Cameroun : Les petits pas de la transition écologique

Transition écologique : Les élus locaux à l’école d’un avenir plus vert

Sous l’impulsion du Think do Tank The Okwelians, les parlementaires, maires et conseillers régionaux ont été invités à mettre la main à la pâte pour accompagner le Cameroun vers ce changement de paradigme.

 

Le Cameroun aspire à l’émergence à l’horizon 2030. Une ambition noble portée au plus haut sommet de l’Etat par le président de la République. Laquelle qui ne sera atteinte que si le pays s’engage vers une véritable transition écologique. Celle-ci suppose passage à un mode de vie plus éco-responsable, ce qui passe par des moyens comme la réduction de la consommation d’énergie, l’amélioration de l’efficacité de cette énergie (utilisation de l’énergie renouvelable) et l’amélioration de la condition socioéconomique.

Le Think do Tank The Okwelians compte bien accompagner l’Etat vers l’atteinte de cet objectif. C’est d’ailleurs pour cette raison que cette organisation de la société civile a organisé à Yaoundé le 1er avril dernier un atelier à l’intention des élus locaux -parlementaires, magistrats municipaux et des conseillers régionaux -. Objectif, faciliter l’appropriation par ces derniers des enjeux de la transition écologique au Cameroun, mais également les informer sur le gisement d’opportunités qu’offre l’entrepreneuriat vert. La rencontre organisée avec le soutien du Fonds de Solidarité pour les Projets Innovants-Transition Écologique (FSPI-Transition Écologique), a permis à ces représentants du peuple d’échanger avec des experts afin d’en savoir plus sur les outils et leviers à actionner pour favoriser l’adoption de cadres règlementaires en faveur de la préservation de l’environnement, ainsi que l’utilisation rationnelle des ressources naturelles disponibles.

Outre la sensibilisation des élus locaux, le Think do Tank The Okwelians souhaite à travers cet atelier susciter l’adhésion de la quarantaine de participants à ce nouveau paradigme. Mais pas seulement. « Nous nous attendons à ce que tous les travaux qui sont menés dans le sens de l’évolution des stratégies nationales de développement, des plans communaux ou des plans régionaux de développement incluent de manière décisive le développement durable et la transition écologique et nous caressons le rêve qu’une loi sur la transition écologique soit votée dans notre pays », apprend-on.

L’atelier du 1er avril dernier rentre dans le cadre du Programme « Les sociétés civiles au cœur de la transition écologique » mené par le Conseil pour le Suivi des Recommandations du Nouveau Sommet Afrique-France, en partenariat avec l’Ambassade de France et dont le Comité de pilotage est co-président par Jacques Jonathan Nyemb, Président du Think do Tank The Okwelians. Un programme qui est la résultante de la visite au Cameroun en juillet 2022 du président français Emmanuel Macron, et du plaidoyer fait pas les sociétés civiles camerounaise en françaises auprès des président Biya et Macron afin de placer la transition écologique au cœur de la coopération. Il s’inscrit dans la série d’activités qu’organise The Okwelians à travers le pays en faveur de la transition écologique, de la lutte contre le changement climatique et plus largement en faveur de la protection de l’environnement.

Réactions


Pierre Flambeau Ngayap, sénateur

“Il faut remplacer le plastique par le verre”

Dans une autre vie, je suis chef d’entreprise et au Conseil d’administration, mes collègues et moi avons fait le choix d’abandonner la filière plastique, bien qu’il ne soit pas interdit. Mais au niveau international, nous avons constaté que les pays prennent de plus en plus les législations pour interdire la plastique. Au Rwanda par exemple, on ne voit le plastique nulle part, ce qui est le produit d’une législation nationale. Je pense qu’il y a une prospective à faire sur les choix écologiques.

Lorsqu’il n’y a pas de plastique, il y a des alternatives. Quand il s’agit des contenants pour l’eau et autres boissons, ils sont remplacés par le verre. Il y a 30 ou 40 ans, nos jus venaient dans du verre et après on est passé au plastique, mais l’avenir c’est de revenir à la situation antérieure : remplacer le plastique dont on connait les dégâts sur l’environnement par le verre. Quand il s’agit des autres produits, en lieu et place des sacs en plastique, on peut avoir de l’emballage en papier. Il y a des précurseurs qui nous indiquent la transition écologique à faire pour les produits de forte consommation.

