Encore appelée « Ministre de la décolonisation », la promotrice des « Poupées Zinga » dit vouloir protéger et promouvoir l’identité africaine aujourd’hui en proie aux effets pervers de la mondialisation.

Par Cyril Essissima
Qu’est-ce qui a motivé en vous la création de poupées noires et pourquoi avoir baptisé ce concept « Poupée Nzinga » ?
L’immense majorité des jeunes femmes d’aujourd’hui moi y compris avons grandi dans un environnement où absolument rien ne nous prédisait à apprendre à nous connaître, à nous accepter telles que nous sommes. La poupée est un puissant outil de transmission des valeurs culturelles chez l’enfant. La poupée utilisée à bon escient peut être un excellent outil éducatif ; elle peut permettre à l’enfant de se sociabiliser avec son futur rôle d’adulte et d’accepter sa différence culturelle et de peau, etc.
Suite à ce constat, il fallait donc proposer une alternative à ce qui se fait déjà depuis d’innombrables années d’où la décision de mettre sur le marché un jouet auquel nos enfants peuvent intégralement s’identifier. Il s’agit d’un projet de longue haleine mûrement réfléchi qui épouse le sillage que nous nous sommes donné il y a de nombreuses années déjà lorsque nous avons débuté l’ensemble de ce qui est fait aujourd’hui.
S’agissant du nom « Poupée Nzinga », j’ai voulu marquer le coup avec ce nom emblématique que je porte déjà depuis plusieurs années comme pseudonyme. Pour rappel, « Nzinga » fût reine du royaume de Njinga du Ndongo et du Matamba actuel Angola. Elle est un véritable symbole de ce que peut représenter l’éveil, la bravoure des femmes en particulier et du peuple Africain en général. Donner ce nom aux poupées m’a semblé être une évidence dans la continuité de tout ce qui a déjà été fait jusqu’ici.
Où avez-vous appris cette technologie ?
Pour le moment, nous faisons confectionner les poupées à l’étranger et nous n’en sommes pas très fiers. Depuis le début de cette aventure, l’objectif est surtout de pouvoir dans un futur proche réaliser cela sur place. Des actions sont déjà entreprises pour faciliter une implantation locale de la production afin de toucher une plus grande frange de la population. Le but étant que chacun enfant puisse avoir accès à une poupée à moindre coût.
L’objectif d’amener nos enfants à aimer leur couleur de peau à travers les « Poupées Nzinga » s’apparente aussi à un combat chez-vous.
De votre point de vue, l’identité africaine est menacée par quoi aujourd’hui ?
Amener nos enfants à aimer leur couleur de peau est bien plus qu’un combat chez nous. C’est littéralement ma raison de vivre, ma motivation quotidienne. L’identité africaine est menacée par à peu près tout aujourd’hui ; la mondialisation n’aidant vraiment pas. La mondialisation nous a mis au contact de nombreuses cultures, croyances, us et coutumes étrangères sans que nous n’ayons le temps de consolider les nôtres compte tenu des nombreuses violences et destructions culturelles que nous avons subies au cours de l’histoire.
Les médias, les réseaux sociaux, la société dans son entièreté n’apprennent pas à la jeune fille à accepter ses cheveux crépus, sa couleur de peau, ses différences en quelque sorte. Les critères de beauté sont devenus standardisés et essentiellement calqués sur ce qui vient d’ailleurs avec les conséquences que nous connaissons tous (dépigmentation, etc).
Avez-vous reçu jusqu’ici l’accompagnement du gouvernement ?
Je n’ai jusqu’ici reçu aucun soutien ou accompagnement de la part des pouvoirs publics. L’essentiel des activités est financé sous fonds propres et par les nombreuses personnes qui nous suivent et soutiennent l’activité depuis le tout début.
Les difficultés liées aux manques de moyens et de matériels sont nombreuses mais nous tenons le coup. C’est ici l’occasion de remercier toutes les personnes qui croient au projet depuis le départ et ne cessent d’apporter leur soutien pour cette cause commune.
Quelles sont vos perspectives pour le développement du label « Poupée Nzinga » ?
Comme souligné plus haut le principal objectif de développement de la Poupée nzinga est de pouvoir être le premier choix de tout parent qui aimerait offrir une poupée à son enfant. L’autre défi, compte tenu de notre réalité, est l’accessibilité au niveau des prix. Je travaille actuellement avec des opérateurs économiques à acquérir de nouveaux financements afin de produire de plus grandes quantités. Ce qui permettra la réduction des coûts et donc des prix (les économies d’échelle, nous disent les économistes).
J’espère dans un futur proche que chaque jeune fille et garçon noirs sur le continent africain ou dans le reste monde aura sa Poupée Nzinga pour l’accompagner tout au long de son enfance.



