La vice-présidente d’Elecam dénonce les agissements de ces agents qui saisissent souvent le matériel d’enrôlement des électeurs sur le terrain.
Par Cyril Essissima

4869 nouveaux électeurs dans la région du Centre. Tel est le bilan des inscriptions sur les listes électorales engagées par Elections Cameroon (Elecam) depuis le 2 janvier 2024. C’est globalement ce qu’on retient de la mission d’évaluation des opérations effectuée par les membres du conseil électoral, du 12 au 27 janvier. La vice-présidente du conseil électoral, Amugu née Abena Ekobena Appoline Marie, et Elie Mbonda, membre du conseil, ont couvert les 10 départements de la région, à savoir la Haute-Sanaga, le Nyong-et-So’o, la Mefou-et-Afamba, la Lekié, la Mefou-et-Akono, le Mbam-et-Inoubou, le Mbam-et-Kim, le Nyong et Kellé, Nyong-et-Mfoumou et le Mfoundi.
Cependant, à écouter la vice-présidente, la moisson aurait pu être plus abondante si certains obstacles n’étaient pas rencontrés. Parmi ces freins, Amugu née Abena Ekobena Appoline Marie mentionne l’action de la police municipale dans le département du Mfoundi principalement. « Je ne peux pas comprendre que la police municipale puisse saisir un matériel d’Elecam. Nos agents se déplacent à moto pour pouvoir aller dans les coins les plus reculés de la capitale. Mais nous sommes surpris de temps en temps qu’on puisse encore faire appel à telle ou telle autorité, à monsieur le gouverneur, parce que la police municipale a saisi une machine d’Elecam. Et quand on leur dit « c’est le matériel d’Elecam », ils le connaissent, quelqu’un nous demande : « Elecam c’est quoi ? », s’offusque-t-elle. Pourtant, l’une des stratégies adoptées par Elecam repose sur la collaboration avec certaines administrations dont les municipalités en font partie. « Il faudrait quand-même que dans les rapports avec les administrations, qu’on puisse se comprendre et se respecter. Je suis désolée, mais je dois le dire pour fustiger ce type de comportement. Nous avons déjà des problèmes pour faire marcher les machines. Mais quand une machine fonctionne, un agent de la municipalité se permet de la retenir. Il faudrait que ce type de comportement cesse. Nous nous sommes plaints de manière pacifique. Ces comportements continuent à être observés sur le terrain. Je suis obligée, malheureusement, de dénoncer cela », poursuit la vice-présidente du conseil électoral.
Production des cartes
Un problème qui s’ajoute à bien d’autres rencontrés sur le terrain. En l’occurrence, la vétusté du matériel d’enrôlement biométrique des citoyens, la rupture de la production des cartes d’électeur, l’enclavement de certaines localités, les intempéries, etc. En attendant l’acquisition de nouveaux équipements, Les équipes d’Elecam s’attèlent à la « maintenance » des machines encore exploitables afin de poursuivre tant bien que mal les inscriptions sur les listes électorales selon les prescriptions de la loi. Néanmoins les doléances ont déjà été adressées à qui de droit pour l’achat d’une nouvelle machine, la « perso line », qui permet la production des cartes d’électeurs. « Le président de la République a accordé cette permission », assure-t-elle, en espérant que cette machine sera fonctionnelle d’ici le premier trimestre, c’est-à-dire en mars prochain.
L’autre difficulté évoquée se rapporte à l’adhésion des jeunes et des femmes. D’où la collaboration avec des administrations telles que le ministère de la Jeune et de l’Education civique, le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, ou encore le ministère des Affaires sociales pour favoriser l’adhésion de certaines couches défavorisées.
S’agissant spécialement de la région du Centre dont elle a la charge, la vice-présidente du conseil électoral a pu constater que des choses ont bougé sur le terrain. « L’objectif que nous nous sommes assignés dans le Centre cette année, est d’avoir entre 121 000 et 130 000 nouveaux électeurs. On a déjà inscrit exactement 929 électeurs au 15 janvier dans le Mfoundi. Réparti sur toute la région, évidemment le Mfoundi se taille la part du lion. L’objectif dans le Mfoundi c’est 74 513 électeurs à inscrire d’ici le 31 août 2024. Le département qui a moins d’inscrits compte tenu de sa superficie, c’est la Mefou-et-Akono avec 2511 électeurs à inscrire. La Lekié aussi en a beaucoup avec 10 925 », dévoile-t-elle.
Une des méthodes appliquées pour cette campagne consiste à faire du porte-à-porte. « Les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont à notre disposition. On utilise aussi les moyens traditionnels, la communication directe à travers les autorités traditionnelles, les autorités religieuses, etc. Une des stratégies qui paie aussi c’est de rester ouvert, disponible et accessible aux usagers. Si vous allez sur le terrain, vous verrez nos antennes ouvertes pour accueillir les populations. Nous nous servons également des points focaux en charge de la communication. Dans chaque antenne, dans chaque agence, généralement, et à la délégation régionale, vous trouvez une équipe chargée de la communication. Mais nous nous appuyons sur l’information directe. Il faut qu’Elecam soit connu. C’est-à-dire que les citoyens sachent ce que fait Elecam, comment Elecam travaille », explique Amugu née Abena Ekobena Appoline Marie.
