Secteur informel : Une question de survie

Selon un rapport publié en juillet 2026 par The Okwelians, près de 90% de la population active du Cameroun y est contrainte faute de mieux.

Guy Martial Tchinda 

Solutions proposées !

Au Cameroun, 86,7% de la population active travaille dans le secteur informel. Ce chiffre de l’Institut national de la statistique est réparti, selon la 3e Enquête sur l’emploi et le secteur informel réalisée en 2021, entre le secteur informel non agricole (52,0%) et l’informel agricole (34,7%). Pas très loin des 90% enregistrés depuis 2005.  

Mais, vous êtes-vous déjà demandé pourquoi ? The Okwelians s’est posé la question pour vous. Mieux, il s’emploie à expliquer cette situation dans son rapport intitulé « Entreprendre sans l’État : comprendre le choix de l’économie informelle », publié en juillet 2026.  En effet, « La majorité des personnes qui exercent dans l’économie informelle n’ont pas fait le choix de l’informalité. Elles ont fait le choix de survivre, dans un système économique qui ne leur a pas encore offert d’alternative viable. L’informalité de subsistance dit moins quelque chose sur les individus que sur le système qui les a laissés sans alternative », explique The Okwelians.  

Dans le détail, cette situation s’explique par deux mécanismes. D’un côté, le marché du travail formel qui n’absorbe pas la totalité de la main-d’œuvre disponible, car 300 000 jeunes arrivent chaque année sur le marché, alors que le secteur formel n’a créé en moyenne que 70 000 emplois par an entre 2015 et 2022. De l’autre, le système éducatif produit des profils en décalage avec les besoins des entreprises. « Faute de trouver un emploi correspondant à leur formation, les jeunes diplômés descendent dans le secteur informel pour générer un revenu. Faute de compétences reconnues, ils n’ont accès qu’aux activités les moins rémunératrices », lit-on dans le rapport.  

Face à cette situation, The Okwelians invite l’État à rouvrir le dialogue emploi-formation interrompu depuis 2005, à orienter l’apprentissage selon les besoins du marché et à instaurer un statut d’auto-entrepreneur certifié offrant un enregistrement simplifié ainsi qu’une couverture sociale. De même, il recommande au secteur privé de publier ses besoins en main-d’œuvre, de constituer des fonds de formation et d’accompagner les sous-traitants informels. « La réponse à l’informel de subsistance ne réside pas dans la formalisation en tant que telle. Elle se trouve en amont : dans la création d’emplois formels accessibles et dans un système de formation qui prépare effectivement les actifs aux opportunités existantes. Tant que ces deux enjeux structurels ne seront pas adressés, les politiques de formalisation risquent de traiter la surface du problème sans en atteindre les fondements », tranche The Okwelians. 

The Okwelians est un Think Do Tank réunissant une communauté engagée de 3 200 personnes, dont 200 membres actifs et sympathisants, Camerounaises et Camerounais, répartis sur quatre continents et désireux de promouvoir une culture d’innovation sociale au Cameroun. Pour cette organisation fondée en 2020 par Jacques Jonathan Nyemb, l’informel de subsistance n’est pas le problème. C’est le symptôme.