 

Berthe Manga Mefant, députée

“Ce concept qui n’est pas facile à assimiler”

La transition écologique est un nouveau concept qui n’est pas facile à assimiler. La sensibilisation ne devrait pas s’arrêter au niveau des parlementaires. Le parlement c’est l’un des pouvoirs mais en matière de protection de l’environnement, le parlement est le pouvoir le plus faible. J’aurais souhaité que cette sensibilisation parte de l’exécutif qui propose et implémente les lois. Il faut ensuite toucher le législatif et le judiciaire. Tant que ces trois pouvoirs ne se mêlent pas ensemble de la protection de l’environnement, on n’avancera pas beaucoup. Il faut toucher tout le monde.

Quand un magistrat juge d’un problème écologique, il devrait comprendre les enjeux ; quand les membres du gouvernement élaborent les textes, ils devraient prendre en compte la vision écologique ; et le législatif va juste entériner ce qui a été fait en amont.

 

Joshua Osih, député

“L’écologie est une affaire globale”

Au-delà d’être un problème local, l’écologie est une affaire globale. Le parlement pourrait utiliser l’aide du Think do Tank The Okwelians pour aller plus loin. C’est bien beau de penser à la transition écologique mais tous les pays ne l’ont pas réussie par la volonté des élus ou des usagers, mais plutôt par une motivation fiscale ou pécuniaire. Il faudrait avoir, pourquoi pas, une fiscalité sur les déchets, identifier les pollueurs comme cela se fait dans les autres pays. Aujourd’hui quand vous achetez une télévision dans l’Union européenne, vous payez la taxe de destruction au même moment que vous l’achetez, de même pour les ordinateurs. Si l’on parle de transition écologique, il faudrait associer la transition énergétique qui va avec.


Jacques Jonathan Nyemb : « C’est le point de départ d’un lendemain plus durable pour le Cameroun »

Le président du Think do Tank The Okwelians parle de l’importance pour les élus locaux de s’engager en faveur de la transition écologique au Cameroun.

 

Dans la panoplie des activités que vous mettez en œuvre au Cameroun en faveur de la transition écologique, vous avez organisé un atelier à l’intention des parlementaires, maires et conseillers régionaux le 1er avril à Yaoundé. Qu’est-ce qui justifie le choix des élus locaux comme cible de cette rencontre ?

 

En tant que décideurs, les élus ont un pouvoir immense pour façonner l’avenir de notre pays. Ils ont le pouvoir d’initier, décider, mettre en œuvre et évaluer des politiques et des programmes favorisant le développement durable de nos régions, départements et communes. Ils ont la capacité de transformer nos communautés en modèles d’harmonie, prospérité et solidarité, bref de bien-être. Ce sont les porte-voix – que dis-je – les champions du nouveau paradigme sociétal que les citoyens appellent de leurs vœux dans les villes et villages de notre pays. Nous les avons invités  à considérer un avenir plus vert pour le Cameroun et accélérer la transition écologique de nos territoires.

 

En effet, lorsqu’en février 2020, au plus fort de la crise COVID-19, The Okwelians naissait, sur la promesse d’engager les jeunes générations dans la transformation durable du Cameroun, nous pressentions déjà que l’ambition que nous portons d’un changement de paradigme sociétal nous invitait urgemment à replacer le Vivant au cœur de la société camerounaise. Quatre ans plus tard, notre action nous a conduits à travers le pays à sensibiliser directement près de 30.000 camerounaises et camerounais et indirectement près de trois millions de camerounaises et camerounais à un leadership éco-responsable. Parallèlement, nos travaux nous ont permis de prendre la mesure des enjeux à l’aune de notre triple ambition de bonne gouvernance, transformation économique et cohésion sociale.

 

A quoi renvoie cette triple ambition ?

