Afrique francophone : Yaoundé, capitale de la diplomatie parlementaire

150 élus venus du continent et d’ailleurs prennent part depuis mardi aux travaux de la 30e Assemblée régionale de l’Apf.


Par Cyril Essissima


 

Palais des Congrès de Yaoundé, temple de la diplomatie parlementaire de l’Afrique francophone du 28 au 30 mai 2024. Trois jours durant lesquels se tient la 30e Assemblée régionale Afrique de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (Apf). 150 parlementaires venus d’horizons divers du continent et d’ailleurs prennent part à ces assises que préside Cavaye Yeguié Djibril, le président de l’Assemblée nationale (Pan) du Cameroun. Agréablement surpris par ce nombre inédit, le président de l’Apf, Francis Drouin, n’a pas pu se contenir à l’ouverture des travaux : « Du jamais vu ! » L’exclamation du parlementaire canadien à la tribune a déclenché des applaudissements à tout rompre.

Le Pan a saisi la balle au bond pour vanter la richesse linguistique du Cameroun face à cet important auditoire. « Une des principales caractéristiques de mon pays est son biculturalisme. Héritage de la période coloniale, le Cameroun connaît aujourd’hui la pratique effective de deux langues officielles à savoir : le français et l’anglais », a-t-il déclaré avant d’embrayer sur les deux thèmes en débat.

Sur le premier à savoir : « Dialogue politique et fonctionnement des institutions étatiques », Cavaye Yeguié Djibril a souligné l’intérêt de ce thème en lien avec le contexte dans le continent, c’est-à-dire « une Afrique aux incessants soubresauts politiques ». Du haut de ses 84, le chef de la chambre basse du Parlement camerounais a fait montre de sagesse et d’une foi confessée pour la démocratie. Pour lui, « ici comme ailleurs, le dialogue est le catalyseur de tout fonctionnement harmonieux des institutions. Il est le passage obligé de toute sortie de crise dans les Etats. Il est ce que j’appellerais le fonds de vérité qui permet aux peuples, qu’au terme d’un dialogue, sur la base d’une majorité ou du fait d’un consensus, ils puissent se doter d’une Constitution, la loi fondamentale acceptée par tous. Ceci ouvre la voie à la mise en place des institutions viables pour réguler la vie de l’Etat », a-t-il déclaré. Le Pan a illustré son propos par des exemples tirés de l’histoire politique du Cameroun, en l’occurrence la tripartite de 1993 et le grand dialogue national de 2019.

Les parlementaires lors de la plénière d’ouverture

Arbre à palabres

La première (illustration) a favorisé la révision de la Constitution le 18 janvier 1996 et l’avènement d’institutions telles que le Sénat, le Conseil constitutionnel et les régions. Le second (exemple) a donné une impulsion nouvelle à la décentralisation et une voie ouverte vers la pacification des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

L’autre thème : « La diplomatie parlementaire, quelle utilité pour l’Afrique francophone ? » Ici encore, Cavaye Yeguié Djibril a fait parler son expérience, lui qui est au perchoir de l’Assemblée nationale depuis 1992 (32 ans). Il prône notamment l’ouverture car, « aucun Etat au monde ne saurait vivre en autarcie », pense-t-il. Et d’ajouter que « si la diplomatie peut se définir comme étant le fait de procéder à des échanges et de rapprocher les points de vue, il est difficile de croire que les Etats, pris individuellement, puissent affronter l’universel ».

DeLe discours du Pan est révélateur de son penchant cosmopolitique enrobé par la solidarité entre les peuples. D’où ses deux interrogations à ses pairs comme pour les faire adhérer à sa pensée politique : « N’est-il pas vrai que le monde est devenu aujourd’hui un village planétaire ?  N’est-il pas aussi vrai qu’une seule main ne saurait attacher un fagot de bois ? » Telle est sa vision de l’Apf, c’est-à-dire « une assemblée où les acteurs ont à cœur de défendre ou de promouvoir en commun, les intérêts des peuples qu’ils représentent », pense-t-il, décrivant au passage ce regroupement comme « un arbre à palabres » pour l’Afrique. Cette posture du Pan camerounais se rapproche du souhait émis par le président de l’Apf de donner plus de poids à la diplomatie parlementaire de la communauté francophone. Autrement dit, Francis Drouin entend plaider pour que l’Apf passe au statut d’observateur auprès des Nations unies. Il exhorte également ses pairs œuvrer pour l’épanouissement de la jeunesse de l’espace francophone.

