
En ouvrant la journée « Algérie » du Siarc 2026, hier mardi, le Minpmeesa a présenté l’expérience algérienne comme un levier pour structurer et professionnaliser la filière artisanale camerounaise.
Par Jean De Dieu Bidias
L’artisanat camerounais veut changer d’échelle en s’inspirant de l’Algérie, pays invité d’honneur de la 9ᵉ édition du Salon international de l’artisanat du Cameroun (Siarc), ouvert le 27 juillet 2026 à Yaoundé. C’est du moins l’ambition affichée derrière le choix de cet hôte pour être en vitrine à cette édition. Il s’agirait, pour le gouvernement du Cameroun, de s’inspirer d’un modèle africain ayant réussi à transformer un secteur traditionnel en véritable levier de croissance, de création d’emplois et d’exportation. Jusqu’au 05 août prochain, une quinzaine d’exposants algériens, conduits par le secrétaire général du ministère du Tourisme et de l’Artisanat, Bahabou Abderzak, présenteront au pavillon « Algérie » un large éventail de savoir-faire : dinanderie (transformation du cuivre), bijouterie traditionnelle, cosmétiques artisanaux, travail du sable, céramique d’art, broderie ou encore confection de tenues traditionnelles. Inauguré hier mardi par le ministre des Petites et moyennes entreprises, de l’Économie sociale et de l’Artisanat (Minpmeesa) du Cameroun, Achille Bassilekin III, ce pavillon constitue la vitrine d’une coopération que Yaoundé souhaite inscrire dans la durée.
Le membre du gouvernement camerounais fait savoir sans ambages que le choix de l’Algérie ne relève d’aucun hasard. « Le choix porté sur l’Algérie comme pays invité d’honneur de cette 9ᵉ édition (…) est loin d’être fortuit. Il se justifie par trois raisons principales », explique Achille Bassilekin III. La première tient au niveau de développement atteint par le secteur artisanal algérien. « L’artisanat algérien, sous toutes ses formes, s’impose comme une référence en Afrique », souligne le ministre. Au-delà de la richesse des produits, il met en avant « un professionnalisme avéré et reconnu dans le management de l’artisanat », qui fait de l’Algérie « un modèle » pour les pouvoirs publics camerounais. L’expérience algérienne retient particulièrement l’attention des autorités camerounaises en raison de son organisation institutionnelle. « Nous pouvons nous en inspirer, partager des expériences et poursuivre les missions de benchmarking que nous avons déjà effectuées dans ce pays. Le maillage territorial, avec des chambres implantées au niveau des wilayas et des autres collectivités territoriales, constitue un excellent exemple à suivre », insiste Achille Bassilekin III.
Accord de coopération
Cette coopération devrait rapidement prendre une dimension plus concrète. Les deux pays finalisent actuellement un accord de coopération destiné à renforcer les capacités des artisans, favoriser les transferts de compétences et développer les échanges commerciaux. Pour Yaoundé, il s’agit d’accélérer la professionnalisation d’un secteur encore largement dominé par l’informel, qui représenterait près de 80% des activités artisanales. L’exemple algérien est d’autant plus scruté que les performances économiques du secteur sont significatives. Selon la Chambre nationale de l’artisanat et des métiers (Cnam), l’Algérie compte aujourd’hui 470 266 artisans enregistrés. Ils génèrent plus de 1,4 million d’emplois directs et contribuent à hauteur de 400 milliards de dinars, soit près de 1 724 milliards Fcfa, au Pib du pays. À l’horizon 2030, Alger ambitionne de porter ce vivier à 700.000 artisans et 2 millions d’emplois.
Cette stratégie repose autant sur la valorisation des savoir-faire traditionnels que sur leur modernisation. Les autorités algériennes ont, notamment, engagé la numérisation du secteur grâce à une nouvelle carte professionnelle intégrant un QR Code, destinée à améliorer la traçabilité des artisans, la fiabilité des statistiques nationales et le pilotage des politiques publiques. Autant de chantiers susceptibles d’inspirer le Cameroun, où les difficultés d’identification des artisans, de structuration des filières et d’accès aux marchés limitent encore le potentiel économique du secteur. Pour Achille Bassilekin III, cette coopération ouvre ainsi « de réelles opportunités de partenariats entre les artisans camerounais et algériens », qui se traduiront par des échanges professionnels, des ateliers techniques, mais aussi par « le renforcement des opportunités d’exportation mutuelle au bénéfice de nos deux pays ».