 

En matière de bonne gouvernance, à travers notre programme « The Okwelians s’engage pour les Villes » lancé en octobre 2020 à Rey Bouba aux côtés de SM Aboubakary Abdoulaye, Vice-Président du Sénat, nous invitons les villes camerounaises à devenir des villes durables pour mieux adresser les défis de mobilité, assainissement, gestion des déchets et énergie. Permettez-moi ici de faire un clin d’œil aux communes de Rey Bouba, Foumban et Souza qui ont d’ores et déjà rejoint notre dynamique. La publication prochaine de notre Indice des Villes Durables marquera un effort supplémentaire dans ce plaidoyer.

En matière de transformation économique, à travers notre groupe de travail Made in Cameroon, nous souhaitons faire de l’innovation verte le moteur de la transformation structurelle de notre économie ; permettant ainsi à notre pays à travers des chaînes de valeurs endogènes, inclusives et durables d’être la puissance agro-industrielle de demain. Nous sommes d’ailleurs fiers à ce titre d’être partie prenante à la mise sur pied prochaine au Cameroun d’un Institut Afrique-Europe sur l’Innovation Verte; témoignant ainsi de notre détermination à faire du Cameroun un pôle de référence au niveau mondial en matière d’innovation verte.

En matière de cohésion sociale, et parce qu’il ne peut y avoir de sensibilité écologique sans justice sociale, notre plaidoyer en faveur d’un pacte social renouvelé au Cameroun commande une justice sociale où les discriminations en tous genres seront proscrites ; en particulier à l’encontre des jeunes, des femmes et des personnes vulnérables. Nous espérons d’ailleurs lancer dans les prochains jours une consultation nationale sur les questions d’équité sociale dans notre pays, en particulier dans la perspective du renforcement du capital humain au Cameroun.

 

En quoi la transition écologique est-elle importante pour le Cameroun et l’Afrique ?

 

Les conséquences des dérèglements climatiques causent quotidiennement d’énormes insécurités politiques, économiques et sociales dans notre pays. Nous ne saurions oublier que notre sous-région abrite le Bassin du Congo, premier poumon de la planète ; et dès lors, il n’appartient qu’à nous de faire de la transition écologique un levier permettant de mobiliser nos savoirs endogènes et susciter toutes les innovations technologiques pour durablement industrialiser notre pays et notre sous-région. Ce n’est qu’à ce prix que l’Afrique sera au centre de cette nouvelle ère participative, collaborative et multiculturelle que nous appelons de vœux à travers le monde.

 

C’est dans cette perspective qu’à l’occasion de la visite du Président français Emmanuel Macron en juillet 2022, plusieurs acteurs des sociétés civiles camerounaise et française ont porté le plaidoyer auprès des Présidents Paul Biya et Emmanuel Macron de recentrer la coopération bilatérale entre le Cameroun et la France voire l’Afrique et l’Europe autour de défis communs, parmi lesquels celui de la transition écologique. L’atelier du 1er avril dernier est donc une des résultantes concrètes de ce plaidoyer, dont le programme « Les sociétés civiles au cœur de la transition écologique » est un des fruits. Je tiens d’ailleurs ici à remercier les départements ministériels activement impliqués dans l’élaboration et la mise en œuvre de ce programme (Le ministère de la Jeunesse et de l’Education physique, le ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable et le ministère de la décentralisation et du Développement local), ainsi que l’Ambassade de France et toutes les autres organisations impliquées, notamment les Communes et villes unies du Cameroun (Cvuc) et l’ARC.

 

Pensez-vous qu’un seul atelier suffit pour permettre à ces élus d’opérationnaliser cette transition écologique, ne fût-ce que dans leurs circonscriptions administratives ?

 

Nous sommes prêts à être leurs alliés dans cette transition écologique et œuvrer à leurs côtés à chaque étape du chemin. S’ils nous sollicitent, nous serons là pour apporter notre modeste contribution et faire de leurs ambitions éco-responsables une réalité. L’atelier que nous avons organisé n’est que le point de départ des synergies nouvelles pour ouvrir la voie à un avenir plus vert, plus durable et plus prospère pour le Cameroun.