grande confédération syndicale du Cameroun, la Cstc met le cap dorénavant sur ce que le président
confédéral appelle le « syndicalisme véritable, innovant et intégral. Le but est la lutte pour le
travail décent de par la promotion des normes et de la législation en vigueur, les revenus convenables, la sécurité sociale et le dialogue social de tout temps. Depuis le 13 juin 2026, nous sommes embarqués dans une croisière continue de combat syndical pour l’amélioration des
conditions de vie et de travail… La majorité des travailleurs, membres ou non, comptent sur la
Cstc ».
Résultats
Les travaux ont permis d’établir un plan d’actions prioritaires 2026-2027, un calendrier pour des
descentes sur le terrain afin de discuter avec les travailleurs, la mise sur pied des cercles d’études pour renforcer la formation des syndicalistes, la défense des droits et intérêts des
travailleurs, la formation des délégués du personnel, les stratégies à développer pour mettre fin aux petites querelles intestines. « Donnons les moyens au président pour démarrer le travail. Nous devons aussi avoir l’habitude du compte-rendu. On doit savoir rendre compte. On doit définir un budget et trouver les sources de financement, et fonctionner en toute transparence », a souligné le secrétaire général de la Cstc, Charles Nitcheu Walla.
Sur le terrain, les difficultés sont perceptibles. « Dans la région du Nord-Ouest, le principal problème des syndicats et des travailleurs aujourd’hui, c’est la crise dite anglophone. Certains employeurs en profitent pour ne pas respecter les droits des travailleurs. Avec la mise en place du nouveau bureau, nous allons y porter cette préoccupation. L’objectif est clair : trouver des
solutions concrètes pour protéger les travailleurs du Nord-Ouest », explique Moses Mofor,
président régional Nord-Ouest du Syndicat national des conducteurs de transport périurbain,
urbain, interurbain et rural du Cameroun (Synctrapuircam). Président d’un syndicat d’entreprise
riche de 500 ouvriers membres, Gabriel Ndoke a souligné : « Aujourd’hui, avec un nouveau
président confédéral et le nouveau bureau, nous devons revenir à la base. Il faut aller dans chaque section confédérale, chaque section de base, recenser tous les syndicats et tous les
organes, faire l’état des lieux, et remonter cela au niveau de la confédération. C’est seulement ainsi que nous aurons la force de réclamer des résultats ». Ces résultats sont d’ailleurs
attendus.



