L’information est du ministre de l’Administration territoriale, en ouverture de la seconde conférence semestrielle des gouverneurs de régions en cours à Yaoundé.

Par Cyril Essissima
Sur le thème : « autorités administratives, enjeux sécuritaires et défis socio-économiques », la seconde conférence semestrielle des gouverneurs de région pour le compte de l’année 2023 s’est ouverte hier et se referme ce mercredi 20 décembre à Yaoundé. Une occasion, comme à l’accoutumée, de prendre le pouls de la situation globale du pays. Et comme toujours, les travaux sont présidés par le ministre de l’Administration territoriale (Minat), Paul Atanga Nji, en collaboration avec le secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Défense, chargé de la Gendarmerie nationale (Sed), Galax Etoga, et du délégué général à la Sûreté nationale (Dgsn), Martin Mbarga Nguele, qui ont, chacun en ce qui le concerne fait le point de la situation sécuritaire nationale.
S’agissant justement de la sécurité, elle s’en trouve fortement menacée depuis le début de cette année. Plus grave, la gent féminine en paie le lourd tribut. Et paradoxalement, les victimes sont causées dans les milieux où elles sont censées recevoir de l’amour et être protégées. Selon Paul Atanga Nji, « plus de 80 femmes ou jeunes filles mariées, vivant en concubinage ou en union libre ont été battues et assassinées au Cameroun depuis le début de cette année par leurs conjoints », révèle avec amertume le Minat. De la violence physique pour répondre à la violence verbale. « Les raisons avancées par ces hommes pour justifier ces meurtres sont les mêmes ; ils accusent les femmes d’agressions verbales et parfois d’infidélité, alors que les femmes se plaignent de plus en plus d’incompatibilité d’humeur. Je voudrais dire aux hommes qu’ils ont le devoir de protéger leurs épouses ou leurs conjointes et non de leur ôter la vie. Ôter la vie à son épouse ou à sa conjointe est un acte criminel quelle que soit la raison évoquée », fustige Paul Atanga Nji qui ne manque de porter un coup de gueule à ces hommes bourreaux de leurs femmes. Il considère qu’« en réalité, les hommes qui ont peur de la bouche des femmes ne doivent pas se marier, car Dieu a donné la bouche à la femme pour se défendre. C’est peut-être une caricature, mais c’est aussi la vérité », lance le Minat.
Eau et électricité
Il faut préciser que la concertation entre les 10 gouverneurs de régions va également porter sur plusieurs autres problématiques toutes aussi importantes que les féminicides. Il s’agit, selon le Minat, de l’état d’esprit des populations dans le contexte marqué ces derniers temps par l’augmentation du prix de certaines denrées alimentaires de première nécessité, et les coupures intempestives et prolongées d’eau et d’électricité ; les perturbations dans la chaîne de distribution des produits pétroliers, « heureusement solutionnées par la décision historique du Chef de l’Etat mettant fin au monopole dans ce secteur », se réjouit le ministre. Figurent aussi la poursuite de la lutte contre le médicament de la rue et la consommation des drogues, surtout en milieu scolaire ; le suivi de l’exécution des projets de développement ; la lutte contre le désordre urbain, avec un accent particulier sur l’activité des motos-taxis ; la recrudescence de la violence sous diverses formes ; le suivi des activités des associations et Ong ; la lutte contre la spéculation foncière ; l’encadrement de la chefferie traditionnelle et ; l’instruction des litiges de limites entre circonscriptions administratives et unités de commandement traditionnel.
REACTIONS
Bernard Okalia Bilaï, gouverneur du Sud-Ouest : « Les porteurs d’armes ne peuvent plus empêcher quoi que ce soit dans la région du Sud-Ouest »
La région du Sud-Ouest se porte bien. Elle se porte même très bien. Parce qu’aujourd’hui, les activités, à tous les niveaux, dans le monde rural, dans le monde industriel, dans le domaine commercial, ont repris. Les populations sont en train de rentrer chez elles. C’est pourquoi la production des différentes cultures qu’on retrouve dans le Sud-Ouest : le cacao, le café, l’huile de palme, les vivres, etc., sont déjà sur le marché. Avec cette reprise des activités, nous disons que la région se porte bien.
Maintenant, il y a des armes qui circulent. Des bandes armées procèdent à des kidnappings, des assassinats. Ça, on le sait. Mais ces bandes armées sont disséminées au sein de la population. Nous demandons à la population de les dénoncer. Ces porteurs d’armes ne peuvent plus empêcher quoi que ce soit dans la région du Sud-Ouest. C’est-à-dire qu’ils ne peuvent plus empêcher la libre circulation, ils ne peuvent pas empêcher les grandes rencontres que sont les différentes fêtes nationales, les fêtes religieuses, les fêtes culturelles… Ça veut dire que la situation est sous contrôle, même s’il y a encore quelques bandits qui procèdent à des kidnappings, des meurtres, assassinats à des fins économiques.

Adolphe Lele Lafrique, gouverneur du Nord-Ouest : « De nombreuses zones rouges sont progressivement passées au vert »
Lundi c’est un jour ouvrable. Et ce jour-là, comme d’habitude, les chrétiens et tous les Camerounais de bonne volonté vont célébrer les fêtes de fin d’année. Nous avons pour cela pris des dispositions pour que les choses se passent sans incident majeur. Nous comptons sur la mobilisation des populations pour accompagner les services sécuritaires de maintien de l’ordre.
A cette effet, nous comptons d’avantage pour la mobilisation croissante des populations qui ont tourné le dos au terrorisme pour concourir au retour des activités économiques, sociales et culturelles normales dans la région du Nord-Ouest comme se fut le cas samedi dernier, lors des festivités marquant le 60e anniversaire de leur communauté de développement et les activités culturelles célébrant les 25 ans du chef de cette communauté. Il s’agit là d’une indication que de nombreuses zones qui étaient encore rouges sont progressivement passées au vert. On a pris des dispositions pour que cette tendance soit renforcée et soutenue.

Grégoire Mvongo, gouverneur de l’Est : « Bertoua était mieux servie que Yaoundé et Douala »
Il y a eu des réunions à tous les niveaux (départements, arrondissements, au niveau de la région) visant à prendre des mesures pour que la sécurité soit assurée. Tout bien considéré, faire en sorte que les personnes qui vivent dans la région de l’Est puissent passer les fêtes de fin d’année dans le calme et la sérénité.
La région de l’Est se porte bien globalement. Les zones frontalières sont calmes. Les réfugiés rentrent de plus en plus dans leur pays. Je pense notamment aux réfugiés centrafricains.
La situation énergétique s’est améliorée. Je peux dire que ces derniers temps, Bertoua était mieux servie que Yaoundé et Douala.
Mais il y a des problèmes. Nous avons des soucis avec la transhumance. Des bêtes et des troupeaux viennent du Niger, du Nigeria, du Tchad, et même du Soudan. Quand les bêtes sont en mouvement, il y a également des problèmes de sécurité qui vont avec. C’est une préoccupation.
Les prix augmentent. Ce n’est un secret pour personne. C’est une autre source de préoccupations. Enfin, il y a l’approvisionnement en produits pétroliers.




