À l’Université de Dschang, la filière « pharmacie » brille par sa capacité à s’investir dans le développement des médicaments dans le but de s’attaquer à des pathologies précises qui créent des souffrances dans notre environnement. Cela s’est encore vérifié à l’occasion des soutenances des thèses d’exercice des lauréats de la troisième promotion. L’événement a eu lieu du 16 au 18 juillet 2026 dans les locaux de la Faculté de médecine et des sciences pharmaceutiques. Sur les 21 pharmaciens issus de cette cuvée, ils sont une dizaine à avoir formulé ce qui pourra être un jour des médicaments homologués.
Par Hindrich Assongo (Com-Uds)
Hypertension artérielle pulmonaire
Dr Loïc Fongang propose « Pulmocor »

Le désormais Dr en Pharmacie Loïc Fongang a formulé le « Pulmocor ». Il en a explicité les contours dans sa thèse intitulée : « Développement galénique et analytique de deux préparations pharmaceutiques pédiatriques de citrate de sildénafil pour l’amélioration de la prise en charge de l’hypertension artérielle pulmonaire ». Dans ce volume soutenu le 16 juillet 2026 à la Faculté de médecine et des sciences pharmaceutiques de l’Université de Dschang, il s’agit d’une solution qu’il met sur la table pour la prise en charge de l’hypertension artérielle pulmonaire chez les enfants, une maladie sous-diagnostiquée dans le contexte du Cameroun.
Tout part du stage que Loïc Fongang effectue à l’Hôpital régional annexe de Dschang à la faveur de sa 5e année d’études. « J’ai observé l’absence d’un médicament adapté à la population pédiatrique, pour contrer cette affection. En tant que pharmacien, j’ai décidé de développer un médicament pour améliorer la prise en charge de ces enfants-là », a-t-il indiqué. Pour arriver à son résultat, il est parti, non pas des plantes, mais des substances et médicaments déjà commercialisés sur le marché pharmaceutique camerounais, mais utilisés à d’autres fins chez les adultes.
Le Pr Ignas Tonle Kenfack, les Dr Ernest Djoko et Christian Ramsès Kuate ont formé un trio pour encadrer ce tout nouveau pharmacien. Des études scientifiques supplémentaires et un parcours d’homologation restent à parcourir pour arriver, pourquoi pas, un jour, à une mise sur le marché de cette solution thérapeutique. Directrice générale du Laboratoire national de contrôle de qualité des médicaments et d’expertise (Lanacome) et chef de département de pharmacologie et médecine traditionnelle améliorée à la Faculté de médecine et des sciences biomédicales de l’Université de Yaoundé I, le Pr Rose Ngono Mballa a présidé le jury de cette thèse préparée à l’Université de Dschang. Elle a exprimé la fierté d’avoir en face d’elle un jeune qui a la maitrise des fondamentaux du développement galénique. « Il a de l’avenir, et fait partie des jeunes sur lesquels le Cameroun peut compter, pour développer son industrie pharmaceutique », a-t-elle indiqué. Si un jour, vous voyez le « Pulmocor » en officine de pharmacie, vous pourrez situer ses racines à l’UDs.
Dysfonctions sexuelles masculines
Dr Linda Mbah Abieme propose « Aphrocrin »

À Mfou, dans le département de la Mefou et Afamba, une sexagénaire utilise, depuis plusieurs années, des plantes et fruits pour préparer une décoction que viennent chercher des hommes souffrant de dysfonctions sexuelles de tous ordres. Les témoignages de ces patients discrets indiquent un taux élevé de recouvrement de leur « puissance d’antan ». Une fois étudiante en pharmacie à l’Université de Dschang, la fille de cette détentrice de savoirs thérapeutiques traditionnels, Linda Abieme Mbah, décide de comprendre et d’expliquer comment et pourquoi ces deux substances végétales (Crinum zeylanicum et Aframomum melegueta) contribuent autant à régler des problèmes rencontrés par 57 % de la population masculine adulte au Cameroun.
Après plusieurs mois passés au laboratoire à faire des tests sur des rats Wistar, la désormais docteure en pharmacie arrive à la conclusion que l’association des extraits de ces deux composantes végétales a effectivement les effets thérapeutiques attendus sur les dysfonctions sexuelles masculines. Elle fait une formulation et une mise en gélules. La thèse de pharmacie qui a résulté de ce processus a pour titre : « Essai de formulation d’un médicament traditionnel aphrodisiaque à base de feuilles de crinum zeylanicum (Amarillydaceae) et Afromomum melegueta (Zingiberaceae) ».
La soutenance a eu lieu le 16 juillet 2026 à la Faculté de médecine et des sciences pharmaceutiques. Le médicament traditionnel ainsi formulé et mise en gélules a pour nom : « Aphrocrin ». Si la consommation des aphrodisiaques vendus en pharmacie se fait avant les rapports sexuels, la solution du Dr Abieme Mbah est appelée à être consommée comme un médicament sur plusieurs jours, indépendamment de l’activité sexuelle, sous prescription médicale. Il s’agit donc de corriger un déficit. Le jury constitué par la FMSP a accepté ce travail scientifique et a salué la présence en salle de la génitrice de la lauréate. Cette dernière a exprimé sa fierté de voir ses pratiques traditionnelles servir de point de départ à une étude scientifique rigoureuse. C’est la preuve de ce que l’Université de Dschang construit tous les jours des ponts avec ceux qui, sans avoir la casquette d’universitaire, sont détenteurs de savoirs utiles.
Le Pr Télesphore Nguelefack, le Pr Léon Tapondjou Azefack et le Dr Fanny-Aimée Essombe Malolo ont formé un trio pour encadrer ce travail de recherche. Ils sont unanimes sur le fait que des études supplémentaires restent à mener sur ce médicament avant d’envisager le parcours devant aboutir à son homologation. Dans l’immédiat, l’équipe travaillera par exemple sur la toxicité, paramètre important en matière galénique. De même, le matériel végétal qui a servi de base au travail du Dr Abieme Mbah pourrait avoir d’autres vertus thérapeutiques qu’il faut scientifiquement identifier. Pour toutes ces raisons, ils encouragent la jeune pharmacienne à envisager un parcours académique supplémentaire.



