Armée camerounaise : Visage et profils des nouveaux généraux

Le président de la République, Paul Biya, a promu le 03 août 2026 quatre colonels de l’armée de terre et un cinquième issu de la gendarmerie nationale au grade de général brigade. Au-delà des ajustements rendus nécessaires par des départs à la retraite ou des décès, cette nouvelle vague de nominations confirme une tendance observée ces dernières années : le rajeunissement progressif du haut commandement, un an seulement après la désignation de sept autres officiers généraux. Mutations présente les nouveaux hauts gradés.

Jean De Dieu Bidias  

Mesmin Magloire Aristide Eloundou E.

Deux étoiles pour faire briller les pandores

À 59 ans, le colonel Mesmin Magloire Aristide Eloundou Eloundou entre dans le cercle des officiers généraux de la gendarmerie camerounaise. Par décret présidentiel signé le 03 août  2026, Paul Biya l’a élevé au grade de général de brigade, faisant de lui le seul représentant de la gendarmerie parmi les cinq officiers supérieurs promus ce jour-là – les quatre autres sont tous de l’armée de terre. Dans la foulée, un second décret le nomme directeur central de l’administration et de la logistique au secrétariat d’État à la Défense (Sed) chargé de la gendarmerie. Il aura désormais la responsabilité de coordonner les services logistiques, techniques, financiers, domaniaux et infrastructurels de ce corps. Cette promotion marque le retour d’un officier au parcours atypique, qui quitte la Direction générale de la recherche extérieure (Dgre), le service de contre-espionnage du Cameroun. Depuis décembre 2023, il y occupait les fonctions de directeur général adjoint, succédant au commissaire divisionnaire Monkouop Mouminou, évincé dans le sillage de l’incarcération puis du limogeage de l’ancien directeur général, Maxime Eko Eko, à la suite de l’affaire de l’assassinat, en janvier 2023, de l’animateur Martinez Zogo.

Durant près de trois ans, ce titulaire d’une licence en droit privé francophone a travaillé sous l’autorité directe de Jean-Pierre Robins Ghomou, l’actuel patron de la Dgre. Au lendemain du meurtre de Martinez Zogo, il s’était retrouvé en première ligne des investigations préliminaires ayant conduit aux premières arrestations de suspects, en collaboration avec la légion de gendarmerie du Centre, avant même la création, le 06 février 2023, de la commission d’enquête mixte police-gendarmerie décidée par le chef de l’État. Un rôle qui explique pourquoi il est aujourd’hui attendu comme témoin devant le Tribunal militaire de Yaoundé. Originaire du Mfoundi, le siège des institutions de la République, dans la région du Centre, le nouvel officier général connaît bien les rouages de la gendarmerie. Entre mars et décembre 2023, il a cumulé les fonctions d’adjoint au directeur central de la coordination (un poste qu’il occupait depuis 2019) avec celles de directeur de l’emploi et des structures de la gendarmerie nationale.

Issu de l’École militaire interarmées (Emia), promotion 1995, Mesmin Magloire Aristide Eloundou Eloundou a complété sa formation en France. Diplômé de l’École des officiers de gendarmerie de Melun en 1998, il a également suivi un stage d’état-major à Maisons-Alfort en 2006. Un parcours mêlant expérience opérationnelle, renseignement et commandement, qui l’a conduit aujourd’hui à l’un des postes les plus stratégiques de la gendarmerie nationale.

 

Eli Romance Mezui Zo’o  

Un parachutiste aux commandes de la Brir

À 60 ans, Eli Romance Mezui Zo’o entre dans le cercle restreint des officiers généraux de l’armée camerounaise. Le décret présidentiel du 03 août dernier, qui l’élève au grade de général de brigade, s’accompagne d’une deuxième décision présidentielle le nommant à la tête de la Brigade d’intervention rapide (Brir), l’une des formations les plus redoutées et les plus stratégiques des forces de défense et de sécurité camerounaises. Rien ne prédestinait pourtant ce natif de la Vallée du Ntem, dans la région du Sud, à une carrière militaire. Titulaire d’un baccalauréat série D obtenu en 1989, il entame des études à l’ancienne Université de Yaoundé avant de réussir, en 1995, le concours de l’École normale supérieure. Mais l’enseignement ne retiendra que quelques mois celui qui nourrit déjà une fascination pour le métier des armes. La même année, il intègre finalement l’École militaire interarmées (Emia), préférant l’uniforme aux salles de classe. À sa sortie en 1997, une bourse l’emmène en Belgique pour parfaire sa formation dans une académie militaire.

