Coopération militaire avec la Russie : Paul Biya sous pression des Occidentaux

Le président camerounais l’a clairement signifié aux députés dans le projet de loi à eux soumis vendredi dernier, lequel vise à renouveler l’accord de coopération militaire entre les deux pays.


Par Cyril Essissima


Paul Biya & Vladimir Poutine lors du Sommet Russie – Afrique en juillet 2023. (Image d’illustration).

Cinq ans renouvelables. C’est la durée de l’accord de coopération militaire signé à Moscou le 12 avril 2022 entre la République du Cameroun et la Fédération de Russie. L’entrain du président de la République, Paul Biya, à se rapprocher de son homologue russe Vladimir Poutine n’est plus à questionner. Vendredi, 24 novembre dernier, il a introduit à l’Assemblée nationale un projet de loi pour l’autoriser à ratifier cet instrument « consacre le renforcement des relations amicales existantes entre les deux pays sur le socle des principes de souveraineté, d’égalité, du respect mutuel des intérêts et de non-ingérence », lit-on dans l’exposé des motifs de la mouture. Les députés ont également reçu le même jour un autre projet de loi portant Exemption de visa entre le Cameroun et la Russie.

À noter qu’il s’agit en réalité du renouvellement de l’accord initial échu courant 2022. Mais chose curieuse et inhabituelle dans la tradition légistique camerounaise, surtout lorsqu’on sait la diplomatie de la discrétion cultivée par Paul Biya, le projet de loi soumis au Parlement indique clairement que Yaoundé « fait l’objet de pressions occidentales » en raison du conflit russo ukrainien. Or, se disculpe le chef de l’État camerounais, le renouvellement de cet accord militaire, « processus pourtant normal, ne vise aucunement à apporter aux opérations russes en Ukraine ». Yaoundé considère simplement qu’il s’agit d’un instrument « indispensable » qui remplace celui parvenu à expiration.
Dans ses grandes lignes, cet accord militaire entre le Cameroun et la Russie vise cinq objectifs. Notamment, les deux parties s’engagent « à consolider leur coopération par l’échange d’opinions et d’informations en matière de politique de défense et de sécurité internationale ; la formation conjointe et l’entrainement des forces ; le génie, la santé et la topographie militaires ; l’échange d’expériences en matière d’opérations de soutien et de maintien de la paix, sous l’égide des Nations Unies ; l’interaction dans les activités de
recherche et de sauvetage en mer et de lutte contre le terrorisme et la piraterie ».
« Dans le cadre de cette coopération, notre pays bénéficie déjà chaque année de la
formation initiale d’un nombre assez important de jeunes compatriotes passionnés du métier des armes, afin de leur permettre d’intégrer les rangs de notre prestigieuse armée. Pour ceux déjà en service sous le drapeau, la Russie offre régulièrement, des stages de perfectionnement et de renforcement des capacités dans divers domaines leur permettant ainsi d’accroitre et de diversifier leurs connaissances professionnelles », renseigne l’exposé des motifs.

Parlant du conflit russo ukrainien, la position d’Etoudi (siège du palais présidentiel du Cameroun) est que cette « situation (…) risque malheureusement de ne pas s’estomper de sitôt, mais bien au contraire, de s’inscrire dans la durée », souligne le projet de loi.

Au demeurant, le gouvernement camerounais se satisfait de relation bilatérale avec la Russie, laquelle « offre des conditionnalités plus flexibles et respectueuse de la souveraineté nationale et s’avère comparativement avantageuse en
termes de coûts ».

Paul Biya accueilli lors de la cérémonie de remise des épaulettes aux lauréats de la 35e promotion de l’École Militaire Inter-Armées (Emia), le 21 avril 2017.