L’Equato-guinéen Obiang Nguema désigné pour réfléchir avec la Commission sur les voies et moyens de mettre fins aux querelles liées à la répartition des strapontins des premiers dirigeants des institutions communautaires.
Par Jean De Dieu Bidias
La session extraordinaire des chefs d’Etat de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac), tenue en visioconférence le 09 avril dernier sous la présidence du président centrafricain Faustin Archange Touadera, a fait remonter à la surface de vives dissensions au sujet de la répartition des postes des premiers dirigeants des institutions communautaires. La dernière pomme de discorde a été la désignation au bout d’un processus particulièrement laborieux, du secrétaire général et du secrétaire général adjoint de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac). Le processus de remplacement du Centrafricain Maurice Christian Ouanzin, appelé à quitter son poste dans la foulée de la nomination de son compatriote Yvon Sana Bangui à la tête du gouvernement de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) en vertu des principes d’équité et de non-occupation concomitante de deux postes de premiers dirigeants des institutions de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (Umac) pendant la même période, coinçait depuis février dernier, du fait de profonds désaccords entre les dirigeants congolais, tchadien et gabonais.
Si en vertu du principe de la rotation alphabétique des postes, les strapontin de secrétaire général et de secrétaire général adjoint de la Cobac revenaient au Congo et au Gabon, respectivement, après la République centrafricaine (Rca), le Tchad a remis en question ce principe, faisant valoir un accord tacite les autorités politiques de la Cemac, qui prévoyait que le secrétariat de la Cobac lui reviendrait après que la Banque de développement des Etats de l’Afrique centrale (Bdeac) lui a glissé entre les doigts pour les mêmes raisons en 2017, notamment à la suite de la promotion d’Abbas Mahamat Tolli, son représentant qui était le président, à la tête de la Beac après seulement deux ans de mandat. Depuis le départ de ce dernier de la banque centrale en février dernier, le Tchad ne dirige plus au plus haut niveau aucune institution de l’Umac. Il pensait dont que la nomination d’un de ses représentants à la Cobac ne serait que justice. Mais, la détermination, sur fond de chauvinisme, du Congo et du Gabon à y placer leurs ressortissants a fait échec aux manœuvres du président de transition Mahamat Idriss Déby Itno.
Du reste, le Congo et le Gabon sortent victorieux de ce bras de fer qui aura duré environ deux mois, même s’il faut davantage y voir le fruit d’un compromis. Le communiqué final au terme du sommet du 09 avril souligne en tout cas que le Tchad a retiré sa candidature
«au nom de la solidarité et par souci de cohésion entre les Etats membres de la Cemac ainsi qu’au nom de l’intérêt de la communauté ». A noter que les chefs d’Etat et de gouvernement qui ont réaffirmé l’attachement de la Cemac aux principes de rotation, d’équilibre et d’équité devant permettre de trouver une solution durable dans la répartition des postes des premiers dirigeants de ses institutions, ont décidé, « tenant compte de la complexité de la problématique et de ses enjeux (…) de confier la poursuite de l’étude à un Chef d’Etat dédié ». Ils ont, dans cette logique, désigné le président équato-guinéen Teodore Obiang Nguema Mbasogo, approfondir les analyses en cours, en liaison avec la commission de la Cemac. Reste à espérer que les conclusions de cette réflexion soient rendues d’ici la prochaine session des dirigeants politiques.
Quête de puissance
Chercheur au Centre interdisciplinaire sur l’Afrique et le Moyen Orient (Ciram), le politologue Siméon Roland Ekodo Mveng voit dans les divergences au sujet de la distribution des postes à la tête des institutions communautaires une primauté de l’intérêt national et de l’égoïsme chez les acteurs de la scène régionale. « Il faut dépasser les perspectives idéalistes, vocationnelles et technicistes de l’intégration au sein de la Cemac. Il faut aussi dépasser les approches sur la gouvernance communautaire pour analyser l’appétit des États pour les postes et positions de rente institutionnelle comme une quête de puissance en politique sous-régionale ». Contrairement au principe de rotation des postes, le chercheur est tenté de considérer le retrait de la candidature du Tchad et l’abstention du Gabon du nouveau président Oligui Nguema, comme un jeu de coopération de ces présidents au mandat discuté en interne ou comme une transaction et une complaisance avec les dignitaires Sassou, Touadera et Paul Biya. « Leur nouveauté au sein de l’appareil décisionnel régional et à la tête de la République du Tchad et du Gabon ou encore la facture militaire des régimes non élus les inclinant; pour des besoins de légitimation et de soutien à des concessions de politesse avec des pouvoirs solidement assis », conclut-il.
Les batailles pour le contrôle des institutions communautaires sont loin d’être nouvelles en zone Cemac. En 2012, au moment du remplacement du Camerounais Antoine Ntsimi, devenu persona non grata à Bangui (Rca), à la tête de la commission de la Cemac, la Centrafrique et le Congo s’étaient longuement étripés, avant de revenir à de meilleurs sentiment. C’est finalement le Congolais Pierre Moussa qui avait décroché le graal, au détriment des candidats centrafricains.
Légende photo : Les dirigeants politiques de la Cemac.



