La représentation nationale a rendu ses derniers hommages à la députée ce jeudi 1er février au Palais des Congrès de Yaoundé.
Par Cyril Essissima

Ce weekend, la terre se refermera définitivement sur Célestine Marguerite Aline Abomo Fama, députée Rdpc de la circonscription de la Haute-Sanaga (région du Centre), décédée le 9 novembre 2023. Mais avant cet adieu, ses collègues de l’Assemblée nationale lui ont rendu, comme de tradition, leurs derniers hommages. La cérémonie y relative a été présidée au Palais des Congrès de Yaoundé par Hilarion Etong, le premier vice-président de l’Assemblée nationale, en compagnie de nombreux autres parlementaires. L’illustre disparue a été accompagnée par les autres élus (députés et sénateurs) à toutes les étapes du rituel funéraire. Notamment de l’assistance à sa famille, à l’installation au domicile de la défunte, en passant par la mise en bière à l’hôpital général de Yaoundé, et sans doute jusqu’à l’inhumation dans son village natal Bana Ondom par Nkoteng où certains feront le déplacement.
Sur place au Palais des Congrès, la cérémonie d’hommage a été meublée par l’office religieux, les honneurs militaires, les témoignages de quelques membres du bureau de l’Assemblée, une projection vidéo sur la vie de la défunte, des inclinaisons devant le cercueil, une haie d’honneur, etc.
Personnalité effacée
La plupart des témoignages décrivent surtout Célestine Abomo Fama comme une femme dynamique vivant dans la discrétion. C’est le cas du témoignage poignant de Laurentine Koa Mfegue, doyenne d’âge de la chambre basse du Parlement et présidente du Réseau parlementaire des femmes (Refpac). « Sous une personnalité effacée se cachait pourtant une femme forte, une entrepreneure, férue d’agriculture dans ces immenses espaces de son département : la Haute-Sanaga. Elle s’y adonnait aux activités agricoles et cultivait le maïs et le cacao par dizaines d’hectares. Je la découvre sur le tard, au cours de cette 10e législature et j’apprends qu’elle faisait aussi partie de l’équipe dirigeante de grandes organisations spécialisées dans l’aviculture, à l’instar de l’Apavic. Ne cherchant pas à faire des coups d’éclat, elle n’a jamais cherché à nous montrer qu’elle était la colistière du grand premier vice-président de l’Assemblée nationale, tellement elle était humble, à la limite effacée. Et elle est partie comme elle a vécu, sur la pointe des pieds, en silence, comme si elle s’excusait de ne pouvoir déranger, pendant l’intersession parlementaire, comme pour ne pas ameuter et attirer du mouvement autour de ses obsèques », témoigne la doyenne d’âge.
Membre de la commission de la défense nationale et de la sécurité à l’Assemblée, Célestine Abomo Fama a également reçu les éloges du président de ladite commission, le député Ali Saliou qui garde l’image d’« une femme politique calme travailleuse et surtout conciliante ». Poursuivant, il affirme que « à chacune de nos séances en commission, ses prises de paroles laissaient transparaitre une maturité déconcertante sur des questions de défense et de sécurité. C’était une femme politique de valeur et une élue qui n’hésitait pas à défendre avec vaillance ses idées tout en restant tempérée et discrète ».
La défunte parlementaire était également membre active de plusieurs groupes interparlementaires. « Ce départ subite prive le Groupe d’amitié Cameroun-Danemark d’un Honorable député très engagé, qui, de par son tempérament de diplomate se sera investi à la mise en œuvre des efforts de rétablissement des relations interparlementaires entre les deux pays amis », regrette Roger Nkodo Dang, qui dirige ce groupe. Pour sa part, Cabral Libii, président du Groupe d’amitié interparlementaire Cameroun-Tunisie, a joint sa voix à celles des autres pour exprimer son émoi. Notre chère collègue députée qui quitte la scène à la fleur de l’âge était une brave et dynamique élue de la nation aux idées et à l’intelligence fertiles dont la contribution au sein du Groupe interparlementaire aura impressionné plus d’un. Le vide que créé son départ brusque sera difficile à combler tant son apport lors des travaux de notre entité interparlementaire était enrichissant et nécessaire ».
Né le 11 juin 1966 dans l’arrondissement de Lembe-Yezoum, Célestine Marguerite Abomo Fama a un parcours terrestre riche. Avant d’être députée, elle à tour à tour occupé les fonctions de présidente de la sous-section Ofrdpc de Simbane et a officié comme 1er adjoint au maire de la commune de Lembe-Yezoum de 2003 à 2013. Jusqu’à son dernier souffle, elle aura servi sa circonscription, mais davantage le Cameroun.
Enseignante
Au plan professionnel, Abomo Fama a tout d’abord été enseignante avant d’arborer l’écharpe de député de la nation. C’est éprise d’une passion pour l’exercice du métier de la craie qu’elle finira par intégrer l’Ecole normale des instituteurs de l’enseignement général (Enieg) de Nanga-Eboko. Elle en sortira nantie du certificat d’aptitude professionnel des instituteurs de l’enseignement maternel et primaire (Ca-Piemp). Tirant profit de sa formation d’institutrice et fort de son amour pour le métier d’éducatrice, elle commence sa carrière à l’école publique de Nkoteng ville 1, lieu de son premier poste d’affectation. De là, elle regagne l’école publique de Doua 1 qui deviendra son deuxième poste d’affectation. Par ailleurs, son dévouement et son acharnement à l’éducation, de la jeunesse, la hisseront tour à tour aux prestigieux postes de directrice à l’école publique de Bana puis d’intendante au lycée de Bana Ondom.
Après la craie, rien ne la préfigurait de son ascension politique, sinon sa détermination à améliorer les conditions sociales de ses concitoyens. Ainsi, la militante engagée du parti de la flamme capitalisa les sympathies engrangées du fait de son œuvre caritative éloquente. Elle réussit naturellement a glané la confiance de son parti en en obtenant l’investiture qu’elle bonifiera au détour des suffrages électoraux qui seront exprimés, à la liste qu’elle incarnait aux côtés du premier vice-président Hilarion Etong, son colistier lors des scrutins législatifs de septembre 2013 et février 2020.
Députée à l’Assemblée nationale, elle siège comme membre de la commission de la défense nationale et de la sécurité où ses contributions aux débats auront compté lors de l’adoption des lois du 12 juillet 2017 portant code de justice militaire, la loi du 27 décembre 2022 portant répression de la piraterie, du terrorisme et atteintes contre la sécurité de la navigation maritime et des plateformes.



