À en croire le politologue-chercheur en relations internationales et études stratégiques à l’Université de Yaoundé 2, tous les moyens sont bons pour le candidat républicain de monter dans les sondages et de gagner en sympathie après la tentative d’assassinat du 13 juillet 2024.
Par Cyril Essissima
Donald Trump, candidat républicain à la présidentielle américaine a récemment échappé à une tentative d’assassinat. Quelle analyse faites-vous de cet incident?
D’entrée de jeu, il est clair suivant le fil de l’actualité ambiante aux Etats-Unis, que les assassinats et tentatives d’assassinats des présidents américains ont façonné le traumatisme collectif dans un pays, qui traverse les générations. De plus, le phénomène de violence au sein de la société américaine échappe à tout bornage, tout comme elle laisse poindre des ramifications, tant sur le plan symbolique, qu’imaginaire et matériel. On comprend mieux cela au travers de toute l’attention que suscite les jeux et enjeux du climat qui sévit présentement à l’approche de l’élection présidentielle qui se tiendra le 5 novembre prochain.
L’ancien président et candidat Donald Trump, participe de ces acteurs de la vie publique et politique qui cristallise toute l’attention, ce qui, du coup modifie le cadre classique du déroulement des élections présidentielles, en commandant l’agenda de la vie institutionnelle et politique dans une forme de polarité extrême dans laquelle le pays est plongé depuis un certain moment. Vue sous cet angle, on comprend mieux que dans ce climat peu serein, cela pourrait à tout moment créer un basculement vers la violence en tant qu’expression sans pudeur.

Toutefois, cela ne saurait justifier l’assassinat d’un candidat à la prochaine élection présidentielle, nous faisons l’économie de l’analyse afin de ne point transgresser les codes d’analyses de la vie politique américaine. Par ailleurs, il serait fort heureusement plausible de remarquer que l’analyse des échéances électorales aux États-Unis, qu’elles soient sénatoriales, parlementaires ou présidentielles, s’enrichit nécessairement d’une économie de pratiques qui donnent un sens aux valeurs et traditions démocratiques, qui, vice versa institue une culture comme porte d’entrée dans le processus de sanctuarisation de la vie démocratique, en tant qu’elle offre un schéma pour toutes les activités de la politique et institutionnelle aux Etats-Unis.
Quelles auraient pu être les conséquences si Donald Trump avait été tué ?
L’une des premières conséquences si Donald Trump avait été tué, réside sur le fait que, les Etats-Unis auraient encore servis à la face du monde un meurtre de plus d’un de leurs présidents, rappelons que Trump a été président aux Etats-Unis, et qu’il est fortement pressenti en tant que futur remplaçant de l’actuel président Joe Biden. Ce qui aurait fait de Donald Trump, le cinquième président assassiné. Souvenons que quatre présidents en exercice ont été tués par balle dans l’histoire des Etats-Unis : En avril 1865, Abraham Lincoln fut assassiné par balle dans une loge de théâtre à Washington. Puis en 1881, ce sera au tour du président James Garfield d’être assassiné, ensuite s’en suivra William McKinley en septembre 1901. Enfin, le 22 novembre 1963, John Kennedy fut froidement assassiné à Dallas.
Au regard de ces différents exemples sus-cités, on comprend clairement que l’assassinat des présidents aux Etats-Unis, participe d’une culture propre aux américains ; ce cycle de la violence s’inscrit dans un ancrage inhérent à culture et aux politiques de la société américaine, dans laquelle la détention d’une arme à feu est reconnue dans leur Constitution.
Deuxièmement, la tentative d’assassinat sur le candidat Donald Trump, remet au goût du jour le débat sur le deuxième amendement de la Constitution américaine, qui autorise aux citoyens américains de porter et détenir des armes et de se constituer en milice bien organisée depuis 1791. Aujourd’hui encore, ce droit historique reste primordial pour les américains, même si les armes et leurs victimes sont chaque année plus nombreuses dans le pays. Le droit de s’armer est considéré comme sans aucune perspective de débouchés, débat auquel, l’establishment tout comme le congrès américain restent impuissant ou réticents à légiférer malgré la litanie de fusillades.
