En visite au Cameroun du 5 au 7 août 2024, le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme s’est entretenu avec les autorités, les acteurs politiques et la société civile.
Par Cyril Essissima
La presse à capitaux privés a été tenue à l’écart de la rencontre entre le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, et les leaders des partis politiques de l’opposition ce mercredi 7 août. Selon programme de la visite du diplomate, ont pris part à ces échanges le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), le Parti camerounais pour la réconciliation nationale (Pcrn), l’Union des populations du Cameroun (Upc), le Social Democratic Front (SDF), le Cameroon’s People Party (CPP) et bien d’autres. De même, les journalistes des médias privés n’ont pas été conviés à l’audience à lui accordée par le Premier ministre, Joseph Dion Ngute. Le haut-commissaire s’est par ailleurs entretenu avec le ministre des Relations extérieures (Minrex), le ministre de la Justice, le ministre de la Défense, le patron de la police, sans oublier le président de la Commission des droits de l’homme du Cameroun, James Mouangue Kobila.

Néanmoins, après avoir écouté le gouvernement et les acteurs politiques, le haut fonctionnaire des Nations unies s’est ouvert à toute la presse pour partager sa perception de la situation des droits de l’homme et du climat sociopolitique au Cameroun, surtout à l’approche de plusieurs échéances électorales prévues en 2025. Volker Türk, fort de son expérience, a vu des contextes plus difficiles ailleurs. « Ici au Cameroun, si je compare avec d’autres pays, il y a quand-même un effort de se concentrer sur l’essentiel. Ceci est très important surtout en période électorale où il faut se concentrer sur les défis d’un pays. Et pour la démocratie, on doit laisser ouvert le débat et le rendre transparent où on peut discuter des idées. Il y aura toujours des gens qui seront d’accord sur comment trouver des solutions aux grands défis du pays et ceux qui ne le seront pas. Voilà pourquoi il est très important d’ouvrir l’espace public et de laisser les opinions s’exprimer librement », déclare-t-il.
Le haut-commissaire est cependant conscient des dangers et des dérives en pareil contexte. « Il y a quelques-uns qui vont trouver des bouc-émissaires pour véhiculer des discours de haine. Justement, il faut tout faire pour éviter les discours de haine ou d’incitation à la violence », ajoute-t-il.
Ramon Cotta
Évidement, la question des droits de l’homme n’a pas échappé au diplomate onusien. Il n’aurait pas pu se défausser compte tenu de la pression des journalistes qui l’ont acculé de questions relatives à l’actualité nationale marquée par l’arrestation de l’activiste Steeve Akam dit Ramon Cotta dont on est sans nouvelles depuis son extradition du Gabon vers le Cameroun. Le cas du jeune Tiktokeur Junior Ngombe (arrêté puis libéré) a également été évoqué par les journalistes. Volker Türk en a profité pour décliner l’un des objectifs principaux de sa mission au Cameroun, à savoir « comment on se prépare pour cette phase pré-électorale ? ». Une préoccupation abordée avec des organisations de la société civile, et qui intervient à toutes les étapes du processus électoral. C’est-à-dire avant, pendant et après le scrutin. Son « message clé » aux acteurs politiques a été de les inviter à faire « une promesse » que tous les « programmes politiques soient centrés sur les questions de droits humains ». Il plaide également pour le principe de « non-discrimination, de l’inclusivité et de la participation de tout groupe ». D’où sa conclusion : « Les droits humains sont universels ».
La visite a donné lieu à une conférence à l’Institut des relations internationales du Cameroun (Iric) où le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a pu échanger avec des étudiants. Volker Türk a achevé son séjour en terres camerounaises par l’inauguration du nouveau siège national du Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Un bâtiment neuf de cinq niveaux, offert par le président de la République, « preuve que le chef de l’Etat est un défenseur des droits humains », affirme le ministre délégué auprès du Minrex, chargé de la coopération avec le Commonwealth, Felix Mbayu.
REACTION
Me Hippolyte Meli

Communiqué sur les diligences relatives à la situation de monsieur Steeve Akam dit Ramon Cotta
L’opinion est informée que nous avons été constitués pour la défense des intérêts moraux et matériels de Sieur Steeve Akam dit Ramon Cotta, citoyen de nationalité camerounaise, vivant au Gabon mais conduit de force récemment au Cameroun sans procédure légale et resté jusqu’à ce jour sans nouvelles bien qu’étant entre les mains des autorités publiques camerounaises en charge des enquêtes probablement judiciaires (ordinaires et/ou militaires).
Nous l’avons notifié à monsieur le délégué général à la Sureté nationale ainsi qu’à Monsieur le Secrétaire d’Etat à la Défense en charge de la Gendarmerie et attendons qu’il nous soit indiqué le lieu où il se trouve à toutes fins mais surtout aux fins de son assistance juridique en vue de son accès à une justice équitable.
Nous venons aussi de saisir Monsieur le Procureur Général près la Cour d’Appel du Centre à Yaoundé ainsi que Monsieur le Directeur de la justice militaire aux fins de nous faciliter l’accès à ce dernier quelle que soit la cellule de sûreté dans laquelle il est placé et quel que soit le crime qu’il aurait commis.
Pour l’information de l’opinion
Depuis qu’il se trouve en territoire du Cameroun, son statut juridique n’est toujours pas connu.
Est-il en garde à vue ?
Si oui laquelle ? administrative ou judiciaire ?
Sinon, il est placé sous quel régime juridique ?
Quel est son état physique et psychologique ?
Quelles sont les accusations pénales dont il fait l’objet ?
Pourquoi l’avoir conservé inCommunicado ?
Telles sont les préoccupations actuelles de son équipe de défense que nous conduisons, s’il nous est permis de le rencontrer et de remplir notre mission.
Nous avons attiré l’attention de ces autorités saisies sur le fait le Gabon en tant qu’Etat a procédé à la signature du Statut de Rome le 22 décembre 1998 et a déposé son instrument de ratification le 20 septembre 2000, il y’a 24 années révolues ;
Et de ce point de vue, la détention au secret est (comme cela semble être déjà le cas) l’antichambre de la disparition forcée, crime contre l’humanité relevant de la compétence universelle ;
Bien que le Cameroun n’ait pas ratifié ce traité, il ne les échappe pas non plus que les autorités Camerounaises ne devraient en aucun cas se rendre complices ou coauteurs d’actes de violation des règles de droit international relatives aux droits de l’homme, des crimes contre l’humanité avec les autorités Gabonaises, procédures pour lesquelles la défense des intérêts moraux et matériels de notre client peut nous conduire ;
Les enquêtes judiciaires ordinaires et/ou militaires étant placées sous leur contrôle hiérarchique, nous les avons remerciés des bonnes dispositions légales qu’ils prendraient pour faciliter l’accès à la défense de ce dernier ;
Il va sans dire que la résistance à le faire, la poursuite de sa détention inCommunicado après réception de votre notification, s’assimileraient à une entrave grave à l’exercice de la profession d’avocat, c’est-à-dire un acte additionnel de violation de ses droits humains.
Monsieur le Bâtonnier de l’Ordre au Barreau du Cameroun en a été amplement informé.
L’opinion sera tenue informée des suites.
Fait à Yaoundé, le 07 Août 2024



