Dr Henri René zambou*

L’aviculture, secteur à forte valeur ajoutée et vecteur d’emplois au Cameroun représente 62% des viandes et 100% des œufs consommés, et 49% d’œufs consommés dans la zone CEEAC (MINEPIA, DDPIA 2020). Le Cap est désormais mis sur la transformation dans un contexte marqué par la moins bonne maitrise des couts de production ; la faible capacité de solution aux problèmes avicoles (diagnostic, analyses d’intrants…) et l’absence de garanti-qualité des intrants (poussins, alimentaires) et des produits avicoles (viande, œufs et dérivés). La demande des produits avicoles dans un marché mondialisé où la demande des fastfoods est croissante, commande que le principe de la salubrité des produits « de la fourche à la fourchette » soit assuré pour éviter les zoonoses alimentaires et surtout les toxi-infections alimentaires collectives (TIAC). Les lignes qui suivent sont une réflexion sur quelques préalables pour la mise en œuvre réussie du processus de transformation. Ces préalables concernent l’incontournable charte sanitaire avicole, la mise à niveau des fermes avicoles, l’obligation de biosécurité à tous les maillons des chaines de valeurs avicoles, l’assurance-qualité des intrants avicoles et des produits avicoles et l’incontournable contractualisation au sein des chaines de valeurs avicoles, y compris avec les veterinaires-conseils, gage de la pérennité du processus de transformation.
- La charte sanitaire avicole , une nécessité impérieuse : si la transformation vise avant tout la satisfaction constante de la demande en produits avicoles, elle nécessite que les acteurs des chaines de valeurs avicoles puissent avoir un référentiel dont le respect garantit la qualité de leur produit ou tout au moins minimise les risques sanitaires liés à la manipulation et la consommation. Ainsi l’interprofession avicole avec l’aide des services vétérinaires et des partenaires techniques pourrait bien élaborer ce document qui une fois validé serait applicable à tous les acteurs.
- La biosécurité qu’elle soit conceptuelle, infrastructurelle ou opérationnelle devrait être le gage de l’implémentation efficace de la charte sanitaire du couvoir jusqu’aux produits prêts pour la transformation ; pour cela, l’appui à la mise à niveau des fermes avicoles, le choix des désinfectant sur la base des pathogènes circulants dans la filière avicole et l’octroi des autorisations de mise sur le marché des désinfectants par les services vétérinaires pourraient mieux aider les vétérinaires prescripteurs à disposer d’un arsenal sûr de décontaminants en mesure d’assurer une bonne désinfection des fermes pour une bonne implémentation de la biosécurité. Evidemment toute la chaine de valeurs avicoles devrait observer les mesures de biosécurité commençant par l’hygiène du personnel, la désinfection des matériels de transport sans oublier la dératisation et la désinsectisation. La qualité de l’eau est fondamentale à tout le processus de bio-décontamination, de production et transformation. Les abattoirs de volailles devraient reprendre du service avec la même rigueur dans l’observance des mesures de biosécurité.
- La qualité sanitaire du poussin, des intrants nutritionnels et de l’eau d’abreuvement, gage de la qualité des produits d’élevage.
Le point de départ de l’élevage étant le poussin, la garantie-qualité du poussin devrait être assurée au couvoir par les services vétérinaires et reste fondamentale pour un démarrage réussi d’une bande avicole. Même si la volaille est l’une des espèces qui valorise le mieux les aliments qu’on leur distribue ; il est important de s’assurer de la qualité de l’eau d’abreuvement et des intrants nutritionnels (toute la problématique des salmonelles et des mycotoxines doit être pris en compte dans le choix, le transport et le stockage des intrants) et une analyse de la qualité microbiologique y compris des mycotoxines est indispensables pour obtenir toute la plus-value attendue d’une alimentation saine gage de la bonne consommation, de la bonne croissance et des produits avicoles de qualités nutritionnelle et hygiénique dans des délais économiquement raisonnables et en mesure d’approvisionner les abattoirs avicoles ou l’industrie d’ovo-produits. Ici le problème de l’homogénéité de la bande est fondamental pour s’assurer le gabarit marchand attendu par les abattoirs ou la production d’œuf escompté, pour cela, un bon chauffage et le suivi de la croissance (pesage régulier souvent négligé) des sujets seront d’une importance capitale. Et pour minimiser les problèmes et risques sanitaires le long de la chaine de production, la contractualisation avec un vétérinaire-conseils est indispensable en vue de la prévention, le diagnostic des maladies et la prescription raisonnée des médicaments vétérinaires à même de juguler ces pathologies tout en évitant les résistances aux antimicrobiens.
- Le recours au laboratoire, reflexe indispensable : si jusqu’alors les productions avicoles camerounaises n’ont bénéficié que de diagnostics cliniques des maladies et si aucune analyse de laboratoire n’est jusque-là obligatoire pour la mise sur le marché ou en consommation des produits d’élevage, il est stratégique pour une transformation réussie des produits d’élevage avicole que tous les diagnostics (qualité de l’eau, qualité d’intrants nutritionnels, poussins d’un jours ; qualité de décontamination, maladies) passent par le laboratoire pour plus de fiabilité. Au regard de la loi-cadre sur la sécurité sanitaire des aliments de 2018, la mise en consommation des produits et dérivés transformés devraient être subordonnés aux analyses de laboratoire. La filière avicole a la chance que le LANAVET Antenne de Douala, de Yaoundé, le CPC ou Agro-labo et Services à Douala, sont certifiés pour ces analyses dont les résultats pourront rassurer les consommateurs quant à la qualité des produits d’origine avicole.
- Une bonne organisation des chaines de valeurs avicoles (poulet de chair, œufs de consommation, aviculture locale) avec des relations contractuelles entre les acteurs professionnels pourra assurer l’approvisionnement régulier du secteur de transformation et permettre un bon take-off de la transformation. Cette contractualisation a l’avantage de mettre ensemble des acteurs qui pour leur survie économique veillent les uns les autres au respect des règles de biosécurité et de la charte sanitaires avicoles par leurs partenaires.
Enfin, les normes organoleptiques, physico-chimiques et microbiologiques des intrants, de l’eau et des produits avicoles et dérivés devraient être élaborées et vulgarisées pour un développement du secteur de transformation avicole à même de jouer le pacemaker de toute la filière avicole camerounaise appelée à s’industrialiser pour la satisfaction du Cameroun et de la CEEAC en produits avicoles et denrées d’origine avicole.



