Malgré cette recommandation médicale, plus de la moitié continuent de donner d’autres aliments à leurs bébés avant l’âge de six mois.
Sébastian Chi Elvido
L’allaitement maternel exclusif est recommandé jusqu’à l’âge de six mois.
D’après les Enquêtes démographiques et de santé (Eds), le taux d’allaitement maternel exclusif jusqu’à six mois reste en deçà de l’objectif de 50 % fixé par l’Organisation mondiale de la santé (Oms). Ces enquêtes estiment que dans la région de l’Est, seuls trois enfants sur 10 sont allaités exclusivement pendant cette période. Pourtant, selon les recommandations médicales, « l’allaitement maternel exclusif fournit une alimentation essentielle aux nourrissons […]. Il apporte une contribution irremplaçable à leur croissance et à leur développement ».
Malheureusement, de nombreuses mamans continuent à donner d’autres aliments aux enfants de moins de six mois. « Je donne tout ce que je mange à mon enfant », affirme Marie Esame, une mère de 24 ans vivant à Bertoua. Selon les spécialistes, cette attitude contribue à augmenter le taux de malnutrition chronique et à la vulnérabilité des jeunes enfants aux infections.
Pour renverser cette tendance, le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) a initié en partenariat avec la coopération allemande et Kfw, la campagne intitulée « Plus fort avec le lait maternel uniquement ». Conscient du rôle que peut jouer des acteurs clés que sont les ministères en charge de la communication et de la femme, qui sont en contact avec les communautés au quotidien, l’Unicef a décidé de les impliquer dans la mobilisation des femmes en âge de procréer afin de mettre en pratique la prescription, « Plus fort avec le lait maternel uniquement ». D’où l’organisation des ateliers à l’intention des professionnels des médias le 4 août 2026 à Bertoua. « Il n’est pas rare de donner de l’eau sucrée au nouveau-né dès sa première nuit, croyant ainsi le protéger. D’autres introduisent des bouillies dès l’âge de trois mois, ignorant les risques élevés de diarrhées et de malnutrition que cette pratique entraine », a souligné une experte lors de l’atelier de formation des hommes de médias.
Pour les responsables de la communication, « les professionnels des médias doivent porter ce message aux mamans et futures mamans pour qu’on obtienne de bons résultats sur l’allaitement maternel ». Après les différentes formations, il est question pour ces acteurs d’aller à la rencontre des différentes communautés pour leur apporter le message de la campagne, « Plus fort avec le lait maternel uniquement ».
Judith Marlyse Seungue : La protection de l’allaitement est un effort collectif indispensable
Chargée de la lutte contre le Vih et de la santé à l’Unicef à Bertoua, elle revient sur la nécessité d’accentuer la conscientisation des mères et de soutenir l’allaitement par des politiques publiques.
Sébastian Chi Elvido

Quelle est l’importance de la Semaine mondiale d’allaitement maternel (Smam) ?
L’allaitement fournit une alimentation essentielle aux nourrissons et aux jeunes enfants. Il contribue de manière irremplaçable à leur croissance et à leur développement. Par ailleurs, la Semaine mondiale de l’allaitement maternel (Smam) est une campagne mondiale visant à sensibiliser et à mobiliser autour de l’action autour de thèmes liés à l’allaitement.
En 2018, une résolution de l’Assemblée mondiale de la santé a reconnu cette semaine comme une stratégie importante de promotion de l’allaitement maternel. Le thème retenu pour 2026 : L’allaitement maternel, un tremplin pour la vie : soutenir et renforcer ce qui fonctionne, met l’accent sur l’importance cruciale de l’allaitement pour la survie, la nutrition et la sécurité alimentaire car l’allaitement maternel est un levier essentiel pour la santé, l’égalité, l’environnement et le bien-être des familles. Il fonctionne déjà, mais à condition d’être protégé, soutenu et rendu possible par des politiques publiques, des professionnels formés, des réseaux de soutien et des conditions de vie favorables.
Quelles sont les principales activités de l’édition 2026 ?
Les principales activités consistent à sensibiliser le public, à pérenniser les pratiques efficaces et à soutenir les familles ; mettre en lumière et pérenniser les actions, les réseaux et les dispositifs d’accompagnement de l’allaitement qui ont déjà fait leurs preuves. Rappeler à l’ensemble de la communauté et aux professionnels de santé que la protection de l’allaitement est un effort collectif indispensable pour la santé de l’enfant et de la mère. Considérer l’allaitement comme un tremplin pour la vie qui contribue à une meilleure prévention primaire contre de nombreuses maladies et un développement optimal du nourrisson. C’est pourquoi les journalistes sont invités à encourager à faire connaître les solutions qui favorisent l’allaitement maternel en promouvant des informations fondées sur des données probantes et à mettre en lumière les solutions efficaces en matière d’allaitement maternel.
Lobo Abbo Ngoungoure : Une soldate de la mobilisation communautaire
Depuis près de 20 ans, elle a consacré sa vie à sensibiliser les femmes sur l’allaitement exclusif, le traitement du paludisme, les consultations prénatales, les personnes vivant avec le Vih/Sida et les infections respiratoires au Centre de santé intégré (Csi) de Mokolo 1 à Bertoua.
Sébastian Chi Elvido

Les 29 et 30 août 2026, Lobo Abbo Ngoungoure va organiser des sessions d’éducation communautaire à la chefferie du quartier Ekombitié dans l’arrondissement de Bertoua 2e dans la région de l’Est. « L’objectif de cette causerie est de montrer aux mamans comment savoir si le bébé souffre de la malnutrition ou pas. A la fin de la formation on va leur remettre le matériel pour qu’elles-mêmes puissent continuer à suivre leurs enfants », indique-t-elle. En effet, depuis près de 20 ans, Lobo Abbo Ngoungoure s’investit à fond dans la mobilisation communautaire dans divers domaines de la santé publique en vue d’obtenir un changement de comportement. Elle est attachée au centre de santé intégré de Mokolo 1 à Bertoua. « La mobilisation sociale des communautés concerne le paludisme, l’allaitement maternel exclusif, les consultations prénatales, la recherche des personnes égarées vivant avec le Vih/Sida, les infections respiratoires aiguës et la diarrhée », indique-t-elle.
Dans le domaine de l’allaitement maternel, précise Lobo Abbo Ngoungoure, « nous insistons sur le lait maternel exclusif pour les six premiers mois […] ». Un travail qui n’est pas facile du fait de la résistance de certaines mamans. « Il y a des mamans qui adhèrent à cette prescription et d’autres qui n’adhèrent pas. Elles continuent à donner de l’eau et de la nourriture aux enfants avant six mois. Ce que nous déconseillons », confirme-t-elle.
Pour les raisons de son engagement, Lobo Abbo Ngoungoure affirme que la seule motivation est « d’aider ma communauté ».


