
C’est à travers un roman qui vient de paraître aux Éditions Guiguess et dédicacé le 25 juillet 2026 à l’Alliance Française de Maroua.
Jacques Kaldaoussa
Parler de l’infertilité et surtout des affaires liées au sexe en général demeure un sujet tabou dans les communautés des régions septentrionales du pays. Mais, une jeune dame a osé percer ce mystère en mettant ce sujet au centre du débat public. Jacqueline Doudou, enseignante de profession y a consacré un livre intitulé « Le joug de l’infertilité ». Ce livre retrace l’histoire de Dana, une jeune femme hantée par l’infertilité dans son couple. Dans ce roman, l’écrivaine peint en 4 tableaux les turpitudes du couple face à la difficulté de procréer, les pressions familiales dans une société où l’infertilité est considérée comme un crime. Un sujet autrefois tabou, la narratrice Jacqueline Doudou peint dans ce roman de 180 pages paru aux éditions Guiguess une description d’une société enchaînée par la tradition d’antan et les préjugés, les clichés et les stéréotypes autour de ce phénomène.
« Le joug de l’infertilité » de Jacqueline Doudou porte sur ses épaules l’injustice sociale imposée par cette même société. « Dans l’ouvrage, je décris les conséquences liées au problème d’infertilité et au poids des préjugés dans un couple. Comme piste de solution à ce phénomène difficile à soigner, il faut de la patience. L’inspiration m’est venue des observations dans mon entourage, des causeries, des entretiens et des enquêtes auprès des victimes », indique l’auteure. Jacqueline Doudou est originaire de Soulédé, dans le département de Mayo-Tsanaga, région de l’Extrême-Nord au Cameroun. Professeure des lycées d’enseignement secondaire général, elle s’est inspirée de son environnement pour écrire ce livre.
Pour rappel, Guiguess Editions est une maison d’édition indépendante créée en 2023 à Moulvoudaye, dans le département du Mayo-Kani, région de l’Extrême-Nord par son promoteur Esau Gaya. Elle est engagée dans la promotion de la littérature africaine et le savoir scientifique au-delà des frontières. Elle accompagne les auteurs à chaque étape de leur projet éditorial afin de produire des ouvrages de qualité et répondant aux standards internationaux.
Bonnes feuilles
Ce matin, maman Rachel a débarqué à la maison en compagnie de Martine, la sœur ainée de Georges, décidées d’en finir avec ce mariage : En entrant brusquement dans la cour, Martine furieuse claque le portail. Elle ne peut plus retenir sa colère et crie dans tous les sens : Anita, espèce de ventre vide, femme stérile, sort ici. Anita a tiré son foulard pour le nouer rapidement et se dépêcher de s’assoir dans un coin du salon, pour les saluer. Rachel tournant son talon, les mains autour de la taille, répliqua farouchement : garde tes salutations pour toi. Tu es une sorcière et, c’est surement toi qui mange tes propres enfants dans ton ventre maudit là. Tu es assise chez mon fils à remplir le cabinet pour rien ; nous en avons marre. Libère mon fils. Il doit prendre une autre femme pour me donner des petits enfants.
Georges tente timidement d’apaiser la situation : calmez-vous, parlez doucement, asseyez-vous. Maman Rachel agitant sa main prête à l’action en direction de Georges ajouta : espèce de vendu ; cette femme stérile t’a fait manger quoi pour que tu la défendes encore ? Tous tes amis ont déjà plusieurs enfants, c’est assez. Martine pour envenimer la situation lança sèchement : tu dois divorcer de cette stérile qui te sert de femme. Tu dois épouser la jeune fille de terminale dont tu m’avais parlé. Elle te donnera surement des enfants très vite. Anita qui pleure, s’est écroulée sans aucun argument pour se défendre. Elle vient d’apprendre dans la foulée que, Georges a une maitresse. Les deux femmes ont claqué la porte de toute leur force. Elles sont reparties satisfaites d’avoir dit ses vérités à Anita puisque, c’est à elle de porter la grossesse. Le secret de Georges vient d’être dévoilé. Il a rapidement tiré sa moto pour se réfugier au lycée. Anita a passé toute la journée sans manger, assise dans un coin du salon. Elle fixait sans arrêt les photos de leur mariage placées dans des cadres qui surplombent le salon. Elle en décroche une qu’elle serre tendrement en souvenir du beau jour. P 94-95
Réactions
Esau Gaya, Éditeur
L’infertilité touche la société africaine en général.

Tout d’abord, c’est un plaisir pour nous d’accepter d’éditer ce livre. « Le joug de l’infertilité » est un phénomène qui touche toutes les couches sociales en Afrique. La société africaine est frappée par ce fléau. Lorsqu’il y a infertilité dans un couple, les premières accusations sont dirigées vers les femmes. Mais dans cet ouvrage de Jacqueline Doudou, elle indique que ce n’est unilatéralement la femme, ça peut provenir aussi des hommes. Elle tire la sonnette d’alarme et propose des solutions pour parer à toute éventualité. Elle indique dans l’ouvrage que les couples qui vivent cette situation doivent faire preuve de compréhension, d’acceptation et de résilience. Ce n’est pas une fin en soi. L’infertilité requiert également de la persévérance et des moyens financiers pour endiguer le phénomène.
Jacqueline Doudou, auteure
L’infertilité est généralement imputée aux femmes en Afrique.

Le manque de procréation en Afrique est généralement imputé à la femme parce que c’est elle qui doit porter la grossesse. Lorsqu’il n’y a grossesse, directement on dit: « Sa femme n’accouche pas ». Or, c’est sans savoir que le problème peut également provenir de l’homme ou d’autres facteurs génétiques ou même naturels. Pour mieux expliciter ce phénomène, nous avons mené des enquêtes, des entretiens avec les femmes victimes de ces préjugés, des observations celles qui en ont souffert pour tirer la sonnette d’alarme sur un problème que beaucoup considèrent comme un tabou dans notre société. Cependant, ce roman ne clot pas le débat sur l’infertilité mais ouvre une réflexion sur le sujet pour multiplier les pistes de solutions. C’est un phénomène qui a des conséquences désastreuses et qui cause des déséquilibres et des problèmes dans les foyers comme je l’ai décrit dans l’ouvrage.



