Banques : Chèque de calvaire

De nombreux usagers n’arrivent pas à percevoir leur argent, cinq jours à une semaine après avoir déposé des chèques, pour défaut de compensation.

Ibin Hassan 

Laurène est responsable du département financier dans une petite et moyenne entreprise (Pme) à Douala.  Le jeudi 6 août 2026, elle se présente devant un guichet de Scb – Cameroun, l’établissement bancaire où est domicilié le principal compte de la Pme qui l’emploie. Cinq jours plus tôt, elle y a déposé un chèque de 5 millions Fcfa. Sereine, hyper motivée et les yeux étoilés à l’idée de percevoir cette somme d’argent destinée au renouvellement du parc informatique et aux paiements de quelques charges incompressibles mensuelles de l’entreprise, elle est loin de se douter que son espoir va bientôt se dégonfler comme un ballon de baudruche.

La sentence de la gestionnaire du compte de l’entreprise qu’elle consulte tombe tel un couperet : « votre chèque n’est pas passé en compensation, il faut repasser demain ».

Perturbations

C’est alors qu’elle informe son supérieur hiérarchique de la situation, qui lui-même n’en revient pas, mais prend son mal en patience. Le lendemain, vendredi 7 août 2026, Laurène est ponctuelle au rendez-vous. Mais derrière la baie vitrée, les lignes n’ont pas bougé. Le chèque n’est toujours pas compensé. Cette opération qui prend en moyenne 72h en temps ordinaire n’est pas réglée six jours après !

Il est 11h et son interlocutrice, l’air agacé, l’invite à revenir à 14h. Elle s’exécute. À 14h, toujours rien. La gestionnaire explique à Laurène, qui va devoir rentrer une fois de plus bredouille, que ces dysfonctionnements sont causés par le basculement au Système de télécompensation en Afrique centrale de 2e génération  (Systac II) initié par la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac).  Depuis le 30 juillet 2026, suivant des informations recueillies dans différents établissements de  crédit, le nouveau système enregistre des perturbations, qui pénalisent de nombreux clients. Lesquels commencent à perdre patience.

D’après une source interne à la Beac : « quelques jours après la mise en production de Systac II, la nouvelle plateforme régionale de télécompensation, les premiers indicateurs d’exploitation témoignent d’une montée en puissance progressive de l’infrastructure. Si les équipes ont dû gérer certains ajustements inhérents à une migration d’un système critique, les volumes d’échanges et le taux de participation des établissements financiers progressent de manière significative ».

Notre source ajoute que « les prochaines semaines permettront d’achever les ajustements liés à cette transition, dans un contexte où les indicateurs de participation et de volumes témoignent déjà d’une appropriation croissante de la nouvelle plateforme par les établissements financiers ». La mise en exploitation de Systac II fait l’objet d’un déploiement échelonné. Alors que l’instruction communautaire a été adoptée le 17 novembre 2025, les banques et établissements assujettis procèdent individuellement à l’installation et à l’homologation de leurs convertisseurs techniques depuis juillet 2026.

Ajustements techniques

Ibin Hassan 

Selon les données opérationnelles de la Beac, la nouvelle plateforme comptabilise 71 participants dans l’ensemble de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Le taux de participation est passé de 93 % lors de la deuxième journée d’exploitation à 97 % dès la troisième journée, niveau maintenu le lendemain.

Les volumes traités illustrent également cette montée en puissance : 25 126 transactions le 4 août ;19 350 transactions le 5 août et 27 303 transactions le 6 août.

Parallèlement, la valeur des échanges est passée de 43,2 milliards Fcfa à 58,6 milliards, puis à 73,2 milliards Fcfa en l’espace de trois journées.

Les premiers jours d’exploitation ont conduit les équipes de la Beac à gérer plusieurs situations opérationnelles : régularisation d’un déficit de provision d’un participant, prolongation exceptionnelle d’une session de compensation, ainsi que quelques lenteurs ponctuelles du réseau. Les comptes rendus internes indiquent toutefois que ces événements ont été pris en charge sans remise en cause du fonctionnement global de la plateforme, les équipes de la Beac restant mobilisés pour accompagner les participants.