Kayazo : Le remixeur de l’heure

Porté par ses reprises de tubes camerounais et internationaux, l’artiste  a le vent en poupe sur la toile.

Lorine Claudia Agnang

Impossible de passer à côté. En faisant défiler TikTok ou Facebook, vous êtes certainement  tombés sur sa silhouette : dreadlocks rasées sur les côtés, peignoir noir aux au col doré, torse nu, collier apparent et une mystérieuse tasse toujours vissée à la main. Son nom ? Kayazo, le « remixman » aux lunettes noires,  qui fait l’unanimité sur les réseaux.Depuis quelques mois, il revisite des grands succès de la musique camerounaise et internationale. Sa signature c’est voix imposante, le mélange des langues Douala, le Pidgin, entre autres,  et ses interjections bien senties  (« Eh ! », « Ah ! », « Eh bah ! »),  qui capturent immédiatement l’attention. De « Assimba » (La Voix du Cénacle) au « Thriller » de Michael Jackson, en passant par Charlotte Dipanda (« Coucou »), Coco Argentée (« Fallait pas »), Lady Ponce (« Secouer »), Tsimi Toro (« Merci ») ou Tenor et Mani Bella (« Déranger »), il en fait un jeu d’enfant. Les vues explosent, les « j’aime » pleuvent et les duos se multiplient sur TikTok.

 

Sur la toile, cette créativité suscite autant d’admiration que de questions : «  Grand, tu maîtrises trop l’art du remix ! » , « Mais c’est qui au juste ? Il vient d’où ?  », lit-on sous ses vidéos. Autre sujet de curiosité, c’est le contenu de sa fameuse tasse. En attendant de percer le secret, les internautes dansent. Le phénomène séduit même les stars de la chanson, à l’image de Coco Argentée qui l’a publiquement félicité pour sa reprise de « Fallait pas ». Surfant sur ce succès, Kayazo met désormais en lumière ses propres créations, à commencer par le titre « Akololo  bass », déjà sur toutes les lèvres.

 

Kayazo : Je préfère de loin être remixman

Kayazo, c’est l’artiste. L’homme derrière, c’est Yves Amara, un jeune garçon passionné de musique, descendant d’une lignée de musiciens depuis mes grands-parents. Je suis développeur logiciel et d’applications. C’est dans les années 2004, après mon Baccalauréat. En 2023, j’ai vécu une expérience de mort imminente. J’ai fait une crise. Le temps que les urgences arrivent pour me transporter à l’hôpital,  ils sont arrivés trois minutes plus tard, ils m’ont déclaré mort. En ces trois minutes, moi, j’ai passé presque trois ans dans l’au-delà, avec ma grand-mère décédée en 2008. Pendant trois ans, elle m’a enseigné ma langue. Elle m’a dit : « Vas-y, je te l’enseigne pour que tu t’en serves ; il faut que tu valorises nos anciens, que tu valorises ta culture. » C’est sur le chemin vers l’hôpital que je me réveille. Et puis je me dis : « Comment ne suis-je pas en studio ? Ramenez-moi en studio, vite fait. » Et quand je me suis réveillé, je maîtrisais un peu mieux la langue. Et pour compléter les mots que je ne maîtrisais pas, j’ai mis un peu d’anglais, mais aussi d’autres langues que j’ai apprises lors de mes voyages : un peu de russe, un peu de wolof ici, du bambara, un peu de lingala.

 

Pour le choix des musiques, vu que je m’endors tous les soirs comme tout le monde, des fois je me retrouve encore dans le monde où j’étais pendant ma crise. Et donc je revois ma grand-mère qui me dit : « Maintenant il faut faire ci, tu peux faire ça. » Et la tasse, c’est la boisson chaude qui me permet de sortir vraiment du monde des rêves pour appartenir au monde réel. Après que m’a été transmis le nouveau style par ma feue grand-mère, il fallait que je trouve un moyen d’affûter ce style qui était encore très étrange pour moi. Donc j’ai préféré commencer par Nalandi, une reprise de la chanson de mon grand-père, Eko Roosevelt. C’était une façon de demander la route à mes ancêtres, et aussi à mes collègues artistes. Quand j’ai lancé les « Open Verse », mon compte n’avait que 36 abonnés. Je n’avais qu’une stratégie de communication. On pensait avoir peut-être 2 000 abonnés, et puis lancer l’EP. Mais alors, ça a explosé au-delà de nos attentes.

 

Comme je le disais, il fallait taire les langues qui pensent que Kayazo ne peut pas faire ses propres chansons, non. Kayazo en a fait suffisamment. « Akololo Bass », c’est une comptine pour les peuples déportés par des guerres de conquête, quand ils se retrouvent sur la côte du Cameroun et qu’ils chassent les Tikars. Pour se réunir le soir, ils campaient un peu, et puis les enfants faisaient une ronde. C’est une invitation pour mes frères qui m’ont soutenu. C’est une façon de les inviter à danser, à s’ambiancer avec moi.

 

Je préfère de loin être remixman, parce que j’ai été Kayazo, artiste tout court, pendant longtemps, et ça n’a pas marché. Maintenant, les gens m’ont connu comme ça, ils m’ont aimé comme ça, et ils préfèrent ça. Kayazo va faire des remix jusqu’à la fin de sa carrière. Maintenant, si je peux donner un conseil à la jeune génération : ne jamais abandonner. Kayazo est entré pour la première fois en studio pour un enregistrement en 99. J’étais en première. 27 ans plus tard, j’ai du succès. J’ai eu tellement de raisons d’abandonner en chemin, mais je ne l’ai jamais fait. Suivez vos rêves et ne laissez jamais personne vous faire croire que vous pouvez faire autre chose ou être meilleur dans autre chose que ce que vous vous pensez vous-même capable de faire. 

Ailleurs: Influenceur

Igho Ubiribo, homme d’affaires et influenceur britannique de 43 ans suivi par 186 000 abonnés sous le pseudo « Ego2222 », est décédé quelques heures après une opération d’agrandissement du pénis à Bangkok. Le 6 mars, il s’était fait injecter 40 millilitres d’acide hyaluronique dans une clinique locale. Un médecin légiste à Londres a confirmé un mois plus tard que cette injection est la cause directe de la mort. Suite à ces conclusions, les autorités thaïlandaises ont ouvert une enquête et inspecté l’établissement concerné.  Ce drame secoue la Thaïlande, destination phare du tourisme médical mondial prisée pour ses soins esthétiques. Le pays comptait 7 000 cliniques en 2024 et vise un marché de 7,51 milliards de dollars d’ici 2027.

Face à l’onde de choc, le ministre de la Santé a prôné « le plus haut niveau de prudence », affirmant que l’enquête vise à « rassurer les patients locaux et internationaux sur le fait qu’ils reçoivent des soins de la plus haute qualité en Thaïlande ».