Scénographe de l’expo Soul Makossa Man, il explique comment il a créé le circuit de l’exposition tout en tenant compte du parcours de Manu Dibango.
Par Alain Ndanga
Quelle perception avez-vous de Manu Dibango ?
Papa Manu était un amoureux de l’Afrique. Il n’était pas uniquement Camerounais, mais un Africain qui a donné de la valeur et de la chance à plusieurs musiciens africains. Tout le monde pouvait l’approcher. En tant que scénographe, j’ai pensé à utiliser la tôle ondulée pour rappeler qu’il était une lumière en soi. Il parlait avec le plus petit du quartier le matin et pouvait être aussi avec le plus grand président du monde le soir.
Quels sont les autres éléments scénographiques au-delà des tôles ?
Au-delà de la tôle sur laquelle j’ai collé des coupures de presse, montrant la vie de journaliste de Manu, il y a cette boutique où on achète des ouvrages portant ses photos de la vie de Manu ; aussi des gadgets avec son image dans la circulation. Il y a aussi ses portraits qui nous accueillent à l’entrée de l’exposition avec ce sourire légendaire, des lunettes de soleil et sa tête remarquable, c’est ce sourire qui accueille et finalement quand on circule, on finit par des rencontres humaines avec tous ces collaborateurs on voit ici son fils, des bassistes camerounais. Ça montre aussi que c’était un homme du peuple qui voulait à tout prix passer le message de l’émergence de l’Afrique.
Le choix du scénographe porté sur vous s’explique par le fait que vous ayez une bonne connaissance de la vie de Manu Dibango et son univers musical ou parce que l’artiste-photographe est votre ami ?
C’est un mélange de beaucoup de choses. Du fait que c’est un ami et du fait que je sois présentement au Cameroun, j’ai aussi une bonne connaissance de la musique. Des propositions que j’ai faites ont trouvé l’assentiment de Samuel. Ça rentrait dans ce qu’il imaginait avec l’esprit de Manu Dibango qu’il connaît, qu’il a fréquenté. Lorsqu’il fait ses photos on a l’impression que c’est Manu qui lui a remis son album photo de maison, non seulement il est dedans et le rapproche avec la famille parce que Samy et Manu Dibango ont été proches pendant des années. Tout ça concourt à dire que si je lui proposais des choses qui ne tenaient pas, il n’accepterait pas malgré le fait que je sois son ami. Avant c’était juste une idée et il faut dire que la première scénographie que j’ai proposée à Samy remonte à 25 ans à Douala.
Quel est le rôle de la scénographie dans une exposition d’œuvres d’art ?
Elle a un rôle central ; mais il y a aussi beaucoup d’ignorance dans notre environnement. C’est à dire que quand quelque chose doit se faire normalement on ne pense pas toujours la confier à des personnes compétentes. La scénographie c’est le dessin de l’espace ; sans la bonne scénographie une exposition manque d’attrait. Le manque de scénographie c’est comme une nourriture sans saveur ; alors qu’une bonne scénographie, c’est exactement comme une nourriture préparée avec des mains expertes dans laquelle les ingrédients sont mis avec la plus grande précision.




