Insalubrité : Yaoundé sous la menace des maladies hydriques

Le choléra, les toxi-infections alimentaires, la bilharziose intestinale et le paludisme sont les dangers auxquels s’exposent les usagers du fait de la crise d’ordures que connaît la cité capitale.


Par Guy Martial Tchinda et Marielle Ongono (Stagiaire)


Derrière le bac à ordures qui « décore » l’entrée du marché Mvog-Ada dans l’arrondissement de Yaoundé V, les commerçants qui proposent des mangues, du poisson d’eau douce et des vêtements,  semblent s’être habitués aux parfums nauséabonds que diffuse ce « dépotoir ». Ce 18 avril 2024, le bac est plein à craquer. Son contenu est fait en majorité de plume de poules issues de la petite activité des plumeurs de volailles qui s’y est développée avec temps, Mvog-Ada étant l’un des principaux marchés de vente des poulets de chair de la ville. Mais on peut aussi distinguer les ordures ménagères, les restes pourris de denrées alimentaires invendues (tomates, pastèque…) des épluchures d’ananas et bien d’autres détritus. L’eau usée qui s’échappe du bac se mélange aux urines déversées plus haut par les usagers avant de ruisseler pour échouer en contrebas sur des mangues en attente de transport.

Mendong, la route envahie par les ordures ! 

A quelques pas de ce bac à ordures, Rodrigue M., commerçant  trouve tout de même la quiétude de manger avec appétit un plat de koki (mets traditionnel camerounais).  « Je me suis habitué, ces odeurs ne me gênent plus. Je ne suis pas ici chaque jour donc j’ai l’occasion de respirer un air différent ailleurs », déclare t-il. En face de lui, Eric propose des pastèques et des ananas coupés en petites tranches et vendues à partir de 100 Fcfa.  « J’emballe bien pour éviter que les mouches s’y déposent et que les clients se découragent et n’en achètent pas », explique-t-il. Des mots pas suffisants pour convaincre l’une de ses potentielles clientes qui ne les trouve pas salubres.

Routes coupées

Plus loin au quartier Mendong dans l’arrondissement de Yaoundé VI, les ordures se sont régulièrement entassées au lieu-dit Camp Sic, créant une véritable décharge. Des déchets à même le sol qui ont fini par couper l’une des petites voies bitumées qui traversent ce quartier. Selon les riverains, les agents en charge de la collecte de ces déchets n’ont pas fait « le ménage » depuis plusieurs semaines. Décor similaire au quartier Obili, non loin de la chapelle, dans l’arrondissement de Yaoundé III. La route qui relie ce quartier  Ngoa-Ekelle, quartier abritant le campus principal de l’Université de Yaoundé I, en passant par Bonamoussadi (plus connu sous l’appellation Bonas) est pratiquement couper en deux.

A un taxi de là, au carrefour happy l’amas d’ordures qui y est déposé n’a pas empêché  Maman Arouna d’installer son comptoir. Elle propose des beignets, bonbons, plantains et autres. A quelques pas de ce tas d’ordures et certains aliments sont exposés à même le sol. Une situation désagréable. « C’est gênant mais je vais faire comment ? Parfois je porte les gangs pour repousser ces ordures loin de moi mais la nuit les gens viennent verser. Hysacam (entreprise en charge de la collecte des ordures) avait mis deux plaques pour interdire aux gens de verser les ordures ici mais un soir, un camion roulant à vive allure a tout renversé et depuis ce jour on y verse des ordures », témoigne la sexagénaire.

En outre, elle affirme faire régulièrement de la maladie du fait de son exposition à cette insalubrité galopante. Une idée qui, du point de vue scientifique est prouvée, selon Dr Marie Christelle Mbili Atangana, médecin.  « Il faut savoir qu’avec l’insalubrité il y a des germes dans l’air, ce qui peut créer chez les usagers des toxi-infections alimentaires. Lorsque ceux-ci touchent des aliments, le consommateur peut manifester des symptômes de diarrhée et des vomissements. C’est pareil pour le vibrion cholérique qui cause le choléra, les bilharzioses intestinales, des gîtes de moustiques peuvent piquer ces passants et entrainer de manière indirecte le paludisme », explique cette professionnelle en service à l’Hôpital de district d’Odza.

Choléra

Outre Maman Arouna, d’autres personnes pourraient tomber malades, avec la crise d’ordures que connaît la capitale politique depuis plusieurs mois. Yaoundé peine en effet depuis des semaines à se débarrasser de ses ordures. Des rues et des sont bondés d’immondices. Un tour au marché du Mfoundi permet de constater pour le déplorer que des vivres frais et fruits sont vendus à la poubelle. Des ordures au sol servent s’étals à ces commerçants qui semblent ne se soucier aucunement des conditions d’hygiène qui pourraient altérer la santé des consommateurs.

Une insalubrité qui fait planer sur la ville la menace d’une forte contamination aux maladies hydriques à l’instar du choléra dont le Cameroun connait une épidémie depuis 2021. Ce, surtout avec les pluies qui tombent régulièrement. La région du Centre qui a connu un moment de répit pourrait être à nouveau contaminée. «Comme méthodes préventives (aux maladies liées à l’insalubrité, Ndlr), les commerçants doivent protéger leurs produits. Et les consommateurs doivent assainir leur environnement, prendre la peine de laver les aliments avant de les manger », renchérit Dr Marie Christelle Mbili Atangana.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, le choléra, l’une des affectons les plus opportunistes en pareille circonstance, est une maladie diarrhéique aiguë extrêmement virulente dont on peut mourir en quelques heures. Les professionnels de la santé conseillent de se rendre immédiatement dans une formation sanitaire lorsqu’on en ressent les symptômes, notamment une diarrhée aqueuse. Mais il y a mieux que se faire soigner : c’est d’éviter de contracter la maladie. La prévention passe essentiellement par une bonne hygiène corporelle, alimentaire et environnementale. En d’autres termes, il faut se laver systématiquement les mains avant et après chaque repas et au sortir des toilettes, bien laver les aliments et bien cuire ceux qui doivent l’être avant de les manger, utiliser correctement les latrines, entre autres.