Conseil supérieur de la magistrature : L’euphémisme de Laurent Esso

Le Garde des sceaux a donné une réponse inattendue à la question orale à lui posée par le député SDF, Benlide Djeumeni.


Par Cyril Essissima


Cinq minutes. C’est le temps mis par le député Benilde Djeumeni , pour poser sa première question au Garde des sceaux, Laurent Esso, lors de la séance des questions orales le 21 juin dernier. L’élu du Social Democratic Front (SDF) a notamment interpelé le ministre d’Etat, ministre de la Justice, sur les raisons de la non tenue du conseil supérieur de la magistrature depuis quatre ans.

Le député a même failli se faire prendre une taloche en écorchant le rang et le titre exact du Garde des sceaux. « Monsieur le ministre, lorsqu’un citoyen a tout perdu, il lui reste exclusivement la justice », introduit Benilde Djeumeni. Il reprend une deuxième fois : « Monsieur le ministre, lorsque les hommes chargés de faire appliquer la justice sont eux-mêmes victimes de l’injustice, cela nécessite une profonde interrogation ».

Venant au fait même de sa préoccupation, son troisième lapsus ne sera pas toléré par le membre du gouvernement. « Je suis en train de parler, Monsieur le ministre… » Le parlementaire est stoppé net par Laurent Esso qui rectifie : « c’est Monsieur le ministre d’Etat ! », a-t-il lancé, provoquant des rires sporadiques au sein de l’hémicycle. Le député de la nation fait amende honorable et renoue immédiatement avec la bienséance institutionnelle. « Merci beaucoup. Je m’ excuse. Monsieur le ministre d’Etat, je suis en train de parler très nettement du  Conseil supérieur de la magistrature », énonce-t-il. Le député développe en indiquant que cet organe est censé siéger chaque année. Sauf que, selon l’élu, « cinq promotions de l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam) attendent au quartier » du fait de l’inactivité prolongée de cet organe que préside exclusivement le chef de l’Etat. Question : « Très respectable ministre d’Etat, lance le député, qu’est-ce qui manque aujourd’hui au Cameroun pour avoir un conseil supérieur de la magistrature chaque année comme le prévoit la loi ? »

Le député Benilde Djeumeni.

A ce laïus, le Garde des sceaux a donné une réponse laconique. « J’ai pris bonne note de votre préoccupation », a répondu Laurent Esso avec la froideur naturelle qu’on lui connaît. Son ministre délégué, Jean De Dieu Momo (resté assis dans le box des membres du gouvernement au moment de la prise de parole de son supérieur), en a certainement pris de la graine. Lui qui voue un respect et une admiration rares à celui qu’il appelle haut et fort son « patron ».

Cette réaction du ministre d’Etat pourrait s’interpréter comme un euphémisme traduisant un agacement intériorisé, face à l’impertinence d’un jeune parlementaire qui veut le pousser à la faute sur un domaine réservé du président de la République.

Ce qu’il faut savoir effectivement c’est que la dernière fois que Paul Biya a convoqué le conseil supérieur de la magistrature remonte au 10 août 2020. Quatre ans. La Constitution en son article 37 alinéa 3 lui donne la prérogative exclusive pour diriger cette instance, en tant que le garant de l’indépendance du pouvoir judiciaire. En cela, « il nomme les magistrats sur avis des membres et prononce des sanctions disciplinaires concernant les magistrats du siège.