Alexandre Manga : Il faut qu’on change de paradigme

Le directeur général du Centre national de réhabilitation des handicapés de Yaoundé, invite à la prise en compte des personnes marginalisées.

Par Michel Enony

Que représente le Fonaei pour vous qui êtes aux côtés des personnes « marginalisées » au quotidien ?

Les personnes vivant avec un handicap ont droit à l’emploi comme toutes les personnes valides. Le problème, c’est qu’il y a les barrières, les barrières qui sont soit naturelles, créées par la maladie ou bien l’accident. Et puis, il y a les barrières que nous, les personnes valides, nous créons pour que les personnes handicapées ne puissent pas accéder à l’emploi. Et donc, c’est un peu ce que vous empruntez au slogan… de l’éducation inclusive, c’est un cri de ralliement que nous faisons. Il faut alerter et dire que les personnes vivant avec un handicap sont également porteuses de beaucoup de dons et beaucoup de valeurs qui peuvent se transformer dans des prestations qu’elles peuvent fournir à la société. Et nous ne faisons pas que le dire, parce que, nous-mêmes, nous expérimentons cela.

Comment l’avez-vous expérimenté ?

Nous avons découvert, en ayant le courage de mettre à l’épreuve des personnes handicapées, qu’elles sont aussi compétentes, sinon même parfois plus, dans certaines prestations que les personnes valides. Mais, celles qui viennent vers nous pour les emplois, lorsque nous ouvrons les postes, c’est le conseil d’administration. Moi, comme directeur général, je dois ouvrir les postes et donner les chances aux personnes handicapées. Et donc, c’est ce que nous faisons. C’est la première chose, il faut une volonté de celui qui dirige la structure de dire : quand il y a des recrutements, je dois ouvrir les postes aux personnes handicapées, c’est-à-dire qu’on ne dit pas du 100 %. On dit que c’est du 10 %. Ils ne sont pas si nombreux que ça. Si on appliquait le 10 % rien que, il n’y aurait aucune personne handicapée sur le chemin.

Que faut-il faire aujourd’hui pour plus d’inclusion ?

Il faut qu’on change de paradigme, qu’on puisse insérer les gens pour pouvoir travailler. Ils agissent économiquement, parce qu’ils deviennent acteurs. Ils ont des ressources, ils entrent dans la production des richesses, parce qu’ils peuvent faire des courses. Ils peuvent également s’équiper, ils peuvent construire. Donc, ce sont des acteurs économiques au sens plein du terme. Pas l’emploi. Il faut arrêter ! Moi je suis révolté, il faut arrêter la stigmatisation.