Partis politiques
Outre l’administration, la collaboration se fait également avec les autres acteurs du processus électoral que sont les partis politiques qui prennent part aux travaux des commissions mixtes. A ce sujet, elle fait savoir que « le président du conseil électoral et d’Elecam, Enow Abram Egbe, a mis sur pied une plateforme de travail entre tous les acteurs du processus électoral et Elecam pour qu’on puisse débattre des problèmes qui se posent à nous. Nous demandons aux partis politiques d’être ces relais entre Elecam et leurs militants. L’un des mécanismes qui fonctionne sur le terrain, c’est l’existence des commissions mixtes qui travaillent avec Elecam à tout moment. Dans le Centre, nous avons 70 commissions mixtes qui fonctionnent actuellement. Tout parti politique opérant dans le territoire doit envoyer son représentant au niveau de l’antenne pour que ce dernier soit inscrit et qu’il puisse faire partie de la commission mixte », se réjouit-elle. Le seul problème avec ces commissions est lié aux ressources de fonctionnement, du moins en ce qui concerne l’entretien des représentants de partis politiques. Ce qu’il faut savoir toutefois, indique la vice-présidente, est que « cette participation est gratuite, et chaque parti politique devrait prendre en charge les déplacements de son représentant au sein de la commission mixte. Mais nous savons aussi quelles sont les limites de nos partenaires. C’est la raison pour laquelle Elecam met à la disposition de la commission mixte un petit entretien géré par le responsable d’Elecam du démembrement si le budget est déjà mis en place. Mais à l’heure actuelle, aucun budget n’est disponible. Nous voulons donc demander à nos partenaires d’être compréhensifs en attendant que le budget soit mis en place ».
Cependant, la fâcheuse question qui a le plus souvent divisé les partis politiques et Elecam concerne la modification du code électoral. Bottant presqu’en touche, Amugu née Abena Ekobena Appoline Marie se défend en faisant savoir que la modification de la loi électorale est l’apanage du législateur, même si elle pense que le système est perfectible. « C’est la base juridique de tout le travail que nous faisons. Certains disent qu’il n’est pas parfait. Oui, je peux le leur concéder. Aucune œuvre humaine n’est parfaite. Il s’agit au fil des jours de l’adapter à l’environnement, au contexte, et de pouvoir développer des moyens de le rendre parfait. C’est sur cela que nous travaillons. Les discussions que nous avons mises en place avec les partis politiques, la société civile, sont là pour ça. Néanmoins, Elecam reste à l’écoute des partis politiques. Car, comme l’avoue la vice-présidente du conseil électoral, « leurs propositions sont prises en compte et ça dépend du niveau des propositions. Il y a des propositions pratiques sur le terrain. C’est-à-dire comment nous opérons. Il y a des propositions qui dépendent de la relation entre les partis politiques et Elecam directement. Il y a des propositions qui relèvent des relations avec le législateur. Je parle notamment du changement du code électoral. C’est l’opportunité pour moi de réitérer qu’Elecam ne fait pas la loi. Pour faire passer une loi, il faut savoir à qui s’adresser. Si le code électoral est modifié, Elecam travaillera avec ce code électoral modifié. Mais si ça dépend seulement des problèmes de fonctionnalité, leurs propositions sont largement prises en compte. Et même sans faire de bruit, certaines propositions ont été validées au niveau des élections ». Elle prend à titre d’exemple, la représentativité des minorités, la question du genre (des femmes), l’inclusion des minorités sociologiques. Des élections ont été reprises l’année dernière lors des régionales, notamment dans le département de la Menoua, région de l’Ouest, à cause de la non prise en compte d’une mesure nouvelle.
Année pré-électorale
Elle pense que le débat sur les failles du système électoral n’est pas une exclusivité camerounaise et reconnaît qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. D’ailleurs, « on nous prend souvent l’exemple des vieilles démocraties ignorant que l’une d’entre elles souvent perçue comme la plus indépendante et la plus démocratique qui soit, des élections présidentielles ont été contestées par le président sortant. Donc dans le jeu électoral, tant que vos désidératas ne sont pas pris en compte, vous aurez toujours à redire. La contestation fait partie du jeu électoral », se justifie Amugu née Abena Ekobena Appoline Marie.
A noter que les inscriptions sur les listes électorales pour le compte de l’année 2024 sont assez particulières en raison de ce que « c’est une année pré-électorale. La plus grande élection au Cameroun se tiendra en 2025. L’élection du président de la République. Cela appelle de la part des équipes d’Elecam beaucoup de doigté, beaucoup de professionnalisme et beaucoup de compréhension, beaucoup de disponibilité sur le terrain. L’année 2024 est une année où les problèmes traditionnels avec nos partenaires doivent être débattus et aplanis », dit-elle avec emphase.
D’abord les problèmes de compréhension du code électoral. C’est l’année où nous devons davantage divulguer le code électoral, car si des zones d’ombre subsistent, nous irons toujours vers des conflits. C’est la raison pour laquelle nous avons demandé aux équipes d’Elecam sur le terrain pour transmettre le vrai message. L’un des défis au finish vise à avoir un fichier électoral consensuel, clair et inclusif, délivrer le plus de cartes électorales possibles
Par ailleurs, « il y a un problème de gestion de mobilité des populations. Le code électoral est clair à ce propos. Si quelqu’un n’a pas mis six mois dans une localité, il ne peut pas y être inscrit. Il faut que tout le monde le comprenne. 2024 est une année où Elecam doit faire preuve d’effectivité sur le terrain, d’efficacité dans la gestion de ses activités et d’efficience parce que recherchant le bon résultat avec peu de moyen », conclut la vice-présidente du conseil électoral.