Cette ouverture internationale sera complétée plus tard par des stages aux États-Unis. De retour au Cameroun, en 1998, il rejoint la Garde présidentielle (Gp), première étape d’un parcours qui le conduira progressivement au sein des unités les plus opérationnelles de l’armée de terre. En 2001, il est affecté au Bataillon des troupes aéroportées (Btap) de Koutaba, dans la région de l’ouest, où il devient chef de peloton quatre ans plus tard. Officier de terrain, il gravit méthodiquement les échelons. En 2014, il prend le commandement du 84e Bataillon d’infanterie motorisé dans la région de l’Est, avant de retrouver le Btap qu’il dirigera au grade de colonel. Son parcours est celui d’un spécialiste des unités d’élite, rompu aux opérations tactiques et aux environnements les plus exigeants. Il prend ainsi le commandement d’une unité qui demeure au cœur du dispositif sécuritaire.

Créée en 2001 et placée sous l’autorité directe du chef d’état-major des armées, cette force coordonne les principales unités de combat spécialisées, notamment le Bataillon blindé de reconnaissance, le Btap de Koutaba et le Bataillon spécial amphibie. En confiant cette responsabilité à Elie Romance Mezui Zo’o, le chef de l’État mise sur un officier dont toute la carrière s’est construite au contact des troupes de première ligne. Discret, peu présent dans l’espace public et davantage connu dans les casernes que sur les tribunes officielles, le nouveau général appartient à cette génération d’officiers qui ont bâti leur réputation dans l’action. Son accession au grade de général de brigade apparaît comme l’aboutissement d’un itinéraire marqué par près de trois décennies de service, de formation continue et de commandement opérationnel.

 

Raymond Jean Charles Beko’o Abondo

Le gardien en chef du pouvoir

À la Garde présidentielle (GP), son nom est presque devenu une institution. Élevé au grade de général de brigade par décret présidentiel du 3 août 2026, Raymond Jean Charles Beko’o Abondo voit consacrée une trajectoire exceptionnelle au sein de l’unité chargée de la protection du chef de l’État et du Palais de l’Unité. Plus remarquable encore, un second décret présidentiel le confirme à la tête de cette formation d’élite qu’il dirige sans interruption depuis le 25 janvier 2013, un record de longévité à ce poste. Né le 08 mai 1972 à Batouri, le nouvel officier général est le premier général à commander la Garde présidentielle depuis la création de cette unité en 1984. Une promotion qui marque un tournant dans l’histoire de ce corps stratégique et récompense un parcours construit presque entièrement en son sein. Titulaire d’un baccalauréat série D, Raymond Jean Charles Beko’o Abondo choisit très tôt la carrière des armes. Entre 1992 et 1997, il est formé à la prestigieuse Académie militaire d’Evelpidon, à Athènes, en Grèce. À son retour, il effectue un passage à l’état-major de l’armée de terre comme officier d’encadrement avant d’intégrer, en 1999, la Garde présidentielle, où il gravira méthodiquement tous les échelons.

Commandant de compagnie d’appui à partir de 2000, chef du Groupement de reconnaissance et d’appui en 2007, puis responsable des ressources humaines, il connaît la GP dans ses moindres rouages. Cette parfaite maîtrise de l’institution explique sans doute son accession, en janvier 2013, au commandement de l’unité, alors qu’il n’est encore que chef de bataillon. Promu colonel le 1er janvier 2019, il conservera les commandes pendant plus d’une décennie, fait rarissime dans les forces de défense camerounaises. Son parcours est également étroitement lié à l’évolution des forces spéciales camerounaises. Proche collaborateur du défunt colonel israélien Abraham Avi Sivan, artisan de la mise en place, en 1999, du Bataillon léger d’intervention (Bli), ancêtre du Bataillon d’intervention rapide (BIR), il dirige notamment la compagnie antiterroriste de la Garde présidentielle basée à Obala sous les ordres de l’alors capitaine de vaisseau Jean Mendoua, aujourd’hui chef d’état-major de la Marine au grade de vice-amiral. Il appartient ainsi au cercle restreint des officiers qui ont contribué à bâtir l’ossature du Bir.

Discret, peu porté sur la lumière médiatique, Raymond Jean Charles Beko’o Abondo s’est imposé par la constance, la discipline et une connaissance intime des mécanismes de la Garde présidentielle. Les réformes conduites sous son commandement ont contribué à renforcer la cohésion et les capacités opérationnelles de cette unité sensible. Avec ses deux étoiles de général, il ouvre désormais un nouveau chapitre, tout en demeurant l’homme fort de la sécurité rapprochée du président Paul Biya.

 

Epie Ngome Wilson

L’homme qui veille sur le ciel camerounais…depuis la terre

 

Pendant plus de deux décennies, Epie Ngome Wilson a fait carrière loin des projecteurs, dans l’un des segments les plus techniques et les plus sensibles des forces armées camerounaises : la défense antiaérienne. Depuis le 03 août dernier, cette trajectoire discrète est consacrée par un décret présidentiel l’élevant au grade de général de brigade. Le même jour, un second décret le propulse inspecteur des forces au ministère de la Défense, où il sera chargé d’évaluer l’état de préparation des unités, de contrôler leur fonctionnement, de veiller au respect des doctrines militaires et de formuler des recommandations destinées à améliorer l’efficacité opérationnelle des armées. Originaire du Kupe-Manenguba, dans la région du Sud-Ouest, le nouveau général n’aura passé que quatre années au grade de colonel. Une promotion rapide qui récompense moins une exposition médiatique qu’une expertise patiemment construite au fil des affectations.

