Hemes Nkwa : La mémoire douloureuse qui pardonne aux bourreaux de ses aïeux

La nouvelle présidente du Conseil pour le suivi des recommandations du nouveau sommet Afrique-France veut transcender les blessures du passé pour bâtir l’avenir.


Par Cyril Essissima


 

Descendante de grands-parents victimes d’esclavage et de la colonisation, elle renaît comme cette colombe qui veut se réconcilier avec l’oppresseur de ses ancêtres. Elle pardonne mais n’oublie pas. Elle, c’est Hemes Nkwa, la nouvelle présidente du Conseil pour le suivi des recommandations du nouveau sommet Afrique-France (Cnsaf). L’équipe entrante a été présentée le 23 juillet dernier à l’Institut français de Yaoundé, sous l’égide de l’ambassadeur de France au Cameroun, Thierry Marchand.

Avant même qu’elle ne décline sa vision, son visage poupin avait déjà démasqué son âme pacifique. La jeune femme à qui la trentaine tend les bras est issue « d’origines diverses qui s’enracinent partout dans ce cher et beau pays » qu’est le Cameroun. Sa mémoire est toujours aussi vive des récits de ses aïeux martyrisés pendant l’époque coloniale alors qu’ils se battaient pour la liberté du peuple camerounais. « Le frère aîné de mon grand-père est resté handicapé à vie à cause des luttes pour l’indépendance, des luttes qui ont causé des blessures encore difficiles à cicatriser », témoigne-t-elle. Mais l’histoire avec les expatriés n’est pas totalement négative. De beaux clichés de la vie de son grand-père ont l’effet d’un baume contre ce passé douloureux.

En effet, raconte-t-elle, « née à Ndoungué dans le Moungo (Littoral), où mon grand- père a travaillé presque toute sa vie comme technicien, horloger et agriculteur très apprécié, je garde de lui plusieurs souvenirs, notamment auprès de la famille française Hellinga et d’autres familles comme les Sambalis, Vacalopoulos et même les Marejeaux. J’ai appris de lui non seulement les souvenirs horribles d’une lutte acharnée contre la colonisation, mais aussi le partage, le respect mutuel, la tolérance et l’inclusivité ».

Aujourd’hui, la petite Hemes Nkwa a grandi. C’est une femme qui croit en l’avenir et qui veut porter et apporter sa pierre à la construction du meilleur des mondes. Pour ce faire, il faut transcender les meurtrissures de ce passé certes lointain, mais vivant de génération en génération. D’où sa préoccupation : « Comment concilier notre passé avec notre devoir de cohabiter et de vivre ensemble aujourd’hui sur cette même terre ? » L’essentiel pour elle c’est de « continuer à vivre et à cohabiter sur cette terre généreuse qui nous offre tout pour tous. Nous devons reconnaître les erreurs, accepter les torts, aider à calmer les douleurs et faire les deuils pour panser définitivement les blessures. Nous tenons compte du passé pour bâtir l’avenir », souhaite-t-elle avec émotion.
En tant que nouvelle présidente du Cnsaf, elle reconnaît le travail accompli par l’équipe sortante et s’engage « dans un processus de consolidation des acquis » et ceci, « sans hâte mais sans trêve ».

“ Continuer à vivre et à cohabiter sur cette terre généreuse qui nous offre tout pour tous. Nous devons reconnaître les erreurs, accepter les torts, aider à calmer les douleurs et faire les deuils pour panser définitivement les blessures. Nous tenons compte du passé pour bâtir l’avenir. ”