Nouvel an 2024 : Camerounaises, Camerounais, serrez davantage la ceinture !

Dans son discours de fin d’année, le président de la République s’est appesanti sur les tensions de trésorerie de l’Etat.



Paul Biya, discours à la nation le 31 décembre 2023.

Par Cyril Essissima


« Il est loisible de constater que malgré la bonne volonté des pouvoirs publics, la mise en œuvre des différents projets devant permettre de répondre aux aspirations de nos populations se heurte à une contrainte majeure. Celle de l’insuffisance des ressources financières nécessaires. » Ce triste diagnostic est du président de la République, à l’occasion de son message de fin d’année à la nation le 31 décembre 2023 et du nouvel an 2024. Bien que Paul Biya ait passé en revue quelques projets en cours de réalisation, il a semblé dire à demi-mots aux Camerounais que 2024 sera encore plus difficile.

Le nerf de la guerre trouvera sa source dans l’approvisionnement en produits pétroliers. Malgré les efforts du gouvernement pour « assurer l’approvisionnement continu du marché », ainsi que pour subventionner les importations de produits pétroliers « dans le but de maintenir les prix à la pompe à leur niveau actuel », les Camerounais sont prévenus que les prix vont inexorablement augmenter. La raison en est que « les difficultés du secteur sont toutefois plus larges et plus complexes », explique le chef de l’Etat. Dans le même temps, le président fait savoir que « le poids de ces subventions pèse lourdement sur notre budget et rétrécit considérablement les ressources, dont nous avons le plus grand besoin ». Par exemple, les deux dernières années, la subvention des carburants est passée de plus de 1000 milliards Fcfa en 2022 à environ 640 milliards de Fcfa en 2023. Pour ne pas siphonner indéfiniment le trésor public, « nous n’aurons très certainement pas d’autre choix que de la réduire de nouveau », prévient Paul Biya. Néanmoins, le président de la République dit qu’il « [veillera] à ce que les ajustements nécessaires n’impactent pas substantiellement le pouvoir d’achat des ménages ». Sans doute, compte-t-il sur « la réhabilitation de la Sonara », dont il a prescrit « l’accélération », et qui « devrait contribuer à améliorer la situation dans le secteur ».

Rationalisation des dépenses publiques

Mais il faut absolument trouver des niches d’argent pour que l’Etat continue de subvenir à ses charges. Entre autres solutions prônées par Paul Biya : « la rationalisation des dépenses publiques, de même que la recherche des voies et moyens supplémentaires d’accroître les ressources publiques ». Le gouvernement est ainsi invité à réduire les dépenses de fonctionnement. Le chef de l’Etat annonce en outre l’« intensification » de la lutte contre la corruption et les détournements de deniers publics, ceci afin de préserver les ressources publiques.

L’économie des ressources passe également par la réduction des importations. Le cheval de bataille ici est le plan triennal intégré d’import-substitution pour la période 2024-2026. Selon le président, « ce plan, en renforçant notre souveraineté alimentaire, devrait réduire l’impact négatif des importations sur notre balance commerciale. Le déficit y afférent est évalué à un peu plus de 1500 milliards Fcfa par an ».

Pour renflouer les caisses de l’Etat, Paul Biya compte d’une part, sur l’élargissement de l’assiette fiscale face à la baisse des recettes pétrolières ; et d’autre part, sur l’exploitation des réserves minières, en particulier l’or. Le président se réjouit au passage du démarrage des projets miniers annoncés l’année dernière, notamment l’exploitation des gisements de fer de Kribi-Lobé, Bipindi-Grand Zambi et Mbalam-Nabeba.
Observons cependant que nulle part dans son discours, le président de la République ne fait allusion à la décentralisation qui pourtant a été brandie comme la clef du développement.

Au demeurant, le chef de l’Etat lie la conjoncture interne au « contexte international de plus en plus difficile », lequel est marqué par « la persistance de la guerre dans l’Est de l’Europe » d’une part, et « la résurgence, en octobre dernier, du conflit israélo-palestinien, qui a exacerbé les clivages au sein de la communauté internationale et accapare désormais son attention, d’autre part.