Violence en milieu jeune : Précarité financière et stigmatisations sur le banc des accusés

C’est le résultat de la recherche-action de l’organisation non gouvernementale Scp/Ppim sur ce phénomène qui gangrène de plus en plus la société camerounaise.

Les membres autour du Minjec.

Par Désiré Domo


Le 7 juin 2023. La toile est envahie par les images d’un jeune homme arrêté à Foumbot, région de l’Ouest, pour avoir poignardé à couteau  son ami. L’incident tragique se produit après une vive altercation entre eux, alors que les deux alliés prenaient un verre dans un bar populaire. Des cas d’accident de cette nature, l’on enregistre à la pelle depuis quelques années au Cameroun. Et la tranche de la population souvent à l’origine est la jeunesse. Pour décourager ces pratiques en milieu jeunes, le Service civil pour la paix de pain pour le monde (Scp/Ppim) au Cameroun a engagé une série de réflexions sur les réelles causes de cette augmentation des violences en vue de trouver la stratégie adéquate pour la contenir.

Ceci étant, une recherche-action initiée et menée à cet effet nourrit l’objectif de produire des éléments pertinents permettant d’établir et de comprendre la nécessité de prise en compte de l’éducation à la paix dans les milieux éducatifs formels et informels. L’étude lancée par le réseau Scp/Ppim au Cameroun a touché 326 personnes sur 20 arrondissements des 10 régions du pays. La population cible de l’étude est constituée des principaux groupes socioculturels vivants dans ces localités avec un accent particuliers sur les groupes vulnérables comme les déplacés internes, les groupes ethniques minoritaires et autochtones, ainsi qu’une sensibilité pour le genre et les classes d’âge.

Parlant des classes d’âge, la borne de 26-30 est la plus représentative dans cet échantillon avec 61 jeunes interrogés, soit un pourcentage de 18,7%. Les résultats de ladite recherche-action ont été présentés le 6 décembre dernier à Yaoundé. C’était au cours d’une cérémonie présidée par le ministre de la Jeunesse et de l’Education civique, Moumouna Foutsou au campus de l’Université protestante d’Afrique centrale. « La paix n’est pas une préoccupation particulière de l’Eglise évangélique du Cameroun (Eec). La paix est une réalité de notre nation. Nous voulons donc travailler pour et associer tous les niveaux de notre pays qui peuvent nous y accompagner », explique Alexandre Billa Mbenga, président de l’Eec.

De cette étude, il ressort que les violences en milieu jeune sont particulièrement une conséquence de la précarité financière (38,6%) que vivent les jeunes ou leurs familles et les stigmatisations selon le milieu social (30,7%) ou l’environnement de vie de certains individus. « La seule chose qui nous a paru nouvelle c’est que contrairement à ce qu’on pense, ce n’est pas en milieu éducatif qu’ils s’expriment mieux, mais plutôt au niveau des espaces publics », renseigne le coordinateur du comité scientifique, Pr Célestin Tagou.  Seulement, si les jeunes sont devenus plus violents, ils ont des espaces où ils les expriment le plus. Il s’agit de la rue (43,8% des lieux cités, les lieux éducatifs (32,4% des propositions) et le cadre familial (18,9%).

Puisque ce sont les jeunes qui sont cités dans cette recherche-action, ces derniers souhaitent avoir un emploi et communiquer convenablement avec leurs ainés. « Quand nous avons démarré ce programme en 2011, nous avons mis la jeunesse au premier plan », indique Florentine Nekdem Fandio, coordinatrice nationale Service paix civil.