Kribi : 1 800 m² au cœur d’une bataille foncière

Acquis par voie de concession en 2014, la communauté du Grand-Mbam-Océan dénonce une cession irrégulière et se mobilise pour faire valoir ses droits.

Lazare Kingue

 

Les villageois sur le site 

 

Le litige autour de la parcelle de 1 800 m² située à Ngoye-Reserve, dans la zone dite « Antenne Orange », a connu une première issue administrative. Par décision du 5 août 2026, le sous-préfet de Kribi II, Hector Eto Fame, a ordonné la suspension des travaux entrepris par sieur Mouri Blaise sur une portion du domaine national, invoquant un « trouble de jouissance » et la nécessité de « préserver l’ordre public ».

La crise a éclaté le 4 août 2026. Tôt dans la matinée, la communauté du Grand-Mbam-Océan, conduite par Sa Majesté Justin Baliaba, a constaté l’arrivée d’engins de terrassement sur le site. L’aménagement en cours a été interrompu. Des bornes ont été arrachées, des poteaux en béton brisés et la plaque officielle vandalisée.

Cette dernière portait pourtant la mention : « Terrain de la communauté du grand Mbam-Océan.  Pas à  vendre. Arrêté ministériel N°000939/Mindcaf/Sg/D1/012 du 30 juillet 2014 ». C’est précisément cet arrêté que la communauté invoque pour justifier l’attribution du site par voie de concession en 2014. Pour Sa Majesté Justin Baliaba, il s’agit d’une « cession frauduleuse ». Il reproche à Mouri Blaise d’être entré sur les lieux avant de les céder à un acquéreur qui aurait aussitôt entrepris des travaux. Sollicité, ce dernier n’a pas souhaité s’exprimer.

Le 4 août, vers 10 heures, près d’une centaine de membres du Grand-Mbam se sont rassemblés sur place pour défendre leurs droits. Le chef a fait intervenir un technicien du cadastre afin de rétablir les limites de la parcelle et a annoncé le lancement prochain des travaux du foyer communautaire, une infrastructure destinée à fédérer les ressortissants du Grand-Mbam dans le département de l’Océan.

Recours à la justice

Saisi d’une requête, le sous-préfet a réagi rapidement. Il a prescrit l’arrêt immédiat des travaux et instruit le commandant de brigade de gendarmerie de Dombe ainsi que le commissaire de sécurité publique du 3ᵉ arrondissement de Dombe de veiller à l’application de la mesure. L’article 2 de la décision prévoit des poursuites contre tout contrevenant.

Si cette décision a contribué à calmer les esprits sur le terrain, la communauté entend poursuivre ses démarches. Omobiona Eugénie Claire, membre du Grand-Mbam, fait part de l’amertume générale. « C’est regrettable ce que fait notre grand frère et père Mouri », déplore-t-elle.

Elle rappelle que le terrain doit devenir le « siège » de rassemblement de la communauté, à l’image des foyers d’autres communautés de Kribi. Tout en condamnant ce qu’elle considère comme une atteinte aux intérêts du Grand-Mbam, elle réaffirme sa confiance dans les institutions. « Nous savons que l’État rendra un jugement équitable pour nous restituer ce qui nous revient », affirme-t-elle.

De son côté, Sa Majesté Justin Baliaba brandit l’option judiciaire si la conciliation venait à échouer. « Nous défendrons nos droits devant la justice à laquelle nous croyons », assure-t-il, tout en appelant ses membres à la retenue afin d’« éviter tout débordement sur le site ». Nos tentatives pour recueillir la réaction de Mouri Blaise sont restées vaines.