Conflit russo-ukrainien : Des Camerounais, chair à canon au front

Les armées des deux pays en guerre recrutent des Camerounais pour combler leurs effectifs, en leur faisant miroiter des salaires attractifs.


Par Michel Enony


Des Camerounais, civils ou soldats, enrôlés dans les armées russe et ukrainienne. Pour pallier les problèmes d’hommes au front, les deux pays recrutent des mercenaires. Les départs sont volontaires pour certains et forcés pour d’autres. Certains témoignages laissent entendre que des Camerounais en situation irrégulière dans ces pays sont contraints de rejoindre les rangs de l’armée, sous peine de poursuite judiciaires ou d’expulsion.

Dans une vidéo en circulation que nous nous sommes procurée, un Camerounais, en pleure, capturé par l’armée ukrainienne, dit avoir rejoint l’armée russe contre sa volonté. « Président Zelensky, me voici. J’ai mes enfants que j’aime beaucoup au pays. J’ai été forcé, aidez-moi », implore-t-il. Des vidéos comme celle-là, sont en circulation sur internet. Des civils, sans formation militaire, qui servent de chair à canon dans le conflit russo-ukrainien.

Parmi ceux qui sont allés de plein gré, le sergent Bibi. Agé de 31 ans et soldat au Bataillon d’intervention rapide (Bir), corps d’élite de l’armée camerounaise, il a déserté les rangs pour rejoindre la Russie. Mais depuis le mois d’avril, aucun signe de vie ni à sa famille, ni à sa femme. Selon des témoignages recueillis, il a rejoint l’armée russe contre des salaires attractifs. Après plusieurs mois au Donbass, son dernier message à son frère remonte au 25 avril de cette année. Dans la dernière conversation, il disait que les « combats étaient rudes. Depuis ce jour, j’appelle, je laisse des messages, personne ne répond. Aucun jour ne passait sans qu’on ne se parle. J’ai la certitude qu’il est mort », se désole son petit frère, lui-même militaire.

Si l’arme change d’épaule dans l’armée, la précarité serait l’une des causes. Les conditions de vie au front, notamment dans les zones en conflits, laissent à désirer. Les primes connaissent des coups de rabot des chefs. « On souffre dans le silence. Les salaires sont minables chez nous. Si les militaires démissionnent, c’est parce que les propositions sont énormes. Les salaires vont jusqu’à 4 millions par mois en Russie. Moi-même j’ai été tenté de partir. Une agence était prête à me faire voyager. Du côté de l’Ukraine aussi, j’ai eu une proposition de 5 millions par mois dès mon arrivée. J’ai des camarades qui sont partis », témoigne un élément du Bir, qui a requis l’anonymat de peur des représailles. Et selon notre source, certains chefs d’unité facilitent les procédures aux militaires pour sortir du pays contre rémunération.

Dans un communiqué qui date du 7 mars dernier, le ministre délégué à la présidence chargé de la Défense, joseph Beti Assomo, reconnaissait des départs clandestins dans l’armée camerounaise. Dans son aveu, il ordonnait par la même occasion aux chefs d’unités de prendre toutes les « dispositions nécessaires et appropriées, de toute urgence, pour effectuer un contrôle plus strict des hommes dans vos unités ». Plus loin, le ministre exigeait d’interdire la sortie du territoire national à tout personnel dépourvu d’autorisation dûment signée après avis de la chaine hiérarchique. Sauf que jusqu’ici, aucune mesure n’a réussi à stopper le phénomène. Des militaires camerounais continuent de débarquer dans l’armée de Poutine et celle de Zelensky.

Contactée pour en savoir plus sur la légalité de ces recrutements des Camerounais dans l’armée de son pays, l’ambassade de Russie au Cameroun nous a laissé sur répondeur. Toutes nos tentatives sont restées sans réponse. Preuve que la représentation diplomatique ne veut pas se prononcer sur le sujet.