L’insuffisance des financements plombe la lutte contre cette maladie dont le continent africain totalise à lui seul plus de 90% des cas et des décès enregistrés dans le monde.
Guy Martial Tchinda, à Brazzaville
eDans le monde, 282 millions de personnes ont contracté le paludisme en 2024. 610 000 de ces personnes en sont malheureusement décédées, selon l’Organisation mondiale de la santé (Oms). L’Afrique demeure la région du monde la plus touchée par cette maladie. A lui tout seul, le continent enregistre 94 % du nombre total des cas et 95 % des décès au niveau mondial. Cela signifie que neuf malades de paludisme sur 10 sont des Africains. De même, un peu plus de neuf personnes qui en meurent sont des Africains. Les enfants de moins de cinq ans quant à eux représentent quelques 75 % des décès dus au paludisme dans la Région.
L’Oms rapporte également quelques disparités quant à la répartition du fardeau de la maladie sur le continent. « Cinq pays – la République démocratique du Congo, l’Éthiopie, le Mozambique, le Nigeria et l’Ouganda – ont représenté plus de la moitié de tous les cas dans le monde», explique l’agence onusienne. Cette situation épidémiologique défavorable est entretenue, entre autres, par un accès insuffisant aux moyens de prévention, de diagnostic et de traitement. Une barrière qui résulte elle-même d’un financement insuffisant. « Ces problèmes sont encore aggravés par la stagnation du financement mondial au cours de la dernière décennie, qui limite la portée des interventions vitales. […] Ces coupes budgétaires ont également accru le risque de ruptures de stock et de retards dans les campagnes d’intervention contre le paludisme, ce qui a atténué l’impact des programmes », déplore l’Oms.
En effet, certaines interventions efficaces, bien que planifiées dans des documents stratégiques nationaux, ne sont toujours pas mises en œuvre en raison du manque de financement. C’est pourquoi le Fonds mondial plaide pour une augmentation considérable du financement des programmes de lutte contre le paludisme, un investissement dans les nouvelles approches et l’innovation, et une meilleure utilisation des outils existants.
En attendant d’y arriver, l’Alliance francophone des médias et journalistes contre le paludisme en Afrique (Afrimpa) dont l’atelier de lancement se tient du 9 au 11 septembre 2026 à Brazzaville en République du Congo vient offrir un nouveau levier de mobilisation face à cette crise sanitaire. Les professionnels de l’information membre de cette plateforme régionale pourraient amplifier la sensibilisation, maintenir durablement le paludisme au cœur des agendas politiques et, partant, renforcer la mobilisation des ressources.
Jean-Rosaire Ibara : Cette Alliance vient combler un vide réel
Le ministre de la Santé et de la Population de la République du Congo parle de l’apport de l’Alliance francophone des médias et journalistes contre le paludisme en Afrique dans la riposte à cette maladie
Guy Martial Tchinda, à Brazzaville

L’Afrique reste le continent qui porte le plus lourd fardeau du paludisme, avec plus de 90% des victimes enregistrés dans le monde, en dépit des efforts consentis. Qu’est-ce qui, selon vous pose problème et l’Alliance francophone des médias et journalistes contre le paludisme en Afrique (Afrimpa) qui vient d’être lancée à Brazzaville pourrait-elle changer la donne ?
Le contexte dans lequel nous menons cette lutte est aujourd’hui plus complexe que jamais. Nos pays font face à des financements contraints, à des priorités sanitaires concurrentes, à des crises humanitaires, à des perturbations liées au changement climatique, ainsi qu’à la résistance croissante des parasites aux médicaments et des moustiques aux insecticides.
À l’heure où l’information circule à une vitesse inédite, la lutte contre le paludisme doit aussi être une lutte contre la désinformation. Une rumeur sur un médicament, une information non vérifiée sur un vaccin, une mauvaise interprétation de données épidémiologiques ou un message alarmiste sans fondement peuvent détourner les populations des interventions utiles. Le journalisme sanitaire doit donc conjuguer trois exigences : la rigueur, la vérification et la pédagogie. C’est pourquoi je salue avec beaucoup d’intérêt la création l’Alliance francophone des médias et journalistes contre le paludisme en Afrique. Cette Alliance vient combler un vide réel ; celui d’un mécanisme régional francophone capable de connecter les journalistes engagés sur le paludisme, de les accompagner dans la durée, et de renforcer la qualité et la constance de leur couverture de cette maladie, bien au-delà des journées commémoratives.
Qu’attendez-vous concrètement de cette Alliance ?
La lutte contre le paludisme ne se gagne pas uniquement dans les formations sanitaires, les laboratoires et les programmes de santé. Elle se gagne également dans l’espace public, dans les familles, dans les communautés et dans les médias. La qualité de l’information peut sauver des vies. […] Un journaliste bien informé est un partenaire de santé publique. Par votre plume, votre microphone, votre caméra, vos plateformes numériques et les réseaux sociaux, vous pouvez expliquer les gestes de prévention, encourager le recours précoce aux soins, promouvoir l’utilisation correcte des moustiquaires imprégnées, soutenir l’adhésion aux campagnes de santé et combattre les fausses informations qui compromettent les efforts des programmes nationaux.
Avez-vous un message pour les membres de l’Afrimpa ?
Je les invite à faire du paludisme un sujet permanent de santé publique, et non une actualité limitée aux journées commémoratives. Donnons une voix aux communautés, expliquons les données, interrogeons les politiques, valorisons les résultats et contribuons, par une information responsable, à transformer durablement les comportements. […] À vous, professionnels des médias africains, je lance donc cet appel : faites de chaque article, de chaque émission, de chaque reportage et de chaque publication numérique un instrument de prévention, de vigilance et de mobilisation. Aidez-nous à rapprocher la science des populations et les populations des services de santé.
Cameroun : 1261 décès en 2025
Le Cameroun n’échappe pas à la dure réalité meurtrière du paludisme. Malgré les efforts consentis pour y faire face, la fièvre ne retombe pas. En 2025, le pays a enregistré 2,9 millions de cas confirmés, soit une diminution de 12,73% par rapport à 2024. Bien plus, la maladie a tué 1261 personnes contre 3782 en 2021. Nonobstant la baisse des courbes de morbidité et de mortalité que constatent ces statistiques du Programme national de lutte contre le paludisme, le Cameroun conserve son rang de 11e pays le plus touché par le paludisme dans le monde.
Afin de maintenir la tendance baissière de la prévalence et de la mortalité, le pays poursuit ses interventions sur le terrain. Outre la distribution gratuite des moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action, l’on note l’administration du traitement préventif intermittent chez la femme enceinte et chez les enfants, et la mise en œuvre de la chimioprévention du paludisme saisonnier pour les jeunes enfants des régions septentrionales. A cela s’ajoute le déploiement de la vaccination antipaludique.
Malgré les progrès significatifs enregistrés, des défis importants persistent et entravent l’élimination de la maladie au Cameroun. Tout comme les contraintes budgétaires récurrentes, l’insuffisance d’intrants de santé dans certaines zones de santé, ainsi que la baisse de vigilance de la communauté et la menace croissante de la résistance des vecteurs aux insecticides. De l’avis de plusieurs experts, les contraintes liées au financement pérenne des interventions, à la collecte des données sanitaires et à l’adhésion des populations aux mesures préventives, doivent être relevées pour maintenir les acquis. La consolidation des partenariats stratégiques et la mobilisation des ressources nationales permettraient d’accélérer les progrès vers l’élimination de la maladie


