Hector Marie Tchemo : Une carrière bâtie au fil des galons

Pendant plus d’un demi-siècle, il a servi l’armée camerounaise dans la discrétion, gravissant un à un les échelons jusqu’au grade de général de division. De Saint-Cyr aux plus hautes sphères du commandement, Hector Marie Tchemo laisse l’image d’un officier rigoureux, stratège et profondément attaché à l’institution militaire. Son admission en deuxième section marque la fin d’un parcours exceptionnel. Le départ du général de division Hector Marie Tchemo sonne non seulement le crépuscule d’une génération d’officiers qui ont accompagné la construction et la professionnalisation des Forces armées camerounaises, mais il annonce aussi l’ouverture d’un nouveau cycle au sommet du commandement militaire, où souffle désormais un vent de renouvellement.

Par Rebara Habra

​Il n’a brûlé aucune étape. Le général de division Hector Marie Tchemo a gravi, une à une, les marches de la hiérarchie militaire, porté par la discipline, le mérite et un sens du devoir unanimement reconnu. Son admission en deuxième section met un terme à plus d’un demi-siècle de service sous les drapeaux et referme le parcours d’un officier qui aura connu presque tous les niveaux de commandement. ​Issu de l’une des premières promotions d’officiers formées dans les années 1960, Hector Marie Tchemo construit sa carrière à la force du travail. De chef de section au bataillon d’intervention de Bafang à directeur de l’instruction au Centre d’instruction des Forces armées nationales de Ngaoundéré, il enchaîne les responsabilités. Il devient ensuite instructeur, puis commandant en second de l’École militaire interarmées (Emia) de Yaoundé, où il participe à la formation de plusieurs générations d’officiers.

​Originaire de Baham, dans la région de l’Ouest, et né en 1942, il nourrit très tôt l’ambition de servir sous l’uniforme. Après un baccalauréat en philosophie obtenu en 1962 au prestigieux collège Liberman de Douala, il intègre, en 1964, la prestigieuse École spéciale militaire de Saint-Cyr, en France, dans la promotion « Corse et Provence ». Ce premier jalon ouvre un parcours académique d’exception, poursuivi à l’École supérieure de guerre de Paris, dont il sort breveté au terme de la 103e promotion (1989-1991), avant de se spécialiser à l’Institut international de droit humanitaire de San Remo, en Italie.

​Fort de cette solide formation, il met son expertise au service des Forces armées camerounaises. Chef d’état-major du Quartier général à Yaoundé, puis chef d’état-major de la 3e Région militaire terrestre, il confirme son profil d’officier de terrain autant que de stratège. En 2009, il est nommé commandant de la Force multinationale de l’Afrique centrale (Fomac), avant d’occuper les fonctions de major général à l’État-major des armées. À ce poste, il coordonne plusieurs opérations stratégiques nationales et internationales et supervise des structures majeures, dont l’École supérieure internationale de guerre (Esig).

​Son nom reste également associé à l’opération Delta conduite à Bakassi en 2001, au plus fort des tensions entre le Cameroun et le Nigeria. Cette mission renforce son image d’officier méthodique, rompu aux environnements sécuritaires les plus complexes. Le 11 mars 2011, il est élevé au grade de général de division, point culminant d’une carrière entièrement consacrée au service de l’État. Discret, peu enclin à la médiatisation, Hector Marie Tchemo a longtemps évolué dans l’ombre du chef d’état-major des armées, le général René Claude Meka, dont il fut l’un des plus proches collaborateurs. Son influence s’est davantage exercée dans les états-majors que sur la scène publique.

​Son passage en deuxième section dépasse le simple départ d’un officier général. Pour de nombreux observateurs, il marque le retrait progressif d’une génération qui a accompagné la professionnalisation de l’armée camerounaise, la gestion du différend de Bakassi, la lutte contre Boko Haram et les crises sécuritaires contemporaines. ​Pour l’analyste-stratège Adrien Macaire Lemdja, ce départ pourrait ouvrir un nouveau cycle au sommet de la « Grande Muette ». « L’armée camerounaise n’est pas coutumière des bouleversements spectaculaires. Depuis plusieurs décennies, les transitions s’opèrent dans la continuité. Pourtant, les derniers mouvements observés au sein des forces de défense semblent dessiner la fin d’un cycle », analyse-t-il.

​Selon lui, le renouvellement du haut commandement devra préserver un équilibre délicat entre ancienneté, compétence opérationnelle, fidélité institutionnelle, confiance présidentielle et représentativité. Un exercice d’équilibriste dans lequel l’enjeu ne sera pas seulement de remplacer des hommes, mais aussi de transmettre une mémoire stratégique tout en préparant une nouvelle génération de chefs capables de répondre aux défis sécuritaires du XXIe siècle.