Aquaculture : Comment sortir de l’ornière à Kribi ?


Malgré tous les efforts et l’ambition affichée d’accroître la production pour satisfaire une demande sans cesse croissante dans la station balnéaire du Sud, des acteurs aquacoles comme Jean Pierre Salla sont en buttes aux obstacles qui freinent l’épanouissement de cette filière.

Par Lazare kingue


Vendredi 17 juillet dernier le délégué régional du ministère de l’Elevage, des Pêches et des Industries animales (Minepia) du Sud, She Paul Fabrice, a effectué une visite de travail dans la ville de Kribi. L’objectif était d’évaluer les activités semestrielles de la délégation régionale, d’apprécier sur le terrain l’état de la filière aquacole, de toucher du doigt les réalités des acteurs et de constater la mise en œuvre de la vision du chef de l’État. Une vision dite de l’import-substitution qui vise à booster la production locale. « Vous savez que la balance commerciale est déficitaire en ce qui concerne la production du poisson local », a-t-il rappelé. 


Sur plusieurs structures visitées, un point d’orgue a été mis  sur la ferme agro pastorale Buangsa Mbpeh, anciennement Gic Buangsa Mbpeh. La structure portée par l’acteur aquacole Jean Pierre Salla  est aujourd’hui une référence dans la production du poisson silure dans le département de l’Océan. Sur le site, le constat est encourageant. Les bassins sont fonctionnels. Le personnel est qualifié. La production est continue. On y remarque une sorte de maîtrise technique. L’établissement applique un circuit en trois phases : empoissonnement, croissance, finition. « Nous constatons que le Gic produit véritablement du poisson en grande quantité », a souligné  She Paul Fabrice.


A Kribi, la ferme Buangsa Mbpeh incarne la résilience d’un opérateur local déterminé. Promu Chevalier du Mérite agricole, Jean Pierre Salla dirige une structure qui produit déjà 5 tonnes de poissons par mois. La chaîne de production respecte des standards internationaux. Elle intègre une écloserie dédiée à la production d’alevins. Cette infrastructure permet de sécuriser l’approvisionnement en géniteurs. Le kilogramme de poisson silure est commercialisé à 2500 Fcfa. La structure approvisionne déjà le marché local de Kribi. Elle vise désormais le marché régional. Au-delà de la production, l’établissement joue un rôle social important. « Plusieurs formations ont été organisées à l’intention des jeunes et des kits de lancement attribués », précise le promoteur. L’équipe technique est constituée de jeunes diplômés du domaine. L’ambition affichée est  d’accroître la production pour satisfaire une demande sans cesse croissante.

Lire aussi: Interview  de Jean Pierre Salla


Pourtant, l’expansion de la filière se heurte à de sérieux obstacles à Kribi. Le premier verrou identifié concerne l’approvisionnement en aliment. Le coût élevé et la disponibilité irrégulière des intrants plombent la rentabilité. Cette situation limite la capacité des exploitants à passer à une échelle industrielle. Le second frein majeur est d’ordre énergétique. Les problèmes récurrents d’électricité impactent directement l’approvisionnement en eau. Or l’eau oxygénée et en quantité suffisante est vitale pour la survie des poissons. Les coupures perturbent le fonctionnement des pompes et des aérateurs. Elles entraînent des pertes et un stress pour les alevins. Le promoteur a insisté sur ce point lors de la visite. «Ces dysfonctionnements renchérissent les charges de production. Ils rendent difficile la planification sur le long terme. Par ailleurs, l’accès au financement adapté reste limité. Les jeunes promoteurs peinent à mobiliser des fonds pour moderniser leurs installations» a déploré Jean Pierre Salla.

Face à ces réalités, les acteurs de la filière sollicitent un appui de l’Etat pour stabiliser l’approvisionnement en aliment de qualité et à coût maîtrisé. Ils  plaident pour des solutions énergétiques alternatives. L’installation de groupes électrogènes ou de systèmes solaires est évoquée. L’objectif est de sécuriser l’alimentation en eau des bassins. Les professionnels demandent également un accompagnement financier. Il s’agit de crédits bonifiés et de subventions pour l’acquisition d’équipements. Quant à lui, Jean Pierre Salla réaffirme ses ambitions de densifier les sessions de formation. Il veut aussi doter davantage de jeunes en kits de démarrage. Le projet à moyen terme est d’étendre les surfaces d’élevage.
Le Délégué régional Minepia a pris la mesure des difficultés. Il a réitéré son engagement à porter les doléances à Yaoundé. Mais , en attendant, il exhorte les acteurs de s’appuyer sur deux leviers. Le  Plan Intégré d’Import-Substitution Agropastoral et Halieutique ( Piisah)  et le Projet de Développement des Chaînes de Valeurs Élevage et Pisciculture. «Ces projets accompagnent les pisciculteurs. Notamment pour l’acquisition d’alevins de qualité» a-t-il indiqué.