Assassinat de Martinez Zogo : Sur la piste du commanditaire

Qui est le commanditaire ?

La déposition du colonel Jean Pierre Otoulou, directeur de l’enquête préliminaire, resserre l’étau autour de deux des principaux accusés dans cette affaire.

Rebara Habra 

Trente-quatre (34) des quarante-cinq (45) témoins du ministère public ont déjà déposé devant le Tribunal militaire de Yaoundé dans le cadre de l’affaire Martinez Zogo. Pourtant, aucun témoignage n’a, jusqu’ici, répondu clairement à la principale question qui demeure dans ce dossier : qui est le commanditaire de l’assassinat de l’animateur de Radio Amplitude FM, Martinez Zogo, de son vrai nom Mbani Zogo Arsène Salomon ?

Le témoignage du colonel Jean Pierre Otoulou, devant la barre depuis de la dernière la dernière session d’audiences des 13 et 14 juillet 2026, apporte toutefois de nouveaux éléments. Ancien directeur de l’enquête préliminaire, puis membre de la commission mixte police-gendarmerie mise en place sur très hautes instructions du président de la République, l’ancien commandant de la légion de gendarmerie du Centre a rapporté plusieurs confidences qui lui auraient été faites par les principaux accusés au cours de l’enquête.

Selon lui, l’ancien directeur des opérations de la Dgre, le colonel Justin Danwé, lui aurait confié que « la tête de Martinez Zogo » avait été le prix d’un service sollicité auprès de l’homme d’affaires Jean Pierre Amougou Belinga. « Danwé m’a dit qu’il avait demandé à Amougou Belinga de l’aider à obtenir une avance de solde auprès du ministre des Finances. Et Amougou Belinga lui a demandé de faire taire Martinez Zogo », a déclaré le colonel Otoulou.

Toujours selon ce témoin, Justin Danwé lui aurait également révélé avoir reçu deux millions Fcfa lors d’un premier rendez-vous avec Jean Pierre Amougou Belinga.  Au deuxième rendez-vous, « il m’a donné 500 000 Fcfa ce jour-là. Le jour où je suis revenu lui dire que la mission avait été accomplie, c’est le seul jour où je suis sorti de son bureau sans enveloppe », a encore rapporté le colonel Otoulou.

Lors du contre-interrogatoire mené par les avocats de la partie civile, ceux-ci ont insisté sur la question du présumé commanditaire. « Il est essentiel de rappeler que, dès le début de l’enquête, dès l’audition du directeur général Eko Eko, le commanditaire était déjà clairement identifié. Nous savions qui avait engagé cette opération et dans quelles circonstances. Pour nous, il est important de mettre en lumière ces éléments afin que le tribunal ne se laisse pas détourner par les distractions observées ces derniers jours », a déclaré Me Calvin Job.

Depuis le 13 juillet, trois noms reviennent avec insistance dans les déclarations du colonel Jean Pierre Otoulou : Justin Danwé, Jean Pierre Amougou Belinga et Léopold Maxime Eko Eko. L’avocat de ce dernier, en revanche, estime que le témoignage ne contient aucun élément de preuve contre son client. « Vous aurez constaté qu’à aucun moment il n’a produit le moindre élément matériel. Le seul fait qu’il présente comme une preuve serait qu’un audio, qui lui a été remis, et non par mon client, comme nous l’avons démontré, contiendrait des propos selon lesquels M. Amougou Belinga aurait affirmé que mon client était son homme de confiance », a soutenu Me Simplice Seri Zokou, avocat de l’ancien directeur général de la Dgre.