Les adhérents généralement recrutés sur la base de leurs affinités avec le fondateur n’ont pas toujours vécu une belle expérience au sein de ces milieux.
Par Lorine Claudia Agnang
1,5 million de FCFA. C’est la somme que Claire devait recevoir d’une cotisation en ligne à laquelle elle avait adhéré. Sauf qu’elle ne percevra jamais cette somme, car la fondatrice de la tontine a disparu dans la nature. Introduite dans cette tontine par une amie, la jeune styliste avait un projet de voyage. Il lui fallait, de ce fait, les moyens pour le réaliser. En tant que nouvelle adhérente, elle devait percevoir son argent en dernière position (15e). Pendant tout ce temps (14 mois), elle confie s’être acquittée de ses cotisations, soit 100 000 FCFA par mois. Sauf qu’à son tour (le 15e mois), elle constate avec étonnement qu’elle a été bannie du groupe WhatsApp regroupant tous les adhérents ; le numéro de la fondatrice est désormais injoignable.
Lire aussi: Portrait de Andrée Ayina, fondatrice d’une cotisation en ligne
C’est le même sort qu’a subi Berthe il y a quelques mois. Elle aussi a été exclue du groupe WhatsApp de la tontine parce qu’elle réclamait son dû. En avril 2024, l’élève d’un établissement de la ville de Yaoundé devait percevoir 400 000 FCFA de sa tontine. Sauf que lorsque son tour est arrivé, « la fondatrice me fait savoir qu’elle ne sait pas pourquoi les gens ne veulent pas cotiser pour moi, malgré le rappel à l’ordre. Mais comme je n’étais pas la dernière à percevoir mon dû, elle venait me harceler pour cotiser pour les autres », relate-t-elle. L’affaire a finalement été portée devant un commissariat de Yaoundé. Malgré toutes les procédures engagées, Berthe n’a reçu que 80 000 FCFA sur les 400 000 FCFA attendus. Un an plus tard, elle continue d’attendre.
Lire aussi: Interview de Me Balbine Manga sur les cotisations en ligne
L’essor des réseaux sociaux, et particulièrement des messageries instantanées comme WhatsApp, a favorisé la vulgarisation de cette nouvelle manière de faire la tontine. Ainsi, comme dans les tontines ordinaires, l’on y retrouve aussi des cotisations pour l’équipement de la maison : ustensiles, literie, décoration intérieure, ameublement, etc. Les membres de ces groupes sont en général recrutés par affinité avec le fondateur ou la fondatrice, par recommandation d’un membre ou encore suite à une publication faite en statut WhatsApp. « Un jour, une amie a posté en statut le lancement d’une cotisation. Je me suis rapprochée d’elle pour me rassurer de sa crédibilité. Elle m’a assurée que cette cotisation était fiable et m’a dit que la fondatrice est une amie à elle. Sauf qu’au moment où j’attendais de recevoir mon dû, la fondatrice m’annonce que son mari a été très souffrant. Et elle a dû utiliser l’argent de la cotisation pour gérer cette urgence. Elle a promis de rembourser dès que possible. Cela fait deux ans aujourd’hui. Quand je lui écris, elle lit et ignore. Le comble, c’est que nous ne vivons pas dans la même ville : je suis à Yaoundé et elle, à Bafoussam », confie une victime.
Lire aussi : Une application de tontine en ligne made in Cameroon
Ces initiatives connaissent un essor sur WhatsApp, car la plateforme permet de créer facilement des groupes qui fédèrent les membres. Et c’est le mobile money qui est utilisé pour effectuer les transactions. « Chez nous, l’argent est reversé directement au bénéficiaire », affirme une adepte de ces tontines. « Nous avons une trésorière. Elle reçoit l’argent des autres membres, avant qu’il ne soit acheminé au bénéficiaire », ajoute une autre. Si les expériences ne sont pas toujours bonnes, l’activité continue de prospérer et ne cesse d’attirer de nouveaux adhérents.