Sorti de l’École militaire interarmées (Emia) de Yaoundé, promotion 1998-2000, Epie Ngome Wilson débute sa carrière au 31e Bataillon d’appui de Ngaoundéré, qu’il commandera entre 2014 et 2017. Mais, c’est à Édéa, dans le Littoral, que son parcours prend toute sa dimension. Chef d’état-major du 21e Régiment d’artillerie sol-air (Rasa) à deux reprises avant d’en devenir le commandant en 2021, il s’impose comme l’un des spécialistes camerounais de cette composante stratégique de l’armée de terre. Le Rasa n’est pas une unité comme les autres. Chargé de protéger les barrages, les ponts, les installations industrielles et les autres infrastructures sensibles contre les menaces venues des airs, il complète l’action de l’armée de l’air dans la surveillance du territoire. Sous son commandement, les entraînements se multiplient, les exercices de déploiement rapide deviennent réguliers et les équipages perfectionnent leur maîtrise de systèmes radar et d’armes de nouvelle génération. Pour cet officier, la technologie ne remplace jamais la compétence de ceux qui la mettent en œuvre.

Sa nomination à l’Inspection des forces sonne comme une évidence. À mesure que les États accordent une place croissante à la maîtrise de leur espace aérien, le Cameroun confie à l’un de ses meilleurs connaisseurs de la défense sol-air une mission qui dépasse désormais le commandement d’une unité : s’assurer que l’ensemble des forces demeure au niveau des exigences opérationnelles. Une nouvelle étape pour un officier qui, depuis le début de sa carrière, a fait du ciel camerounais son principal théâtre d’engagement.

Oumar Nchankou Mbouombouo Njindam

Le général qui bouscule la hiérarchie des âges

La trajectoire d’Oumar Nchankou Mbouombouo Njindam a pris un nouveau tournant le 03 août dernier. Par décret présidentiel, cet officier supérieur a été élevé au grade de général de brigade avant d’être aussitôt porté à la tête de la 11ᵉ Brigade d’infanterie motorisée, basée à Ebolowa. Une double promotion qui consacre un militaire rompu aux opérations et aux responsabilités de commandement. Jusqu’à cette nomination, l’officier occupait les fonctions de sous-chef des opérations à l’état-major des armées, où il participait à la planification et à la conduite des opérations militaires. À quelques semaines de son 51ᵉ anniversaire, celui qui devient par ailleurs le plus jeune des généraux camerounais franchit une étape décisive dans une carrière construite au fil des missions de terrain et des postes stratégiques. Formé à la prestigieuse école militaire de Saint-Cyr, en France, puis à l’École supérieure internationale de guerre de Yaoundé, Oumar Nchankou Mbouombouo Njindam appartient à cette génération d’officiers dont le parcours conjugue formation académique et expérience opérationnelle.

 Il a servi dans plusieurs grandes unités, notamment à la Brigade du quartier général et au Centre d’instruction des forces armées de Ngaoundéré, avant de s’illustrer au sein des Bataillons d’intervention rapide (Bir). C’est sur les théâtres d’opérations que le nouvel officier général bâtit l’essentiel de sa réputation. Engagé dans l’opération Alpha contre les groupes terroristes dans l’Extrême-Nord, aux alentours de 2015, il commande ensuite la zone d’Idenau (Sud-Ouest) au sein du Bir Côte, dans le cadre de la guerre contre les groupes séparatistes anglophones qui éclate fin 2016. À la 21ᵉ Brigade d’infanterie motorisée de Buea, il exerce successivement les fonctions de chef du bureau des opérations et des renseignements, puis de commandant en second, consolidant son expérience des opérations interarmées et de la conduite des hommes.

Son parcours porte également les marques de l’engagement au combat. Blessé en 2016 lors d’une mission dans l’Extrême-Nord, il est décoré de la médaille de la vaillance et de la croix de la valeur militaire du Cameroun, deux distinctions qui saluent son courage en opération. En prenant les commandes de la 11ᵉ Brigade d’infanterie motorisée d’Ebolowa, où il succède au général Assoualai Blama, appelé à diriger l’École supérieure internationale de guerre, Oumar Nchankou Mbouombouo Njindam hérite d’un commandement hautement stratégique. Sa promotion apparaît comme la reconnaissance d’un parcours où le terrain, l’expérience opérationnelle et le sens du commandement ont constamment précédé les honneurs.