Réactions

Pierre Flambeau Ngayap, Sénateur (Cameroun)

La diplomatie parlementaire au service du développement

L’Assemblée parlementaire de la Francophonie est une organisation interparlementaire qui a pour but d’assurer la promotion de l’Etat de droit, de la bonne gouvernance, de la démocratie et des droits de l’homme dans l’espace francophone.

Elle va surtout examiner deux thèmes principaux qui sont d’actualité pour notre continent. D’une part, l’usage du dialogue politique comme mode de fonctionnement des institutions de l’Etat. D’autre part, la diplomatie parlementaire au service du développement.

Nous pensons qu’il s’agit de thèmes importants dans une Afrique traversée par des instabilités notamment politiques, et qui nécessitent l’usage des deux instruments.


Damien Cesselin, Sg de l’Apf (France)

Prévenir et résoudre les crises politiques survenues ces dernières années

Les deux thèmes à l’ordre du jour me semblent parfaitement bien choisis car ils correspondent aux préoccupations des parlementaires camerounais, des parlementaires africains et plus généralement des parlementaires du monde entier. Ils correspondent également à la nouvelle stratégie de l’Apf qui a été adoptée en juillet dernier en Géorgie.

Cette stratégie consiste à mettre la diplomatie parlementaire au cœur de l’activité de notre institution. Notamment pour essayer de prévenir et de résoudre les crises politiques aiguës survenues ces dernières années dans l’espace francophone et qui risquent encore de survenir.


Jean-Charles Luperto, Responsable région Europe de L’Apf (Belgique)

Le présent et le futur de la Francophonie se jouent en Afrique

Je suis heureux de constater à quel point les autorités de l’Etat et la section camerounaise ont eu le soin d’organiser un accueil à la hauteur de l’évènement puisque manifestement, le Cameroun met aujourd’hui les petits plats dans les grands.

Deux choses me rendent particulièrement heureux : d’abord d’être ici en Afrique auprès de nos amis africains. Un continent sur lequel se jouent le présent et le futur de la Francophonie, mais aussi un continent où on relève beaucoup d’enjeux importants : enjeux sécuritaires, enjeux liés à la paix sociale, à la pauvreté, des enjeux pour la jeunesse très nombreuse ici en Afrique.

La deuxième chose se rapporte au choix des thématiques. L’une d’entre elles est la diplomatie parlementaire qui est précisément au cœur de la mission de l’Apf. Et à mesure que le temps passe, la Francophonie parlementaire se veut de plus en plus politique, et c’est une bonne idée qu’elle le soit d’ailleurs. Il faut qu’elle soit présente dans les cénacles internationaux et qu’elle soit présente sur les thèmes majeurs qui font l’actualité du monde et singulièrement du monde francophone.

Alors, cette volonté d’être plus politique est un aspect majeur dans le cadre stratégique de l’Apf. Évoquer ici la diplomatie parlementaire et ses enjeux au travers du dialogue est essentiel. Un dialogue qui veut que même quand situations font en sorte que les Etats ne se parlent plus, les représentants des peuples que sont les Parlements ont le devoir de maintenir le dialogue.


Koupit Adamou, Député (Cameroun)

Aller au-delà des rôles classiques des parlementaires

Aujourd’hui, l’un des défis que nous devons relever en tant que parlementaire, c’est d’aller au-delà des rôles classiques des parlementaires qui consistent à voter des lois et contrôler l’action du gouvernement.

Ces rôles classiques doivent être dépassés et transcendés afin d’intégrer la contribution des parlementaires dans le fonctionnement harmonieux des institutions.

Je pense que ces deux thématiques nous permettront d’avoir des résolutions qui contribueront à améliorer l’efficacité de nos différents Parlements aussi bien dans la gestion globale du pays que dans l’efficacité de la coopération internationale.