Recettes en baisse, dette pesante, tensions de trésorerie…en lançant la préparation du budget 2027, le Minfi a livré un diagnostic inhabituellement direct sur l’état des finances publiques.
Par Jean De Dieu Bidias
Pour la première fois depuis plusieurs années, le gouvernement expose publiquement l’ampleur des tensions qui pèsent sur les finances publiques. À l’ouverture du séminaire de lancement de la préparation du budget 2027, le 28 juillet 2026 à Yaoundé, le ministre des Finances (Minfi), Louis Paul Motaze, a dressé un tableau préoccupant de l’exécution budgétaire et des perspectives à court terme. Malgré une croissance économique estimée à 3,4% au 31 décembre 2025 et attendue à 3,5% à fin 2026, l’État peine à mobiliser les ressources nécessaires pour financer ses engagements. Premier signal d’alerte : les recettes budgétaires accusent un net retard. « Les recettes budgétaires totales de l’État s’élèvent à 1 331,4 milliards Fcfa [au premier trimestre de l’année en cours, Ndlr], en retrait de 212,7 milliards Fcfa par rapport à leur niveau au terme de la même période en 2025, pour un taux de réalisation de seulement 61% de l’objectif de 2 181 milliards Fcfa », a indiqué le ministre, d’entame de son propos. Une contre-performance qu’il attribue « à la faible mobilisation des recettes non pétrolières ainsi que des emprunts et dons ». Le recours au marché financier régional n’a pas permis de combler ce déficit. Le Minfi fait savoir que les émissions de titres publics n’ont rapporté que 98 milliards Fcfa, alors que le Trésor espérait en lever 160 milliards. Dans le même temps, les dépenses continuent de progresser. Elles atteignent 1 547,1 milliards Fcfa sur la période en revue, soit 215,7 milliards de plus que les recettes enregistrées sur la période.
Cette situation est aggravée par des engagements financiers particulièrement lourds de l’Etat. Le service de la dette extérieure, à lui tout seul, s’est élevé à 833,9 milliards Fcfa au cours des trois premiers mois de l’année, auxquels s’ajoutent une importante dette intérieure et 715,6 milliards Fcfa de restes à payer accumulés au Trésor à la fin de l’exercice 2025. À ces contraintes vient encore s’ajouter le coût des subventions aux carburants. « Malgré la hausse des cours mondiaux du pétrole, le gouvernement a choisi de maintenir le prix à la pompe stable afin de préserver le pouvoir d’achat des populations », rappelle Louis Paul Motaze. Depuis la reprise de la guerre au Moyen-Orient, notamment entre l’Iran et la coalition américano-israélienne, le trésor public a dépensé environ 274 milliards Fcfa pour soutenir les prix des carburants à la pompe. Cette option pourrait s’avérer lourde de conséquences pour l’ équilibre des finances publiques à court, moyen et long terme. Non seulement, comme s’en inquiète le Minfi lui-même, nul ne peut parier sur une issue rapide du conflit, le gouvernement du Cameroun court le risque de ne pas parvenir à signer son nouvel accord tant recherché avec le Fonds monétaire international (Fmi), farouchement opposé à la politique des subventions des carburants.
Assiette fiscale
Conséquence directe de ces déséquilibres, le déficit budgétaire s’est davantage creusé. « Ces contraintes ont entraîné une hausse du déficit budgétaire global à 1,0% du Pib en 2025, par rapport à l’objectif déjà révisé de 0,8% », reconnaît le ministre. Pour lui, « une telle situation appelle à une maîtrise de la dépense publique afin de garantir la viabilité de la dette et l’équilibre général de nos finances publiques ». Au-delà des difficultés immédiates, le gouvernement redoute une dégradation durable des conditions de financement. Louis Paul Motaze évoque un environnement international marqué par « un resserrement des conditions financières mondiales, des sorties de capitaux, une atonie du marché financier sous-régional, une recrudescence des tensions commerciales et une contraction du secteur pétrolier ». Sur le plan intérieur, il pointe « la chute drastique des appuis budgétaires, la baisse des revenus et les difficultés de trésorerie des entreprises liées en partie aux retards de paiement de l’État », estimant que ces facteurs rendent « hypothétique la possibilité de captation de ressources additionnelles en 2027 ». Face à la baisse progressive des recettes pétrolières, le ministre plaide pour une accélération de la mobilisation des ressources domestiques. « Il importe d’accroître les recettes internes non pétrolières, de scruter de nouvelles sources de financement et de rationaliser la dépense », insiste-t-il.

Il appelle, par ailleurs, à élargir l’assiette fiscale, à renforcer les administrations fiscale et douanière et à mieux exploiter les recettes non fiscales. Selon lui, un potentiel d’au moins 600 milliards Fcfa reste encore à mobiliser dans ce domaine. Le gouvernement mise également sur la conclusion d’un nouveau programme économique et financier avec le Fmi ainsi que sur un accès accru aux financements liés au climat et à l’environnement pour soutenir les investissements publics. Au-delà de la mobilisation des ressources, le Minfi réitère la nécessité d’améliorer la qualité de sa dépense de l’Etat. « Il y a une nécessité d’avoir une approche visant beaucoup plus à finaliser les projets en cours que de lancer de nouveaux projets », affirme-t-il. Le thème retenu pour la préparation du budget 2027, consacré au renforcement de l’état de service des investissements publics, traduit cette volonté de privilégier des infrastructures réellement fonctionnelles et capables de soutenir durablement la croissance.



