
Première région militaire, BIR, Garde présidentielle, Brigade du Quartier général… Depuis Genève, où il séjourne depuis près de deux mois, le chef de l’État poursuit la recomposition du commandement militaire en privilégiant à la fois continuité et renouvellement.
Par Jean De Dieu Bidias
Depuis Genève, où il séjourne sans interruption depuis bientôt deux mois, Paul Biya continue de gouverner à coups de décrets. Après avoir admis, le 28 juillet, le général de division Hector Marie Tchemo à la deuxième section (l’équivalent de la retraite pour les officiers généraux), le chef suprême des armées a signé, lundi 3 août, une nouvelle série de nominations et de promotions touchant plusieurs postes névralgiques des forces de défense. Le principal mouvement concerne l’état-major des armées. Le général de division Hippolyte Ebaka est nommé major général, devenant ainsi le numéro deux de cette structure stratégique en remplacement d’Hector Marie Tchemo. Pour cet officier issu de la 10e promotion de l’École militaire interarmées (Emia) de Yaoundé et breveté du Command and General Staff College de Fort Leavenworth, au Kansas, cette nomination marque un retour au premier plan. Promu général de brigade en 2010, son éviction en 2014, au début de la guerre contre Boko Haram alors qu’il commandait l’ancienne 3e Région militaire interarmées couvrant les trois régions septentrionales, semblait avoir brisé son ascension. L’année dernière, sa promotion au grade de général de division s’était accompagnée d’une nomination comme conseiller logistique au ministère de la Défense. Il laisse désormais ce poste au général de brigade Agha Robinson Ndong, jusqu’ici commandant de la 4e Région militaire interarmées basée à Maroua.
À Yaoundé, le général de division Donatien Melingui Nouma est confirmé à la tête de la 1ère Région militaire interarmées. Il assurait l’intérim depuis plusieurs semaines après le décès du général Simon Ezoo Mvondo. Le secrétariat d’État à la Défense est également concerné. Jusqu’ici directeur général adjoint de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE), le général de division Mesmin Magloire Aristide Eloundou Eloundou prend la direction centrale de l’administration et de la logistique. De son côté, le général de brigade Valère Nka succède au général Philippe Mpay – décédé en mai et récemment inhumé – au commandement des Écoles et centres d’instruction interarmées. Il quitte ainsi la direction de l’École supérieure internationale de guerre de Yaoundé, où il est remplacé par le général de brigade Assoualaï Blama, jusque-là commandant de la 11e Brigade d’infanterie motorisée. Le Bataillon d’intervention rapide (Bir), fer de lance des forces spéciales camerounaises, change lui aussi de commandement. Promu général de brigade, Élie Romance Mezui Zo’o, ancien commandant du Bataillon des troupes aéroportées de Koutaba, prend les rênes de cette unité d’élite qui, à l’instar de la Garde présidentielle, relève directement de l’autorité du chef de l’État. À l’inverse, Paul Biya fait le choix de la stabilité à la tête de sa garde prétorienne. Raymond Charles Beko’o, qui dirige la Garde présidentielle depuis 2015, est reconduit dans ses fonctions tout en étant promu général de brigade. Il devient ainsi, après le contre-amiral Jean Mendoua, le deuxième officier général à commander cette unité hautement stratégique.
Autre promotion notable : celle d’Yves Edgard Ekoman Ekoman. Jusqu’ici adjoint chargé des forces terrestres au sein de la 3e Région militaire interarmées, il fait partie des cinq officiers élevés au grade de général de brigade et prend immédiatement le commandement de la Brigade du Quartier général (Bqg), chargée notamment de la sécurité des institutions dans la capitale.
Au-delà des ajustements rendus nécessaires par des départs à la retraite ou des décès, cette nouvelle vague de nominations confirme une tendance observée ces dernières années : le rajeunissement progressif du haut commandement. Le 15 juillet 2025 déjà, Paul Biya avait promu sept colonels au grade de général de brigade, un volume de promotions rarement observé sur une période aussi courte. Dans le même temps, les postes devenus vacants au sommet de la hiérarchie militaire sont pourvus sans délai, traduisant la volonté du pouvoir de préserver la continuité de la chaîne de commandement dans un contexte sécuritaire toujours sensible.