Enfin, l’une des conséquences et non des moindres en cas d’assassinat du candidat Donald Trump, aurait été de trouvé un remplaçant digne de ce nom, et dans un délai très court compte tenu des élections présidentielles qui auront d’ici quelques mois. Le défi aurait été de trouver un candidat républicain qui sache faire l’unanimité au sein du parti des républicains, tout en sachant qu’il est fortement divisé sur selon les visions plurielles des autres candidats, comme on a pu le constater durant les primaires du parti républicain. Somme toute, l’incident est derrière nous, ce qui nous promet une élection présidentielle à l’américaine, digne des films d’Holly Wood.
La piste d’une mise en scène est-elle possible?
Comme toujours dans ce type de situation, le complot et la mise en scène semblent être le plus souvent les raisons avancées afin de répondre aux multiples interrogations justifiant certaines incompréhensions. Partant sur des prétendues failles de sécurité, certains américains ne comprennent pas pourquoi et comment cela avait pu se produire. Comment l’agresseur a-t-il réussi à atteindre le toit sans être interpellé par la police encore moins les services secrets sensés assurés la protection de l’ancien président américain lors de ce meeting ? Pourquoi est-ce que les tireurs d’élites des forces de l’ordre n’ont pas pu localiser le tireur ?
Les conspirations ont été aggravées par les images extraordinaires qui ont été publiées depuis la tentative d’assassinat du candidat républicain. En particulier, une photo largement saluée, prise par le photographe en chef de l’Associated Press à Washington, Evan Vucci qui montre Trump, poing levé, du sang sur le visage et l’oreille, avec le drapeau américain en arrière-plan. D’après les informations révélées par le journal allemand Reuters et relayées par le sérieux média britannique BBC, le tireur se situait à près de 130 m de sa cible, de plus il était à découvert, ce qui a échappé au dispositif sécuritaire mis en place lors du meeting. Par ailleurs, certaines personnes venues assister au meeting du candidat républicain, ont formellement remarqué la position du tireur, et ont tôt fait de prévenir la police afin d’empêcher le tireur de passer à l’acte.
Tout ce temps écroulé, et ces questions soulevées murissent l’idée du complot orchestré par les partisans de Trump afin d’attirer vers lui un taux de sympathie, lorsqu’on sait que sa volonté à se porter candidat à ces élections présidentielles a été sujette à controverse, sans oublier que la société américaine est fortement fragmentée, et, que certains partisans de Trump, voient en lui celui qui porte le projet d’une Amérique conquérante, considérant, la Chine de plus en plus comme un rival potentiel.
Est-ce que cette attaque peut favoriser davantage la sympathie des américains pour Donald Trump ?
A la vérité, connaissant le personnage que représente monsieur Trump, il utilisera cet incident pour attirer auprès de lui une sympathie non seulement à l’endroit de ses partisans, mais également auprès des électeurs indécis qui verraient en lui, le nouveau visage d’un martyr politique. Pour preuve, à la suite de cette tentative d’assassinat, il a donné deux interviews à certains médias américains. D’abord, au New York Post où il a déclaré qu’il devait mourir. Ensuite, sur le Washington Examiner en déclarant que cet incident pourrait changer la donne lors de sa campagne électorale. On déduit, que monsieur Trump veut construire en lui la figure d’une victime et espère jouer de cette situation pour monter dans les sondages.
Néanmoins, il faut souligner que la société américaine est très divisée et l’élection présidentielle risque se jouer sur des petits détails. Conscient de cela, Trump mise sur toutes les stratégies pour piocher dans un électorat qui devrait faire basculer le cours de cette élection présidentielle.



