En lieu et place du macadam, l’axe lourd Douala-Bafoussam, passant par Bafang, présente de gros nids-de-poule, contribuant malheureusement à doubler le temps de voyage, de 4 ou 5 heures à 8 ou 10 heures de route.
Blaise Djouokep

Lorsque Charlotte M. arrive à la concession familiale à Baham, département des Hauts-Plateaux, région de l’Ouest, le samedi 8 août 2026, il est presque 11h30. Partie du rond-point Dakar à Douala la veille, à bord d’un bus d’une compagnie de transport interurbain à 23 h, elle a passé toute la nuit et la moitié de la journée dans ce bus. Le trajet qu’elle effectuait par le passé en 4 ou 5 heures, elle vient de le faire en 10 heures. « 10 heures de voyage, c’est trop. La route est complètement gâtée. Nous avons passé une trentaine de minutes à Mombo, et près d’une heure à Njombé, immobilisés, à cause du mauvais état de la route. Parfois, le bus s’incline tellement que tu es convaincu qu’il va tomber sur le côté », se désole-t-elle.
L’état de la route est tellement dégradé que les usagers n’éprouvent plus aucun plaisir à emprunter cet axe jonché de trous, de fossés et de nids-de-poule, au lieu du bitume comme en a vu, il y a quelques années. Le voyage y est devenu un supplice. Tenez : de Bekoko à Kopina jusqu’à Mbanga, la route est impraticable. Les nids-de-poule se disputent le macadam. Mais la situation est plus critique à Penja et à Loum, où la route est pratiquement coupée par des ravins en formation sur cette route, qui occupent ce qui reste de ce tracé. Il faut plusieurs minutes à un bus de type gros-porteur pour franchir ces fossés. Le chauffeur, lui, est obligé de s’arrêter à chaque basculement du bus à gauche et à droite.
Embuscades
Entre Nkongsamba et Melong, Kekem et Bafang, ce qu’il reste de ce tracé est tapissé de nids-de-poule. Ce n’est qu’à Bafang-Centre que les voyageurs qui empruntent la route de Bangangté en passant par Bangou peuvent avoir un peu de répit. Bafang-Batié – Baham étant impraticable.
Et dans les gros-porteurs, notamment, de nombreux passagers sont gagnés par la peur, surtout quand l’inclinaison du bus est forte, après être tombé dans ce qu’on qualifie de plus en plus de nid-d’éléphant. « J’ai crié l’autre jour dans le bus lorsqu’il s’est incliné. J’étais convaincu qu’on allait tomber. Et depuis lors, je choisis uniquement les véhicules de marque Coaster pour voyager », explique Suzanne. Des fossés que les véhicules dits personnels ont beaucoup de mal à affronter. « Le week-end dernier, lorsque c’était bloqué à Njombé, on entrait dans le quartier et on contournait pour sortir après le trou, et poursuivre le voyage », révèle Alain, un habitué de cette route. Une route épuisante tant pour les passagers que pour le chauffeur et pour le véhicule. « C’est extrêmement fatiguant pour le chauffeur. Les nerfs sont à vif. Le niveau de concentration est accru. Rester concentré pendant 8 ou 10 heures, il faut reconnaître que c’est épuisant », poursuit Alain.
Et le risque de crevaison est très élevé. « Surtout dans la nuit. Si tu perds de vue un trou et que tu tombes dedans, c’est l’éclatement des pneus. J’ai eu deux crevaisons dernièrement sur cette route. Et là, les vendeurs n’hésitent pas à surfacturer le prix. J’ai acheté un pneu à 3000 Fcfa qu’il s’acquiert normalement à 11 000 Fcfa », se souvient Hervé, qui finit par lâcher : « cette route a tout l’air d’un piège. Elle est pleine d’embuscades ». La crevaison n’est pas la seule panne enregistrée par les véhicules. « Les rotules se gâtent rapidement. Tu ne peux pas faire un voyage sur la route de l’Ouest, partir de Douala, rentrer et ne pas changer les rotules. Cela réduit aussi la durée de vie des amortisseurs qui encaissent trop de chocs », regrette Hervé.
Désagréments
Il est donc difficile depuis quelques semaines de prévoir l’heure d’arrivée quand on emprunte cette route. « Voyager sur la route de l’Ouest est devenu très fatigant et dangereux. Tu ne peux pas savoir à quelle heure tu vas arriver. Tu pries juste d’arriver, quelle que soit l’heure », précise Léonie, dépitée. « Il y a un mois, nous avons été délégués pour aller enterrer un membre de notre association. Nous sommes arrivés au moment de la collation. L’enterrement était terminé », poursuit-elle. En plus des embouteillages, le mauvais état de la route avait causé deux crevaisons à leur véhicule de type Coaster.
On se souvient également de ces corps bloqués sur la route. La cause : un camion s’était renversé entre Mombo et Njombé, du fait du piteux état de la chaussée, obstruant la circulation. L’image des cercueils attachés au-dessus des véhicules, se rendant à l’Ouest pour une inhumation, avait fait le tour des réseaux sociaux. Le jour s’était levé alors que la moitié du voyage n’avait pas encore été faite.
Les conséquences du mauvais état de la route sont innombrables. Les voyageurs partent plus tôt, et arrivent à destination plus tard, plus épuisés. En temps d’affluence, comme au mois d’août consacré aux réunions familiales à l’Ouest, les embarquements commencent vers 20h dans certaines agences, au lieu de 23h comme par le passé, lorsque la route était dans un état acceptable. Les usagers souhaitent que cette route qui compte plusieurs postes de péage soit réhabilitée. Quant aux autres, ils jurent de ne plus passer par Bafang-Batié -Baham-Bandjoun pour arriver à l’Ouest ou au Nord-Ouest.
Face à cette dégradation, le ministère des Travaux publics (Mintp) a entrepris depuis quelques jours des travaux en urgence, en régie, sur la nationale N°5. Le ministre des Travaux publics (Mintp), Emmanuel Nganou Djoumessi, y a effectué une visite le 1er septembre 2026, sur la section Bandjoun-Bafang afin « d’évaluer les travaux d’urgence engagés et apprécié les conditions actuelles de circulation sur cet itinéraire ». Sur le terrain, renseigne-t-on, « les équipes de la Brigade nationale des travaux en régie sont mobilisées pour rendre l’itinéraire circulable ». Les travaux en cours ont été engagés dans l’attente, assure le Mintp, « dans l’attente du processus de contractualisation des marchés liés à la reconstruction de cette route de 218,9 km ».
Repères
Longue de près de 219 kilomètres, la route nationale Nº5 Douala-Bafoussam, via Bafang, dessert toute la région de l’Ouest avec ses huit départements, à savoir les Bamboutos, le Haut-Nkam, les Hauts-Plateaux, le Koung-Khi, la Menoua, la Mifi, le Ndé et le Noun. Tout comme elle permet de rallier également le chef-lieu de la région du Nord-Ouest, Bamenda, et les autres villes avoisinantes, si l’usager ne choisit pas d’emprunter l’autre voie, Santchou-Dschang. La construction de cette route remonte vers 1900, avec l’ancienne piste coloniale allemande qui reliait Douala à Nkongsamba, laquelle servait aussi de base pour le chemin de fer du Moungo, dédié à l’évacuation des produits agricoles.



